LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI
du (it'l sur tous leurs plaisirs coupables; si bien qu'à peine ontils porté à Leur bouche les oignons de L'Egypte, que soudain les larmes jaillissenl de leurs yeux. C'est ici l'un des châtiments dont Dieu menace les méchants parle prophète Isaïe, xm, 21, quand il dit qu'il livrera Babyloneà la puissance du hérisson; car le Seigneur, paf un arrêl de sa justice, livre le cœur des méchants, qui sont désignés en cet endroit sous Le nom de Babylone, à des supplices que les hérissons représentent d'une manière assez naturelle; à L'exemple de ces animaux, les remords de la conscience rongent l'âme du pécheur, la piquent et la déchirent de leurs pointes acérées.
Si vous désirez maintenant savoir quelles sont ces pointes ou ces épines dont la conscience est armée, je vous dirai que la première, c'est la laideur même ou l'énormité du péché. Il est tellement abominable de sa nature, qu'un philosophe disait : Quand même je saurais que les dieux me pardonneraient un péché, si les hommes ne devaient pas en outre l'effacer de leur mémoire , je n'oserais pas le commettre, tant il est hideux et repoussant. Une autre de ces pointes, c'est la vue des maux causés par le péché. Il y a quelque chose alors qui rappelle le crime de Caïn; la voix du sang- d'Ahel, dont la terre s'est abreuvée, s'élève encore vers le Seigneur et demande vengeance. Il est rapporté au premier livre des Machabées que le roi Antiochus fut assailli sur sa douloureuse couche, par le souvenir des maux qu'il avait causés à la ville de Jérusalem, de l'intolérable joug qu'il avait fait peser sur elle; et ce souvenir l'accablait avec tant de force, que la maladie de ce tyran sanguinaire ne fut pas la seule cause de sa mort, a Je me souviens, s'écriait-il, des maux que j'ai faits dans Jérusalem , des trésors que j 'ai ravis à son temple , du grand nombre de ses habitants que j'ai fait massacrer sans cause. C'est de là que me viennent, je ne puis l'ignorer, les souffrances que j'endure. Voilà pourquoi je meurs si cruellement tourmenté sur la terre étrangère. »
Mais, dans l'impossibilité d'examiner en détail tous ces divers aiguillons dont la conscience est armée, je n'en signalerai que deux autres : l'un , c'est le déshonneur qui s'attache au péché ; et
le méchant a beau faire, il ne peut ni fermer les yeux , ni demeurer insensible à ce déshonneur qui a son siège dans la conscience -même. Car enfin l'homme désire naturellement d'être estimé, et ce Lui est un supplice de ne l'être pas; un Sage a dit : 11 n*\ a sur la terre un plus grand tourment que la haine publique. L'autre c'est la crainte de la mort, crainte à Laquelle on ne saurait se soustraire. Ajoutez à cela la fragilité de la vie, la sévérité du compte que nous aurons à rendre, l'horreur des châtiments éternels; et vous comprendrez que le cœur du méchant ne cesse guère d'être lacéré comme par des pointes cruelles. Comment se pourrait-il qu'il ne fût pas plongé dans l'abattement et la tristesse, toutes les fois que se dresse devant lui l'image de la mort? Peut-il donc ignorer que ce jour, si certain et si incertain tout ensemble, vengera toutes les perversités dont l'homme se sera rendu coupable, mettra fin à tous les plaisirs comme à tous les vices? Nul ne saurait ignorer en définitive que pour un être mortel rien n'est plus naturel que de mourir. Voyez à l'épreuve le malheureux pécheur : à la plus légère indisposition, il se trouble et frémit ; c'est là dans sa pensée la première atteinte d'une grave maladie ; de lugubres images envahissent son àme, mourra-t-il, ne mourra-t-il pas? L'attachement aux biens de la vie présente, la crainte des choses à venir, peuplent son esprit de dangers imaginaires; il tremble là même où il n'existe aucun sujet de terreur. S'il entend parler de maladies contagieuses, de morts subites, de tremblements de terre, de coups frappés par la foudre, sa conscience alarmée lui montre tous ces dangers à la fois comme prêts à fondre sur sa tête.
Telles sont les épines qui transpercent et déchirent le cœur des méchants. Le tourment qu'ils éprouvent a été largement peint par l'un des amis de Job; et je rapporterai ces paroles pour jeter un nouveau jour sur cette doctrine '. « Tous les jours de sa vie, le méchant persiste dans son orgueil, bien que h; nombre des années de sa puissance soit si incertain. Sans cesse retentissent à ses oreilles des cris de terreur, des voix plaintives el menaçantes. (Ce sont les incessants et terribles reproches de la conscience qui se trouvent ainsi représentés dans le texte sacré. ) Au milieu de la