LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVIII
guillon de l'amour dicin, la partie inférieure de notre âme goûte une si grande félicité dans les exercices de l'oraison, dans les communications avec Dieu, que c'est pour elle un supplice d'en être privée par des empêchements extérieurs. C'est ce que le Prophète a voulu nous signifier quand il dit : « .le louerai le Seigneur, parce qu'il m'a donné l'entendement, » Psalm. xv, 7; et il ajoute : « parce que durant la nuit mes reins m'ont réprimandé. » Un autre interprète traduit : « m'ont enseigné. » C'est là, il faut en convenir, un merveilleux effet de la grâce divine. D'après tous les commentateurs, le Prophète désigne ici la partie inférieure de l'âme, tout ce qui est du domaine des sens, tout ce qui porte l'homme au péché. Eh bien, il nous montre cette même chair humaine non-seulement refusant son concours au mal qu'elle avait coutume d'opérer, mais encore se portant spontanément vers le bien, et servant de stimulant à l'homme pour l'accomplir. Transformés par la divine grâce, les sens n'obéissent plus à la puissance du démon, ils ne militent plus sous ses bannières; transfuges glorieux , ils sont passés sous celle du Christ , tournant les armes contre l'ennemi de notre salut. Cela se manifeste, il est vrai , dans un grand nombre d'exercices de la vie spirituelle; mais on le voit surtout dans les sentiments de la contrition , dans la douleur des péchés passés; car cette douleur fait souvent impression sur la partie sensible de notre être, et des larmes abondantes la manifestent au dehors. Voilà pourquoi le Prophète dit que pendant la nuit , à l'heure où les vrais chrétiens ont coutume d'examiner les actions du jour, de scruter leur conscience, de pleurer leurs péchés, quand ce même Prophète, selon qu'il le déclare dans un autre endroit , « lavait les souillures de son esprit , » Psalm. lxxvi, 7, c'est alors que ses reins le rappelaient au sentiment du devoir; ce qui veut dire sans doute que la douleur dont il était pénétré jusque dans ses sens, pour les fautes dont il s'était rendu coupable , lui servait de châtiment et le tenait en garde contre de nouveaux péchés. C'est donc avec raison qu'il rend grâces au Seigneur de ce qu'il trouve un aiguillon et un secours pour le bien non-seulement dans la partie raisonnable de 1 aine, ce qui n'avait pas lieu de l'étonner, mais encore dans la partie inférieure et sen- TOM. x. 17
LA GUIDE DEs PÉCHE1 RS.
sible, qui d'ordinaire esl 1»' foyer de toutes les corruptions et de t<.us les désordres.
Il est toutefois une remarque essentielle qui doit trouver ici sa place : assurément rien n'est plus vrai que ce que nous venons de dire, et c'est là l'incomparable honneur de la rédemption accomplie par h1 Christ, source de toute perfection, c'est jusqu'à extrêmes limites qu'il a voulu nous racheter et nous délivrer; mais il ne faudrait pas pour cela cesser de veiller sur soi-même, ni se fier trop à la chair, quelque mortifiée qu'elle soit ; nous devons sans cesse avoir les armes à la main tant que nous vivons sur la terre.
Voilà quelles sont les principales sources de cette merveilleuse liberté que nous trouvons au sein du christianisme. Elle produit, à son tour des effets non moins merveilleux , tels qu'un accroissement de lumières dans la connaissance des choses divines, de force et d'énergie dans les sentiments de la foi. C'est ce que le Seigneur nous atteste lui-même par l'organe d'un autre prophète : « Les hommes connaîtront que je suis Dieu quand j'aurai brisé les liens qui les attachent au joug, quand je les aurai délivrés des mains de ceux qui les tyrannisaient. » Ezech., xxxiv, 27. Nous savons déjà quel est ce joug qui pèse sur notre tète ; c'est la sensualité, c'est notre chair corrompue; et les liens qui nous attachent à ce joug, ce sont nos appétits déréglés, nos inclinations mauvaises ; le démon s'en empare et s'en sert comme d'autant de chaînes pour nous traîner en captivité. Ces chaînes sont d'autant plus fortes qu'elles ont été plus longtemps forgées par la mauvaise habitude. Saint Augustin rend un éclatant témoignage de cette vérité en parlant de lui-même : « J'étais captif, non dans les fers, mais dans ma propre volonté, plus dure encore que les fers. Mon ennemi tenait ma volonté dans ses mains, et de moimême avait fait une chaîne contre moi, et c'est ainsi que j'étais devenu son captif. De. ma volonté perverse naissait le mauvais désir; du mauvais désir, le vice; et de la répétition des mêmes es vicieux, l'habitude. Tels étaient les anneaux de la chaîne que le démon avait jetée autour de moi et qui me tenait en sa puissance. » Confrss.. \ ni. 5. Or, finaud un homme s'est vu quel-