‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 119 sur 308 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Du septième privilège de la vertu , ou de la liberté véritable que possèd nt les gens d( bien, (muni, aussi dt l'étrange et misérable servitude où vivent

les mu liants.

Des privilèges que nous avons étudiés jusqu'ici, spécialement du second et du quatrième, qui sont la grâce de l'Esprit-Saint et les consolations divines, il en résulte un antre non moins merveilleux, à savoir la véritable liberté de l'âme. C'est le Fils de Dieu fait homme qui a porté sur la terre cette liberté, et c'est pour cela qu'il a été nommé le Rédempteur ou le libérateur du genre humain ; car c'est lui qui nous a délivrés du triste et honteux esclavage dans lequel le monde était enseveli, et qui a fait luire sur la terre le jour de la véritable liberté. Or, c'est ici l'un des plus grands biens dont ce divin Seigneur ait doté le monde, l'un des bienfaits les plus signalés de l'Evangile, l'un des principaux effets de l'Esprit-Saint. « Où cet esprit réside, là est aussi la liberté, » comme s'exprime l'Apôtre, II Corinth. m, 17. En un mot, c'est ici l'une des plus magnifiques récompenses qui soient promises aux vrais serviteurs de Dieu, dans le temps même de la vie présente. Cette promesse est consignée dans l'Evangile; car voici ce que dit le Sauveur à quelques hommes qui montraient le désir d'entrer généreusement à son service : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous serez réellement mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera. » Juan, vin, 31 et 32. Ce qui veut dire évidemment que de la connaissance de la vérité naîtra pour eux la liberté véritable. Ces hommes répondent au divin Maître : « Nous sommes enfants d'Abraham, et nous n'avons jamais été les esclaves de personne. Comment donc nous dites-

vous que ii' 'U> serons libres-.' » Jésus leur répond : « En vérité, je vous le dis. quiconque commet le péché est esclave du péché, et l'esclave ue demeure pas dans la maison pour toujours, le fils seul a ce | rîvil( ge ; si doue le fils vous affranchit, vous serez vraiment libres. »

Par ers paroles le Sauveur nous fait clairement voir qu'il y a deux sortes de liberté, l'une fausse et qui n'a de la liberté que la vaine apparence, l'autre vraie et seule digne de ce nom de liberté. Fausse et mensongère est la liberté de ceux dont le corps est libre sans doute, mais dont l'âme est esclave, assujettie qu'elle est à la tyrannie des passions et du péché. Telle était la situation de cet Alexandre le Grand; maître de l'univers, il était l'esclave de ses propres vices. Mais rien de plus réel que la liberté de ceux dont l'âme ne subit aucune sorte de tyrannie, n'importe l'état de leur corps, qu'il soit libre ou captif. Tel était ce grand Paul; il était chargé de chaînes, et par son esprit il s'élevait dans les cieux, par ses prédications et ses écrits il affranchissait le monde.

Voilà bien la^véritable liberté, la seule digne de porter ce nom glorieux ; l'autre n'en est que la contrefaçon et la parodie. Voici pourquoi : l'âme est sans comparaison la partie la plus noble de notre être, elle est en quelque sorte l'homme tout entier, tandis que le corps n'est que la matière que l'âme pénètre de sa vie, un sujet auquel elle commande, ou bien la prison où elle est renfermée. Il n'y a donc de vraiment libre que celui qui l'est dans son âme; mais celui dont l'âme est esclave, quelque libre qu'il soit dans son corps, n'a qu'une vaine et fausse liberté.

De l'esclavage où vivent les méchants.

Si vous me demandez maintenant qu'est le tyran dont les méchants sont esclaves, je vous répondrai qu'ils sont esclaves du plus honteux, du plus cruel, du plus abominable tyran qui se puisse imaginer, puisque c'est du péché qu'ils sont les esclaves. Que peut-on concevoir au monde de plus abominable que les tourments de l'enfer? Eh bien, il y a quelque chose de plus abominable encore, et c'est le péché, qui est la cause de ces tourments.

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