LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVII
vie tronquée, pleine de défauts el de misères. Qu'est-ce que vivre sans espérance, si ce n'est vivre sans Dieu? Que reste-t-il à l'homme « 1 « - son antique patrimoine, pour oser vivre suis cet appui ?
Y a-t-il au monde une nation assez barbare pour n'avoir aucune notion de La divinité, qui ne lui rende à sa manière un culte d'honneur et de respect, qui n'espère aucun bien de sa providence? Moïse demeure quelques jours éloigné des enfants d'Israël, et ils se mirent bientôt sans Dieu; et dans leur grossier aveuglement, ils élevèrent vers Aaron des cris confus, lui demandant de leur l'aire un Dieu quelconque, incapables qu'ils étaient de marcher sans un Dieu; ce qui nous prouve avec la dernière évidence que la nature humaine, Dieu que ne connaissant pas toujours le vrai Dieu, en sent irrésistiblement la nécessité ; alors même qu'elle ne saurait remonter à la cause de sa faiblesse, elle sait du moins qu'elle est faible, et c'est à Dieu seul qu'elle demande le remède de ce mal. Comme le lierre cherche l'appui d'un arbre pour grandir et s'élever, sachant en quelque sorte qu'il ne le peut pas de luimême ; comme la femme, être fragile et imparfait, cherche d'instinct la protection et l'appui de l'homme; ainsi la nature humaine, clans sa faiblesse et sa pauvreté, cherche la protection et l'appui de Dieu.
Cela étant, quelle doit être la vie des hommes qui s'isolent de Dieu et se privent eux-mêmes d'une telle espérance ! Je voudrais bien savoir comment ceux qui vivent de la sorte trouvent une consolation dans leurs maux, auprès de qui ils trouvent un refuge dans leurs dangers, une force dans leurs défaillances, un remède contre leurs infirmités, un conseil dans les affaires épineuses. A qui font-ils part de leurs peines ? à qui demandent-ils un secours dans leurs nécessités ? avec qui conversent-ils dans toutes les circonstances de la vie? Quel est l'ami qui reçoit les confidences de leur àme? quel est le cœur qui s'ouvre aux épanchements de leur cœur ? quel est l'être enfin vers lequel ils élèvent leurs pensées? Comment passent-ils à travers les écueils et les obstacles dont l'existence est semée, ceux qui ne savent plus recourir à ce guide suprême? Un corps ne vit pas sans une àme, comment une àme
peut-elle vivre suis Dieu? I > î « • 1 1 n'est pas moins nécessaire; en ef<* fet. à la vie de l'âme, que l'âme elle-même ne l'esl à la vie «lu eorps. El si. comme nous venons de Le dire, L'espérance chrétienne est L'ancre de notre vie, comment se fait-il qu'il y ait des hommes qui ne craignent pas de s'élancer sans cette ancre sur la mer ora- ise du siècle? Si nous avons encore pu comparer l'espérance à un bouclier qui nous protège contre tous les traits de l'ennemi, comment des hommes raisonnables osent-ils s'avancer, sans un tel bouclier, au milieu des combats les plus terribles? Si l'espérance est enfin l'unique point d'appui qui reste à la nature humaine brisée par une première chute, que peut devenir un être aussi fragile que l'homme, quand cet appui vient à lui manquer?
C'est assez, nous le croyons, avoir montre la distance infinie qui rance des 1m. ns de celle des méchants, et, par conséquent, le sort des uns de celui des autres. Cette différence est celle qui existe entre la puissance du Très-Haut et le faible pouvoir de l'Egypte. Ce n'est ici vraiment qu'un fragile roseau qui se brise et perce la main de l'imprudent qui prétendait s'appuyer sur lui. La ta ite que l'homme commet eu mettant sa confiance sur un tel appui, est mde pour que Dieu juge devoir le détromper par la honte et la douleur d'une telle chute. 11 s'en est expliqué luimême par la bouche de Jérémie. Annonçant la destruction du royaume de Moab et signalant la cause qui doit l'amener, le Prophète parle en ces termes : « Puisque tu as mis ta confiance dans tes murailles et tes trésors, et toi aussi tu seras prise et renversée ; et ton dieu Chai nos sera traîné en captivité, avec ses prêtres et tes princes. » Jerem. XLvni, 7. Quel est donc cet étrange secours qu'il suffit d'implorer pour le perdre et se perdre ?
Nous ne «lirons plus rien de ce privilège des bons qui consiste dans l'espérance. Au premier abord il eût paru se confondre avec celui dont nous avions précédemment traité, à savoir la providence spéciale dont Dieu couvre ses fidèles serviteurs; mais en réalité l'un diffère de l'autre comme l'eiret diffère de sa cause. Il est vrai que cette espérance îles âmes vertueuses émane de plusieurs soin ers. repose sur plus d'un fondement, comme la bonté de Dieu, la vérité de ses promesses, les mérites du Christ, et