‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 207 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVIII. SOT · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVIII. SOT

sorte contribuaient à ses plaisirs : et au fond de foui cela il ne trouva que vanité. Pourquoi voulez-vous renouveler une expérience déjà faite? N'espérez pas obtenir un résultat que Salomon n'a pas obtenu. Le monde dans Lequel vous êtes est celui dans lequel il vécut; et ses ressources ne sonl certes pas supérieures aux siennes. S'il ne put éteindre au milieu d'un oeéan de plaisirs la soif qui le dévorait, vous ne ['éteindrez pas plus facilement vousmême. Le temps qu'il employa à ce genre de satisfactions l'ut un temps perdu, el peut-être lut-il, comme le remarque saint Jérôme, Ep. ml Eustoch., L'origine de sa chute. Encore un coup, qu'iriezvous faire après lui'.' C'esl parce que les hommes ajoutent foi plus volontiers à L'expérience qu'à la raison, que Dieu a permis à l'un d'entre eux de se plonger à satiété dans tous les plaisirs possibles, afin qu'il nous apprit ce qu'il en était, afin surtout que son expérience nous dispensât de toute expérience, et que sa déception nous épargnât une semblable déception.

Ne pourrions-nous pas maintenant nous écrier avec le Psalmiste, iv, 3 : « Enfants des hommes, jusques à quand votre cœur demeurera-t-il appesanti? Pourquoi aimer ainsi la vanité, et rechercher le mensonge?» Il dit très bien « vanité » et « mensonge; » car, s'il n'y avait dans les choses du monde que vanité, c'est-àdire, néant, le mal serait tolérable. Mais leur vice le plus dangereux est cette assurance fausse et menteuse avec laquelle elles prétendent être ce qu'elles ne sont pas. De là cette sentence de l'auteur des Proverbes : « La grâce est trompeuse , et la beauté vaine. » Prov. xxxi, 30. La vanité, quand elle est connue, ne peut produire de fâcheuses conséquences ; mais le plus grand mal résulte de ce qu'elle affirme être quelque chose, alors qu'elle n'est rien.

En cela se trahit l'excessive hypocrisie du monde. De même que les hypocrites s'efforcent de dissimuler les fautes qu'ils commettent; de même les riches du siècle s'efforcent de dissimuler les tourments qu'ils endurent. Les uns se qualifient de saints, tout en n'étant que pécheurs ; les autres de fortunés , tout en n'étant que misérables. Mettez votre main sur la main ou sur le côté de ces prétendus bienheureux, et vous verrez quelle différence existe entre l'apparence et la réalité. Il naît dans les champs des herbes

qui vues ilo Loin paraissent belles ; on s'en approche, on les touche avec la main, et il s'en échappe une si mauvaise odeur que l'on igné en toute hâte, le sens de l'odorat redressant le faux jugement qu'avai ni porte les yeux. Ainsi eu est-il des riches et des puissants du monde. Quand on jette les regards sur la distinction de Leur position, sur l'éclat de leurs palais et de leur entourage, on tes estime Les seuls en possession du bouheur ; mais on change de sentiment dès qu'on a visité les recoins de leurs demeures et de leur âme. L'histoire nous apprend, et nous en avons précédemment cité un exemple, que des hommes, même païens, après avoir ardemment désiré certaines fonctions élevées qui de Loin semblaient devoir mettre le comble à leurs vœux, n'en voulaient plus des qu'ils eu avaient tant soit peu goûté. Un soldat que toute l'année avait proclamé empereur ne voulut jamais consentir à cet honneur : il voyait sous la fleur, si belle en apparence, les épines qui en tempéraient l'éclat.

0 enfanta des hommes, créés à l'image de Dieu, rachetés pai Bon sang, destinés à partager la société des anges, pourquoi donc aimez-vous la vanité, cherchez-vous le mensonge? pourquoi déni. 1 1 1 1 1 « ■ /.- \ ons à de faux biens une paix qu'ils n'ont jamais donnée, qu'ils ne donneront jamais? Pourquoi préférez-vous la nourriture des animaux à la table des bienheureux? pourquoi préférez-vous aux délices et aux parfums du paradis les miasmes infects et délétères du monde? Comment? n'est-ce pas assez des misères et des calamités dont il vous abreuve, pour vous décider à briser les fers d'un si cruel tyran ? Hélas ! nous sommes en cela semblables à ces malheureuses femmes qui ne peuvent s'empêcher de suivre avec une sujétion digne de pitié, malgré les mauvais traitements qu'elles en reçoivent, l'objet de leur affection criminelle.

lai résumé, si la raison et l'expérience nous témoignent à l'envi que la félicité et la paix se trouvent, non dans le monde où nous les cherchons, mais en Dieu seul, pourquoi ne les cherchons-nous pas là où e!h s sont? C'est la pensée de ces paroles de saint Augustin : Parcourez les terres et les mers; visitez autant de lieux que possible ; en quelque endroit que vous alliez, vous serez toujours misérable tant que vous n'irez pas à Dieu.

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