‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 206 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XWill · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XWill

autre preuve non moins efficace. Elle montrera une fois de plus aux mondains qu'ils ne trouveront jamais la félicité à Laquelle ils aspirent. El d'abord supposons que La perfection exige L'assemblage de conditions plus nombreuses que L'imperfection. Pour qu'une chose soil parfaite, il faul qu'elle réunisse tontes les qualités désirables; tandis que pour être imparfaite, il suffit de l'absence d'une seule de ces qualités. Conséquemment à eeprincipe, un homme oe sera parfaitement heureux qu'à la condition d'avoir toutes choses sel. mi s;i fantaisie; et une seule chose venant à le contrarier, lui causera plus de déplaisir que toutes les autres ne lui ont causé de satisfaction. J'ai connu bien des personnes jouissant d'une position honorable, d'une fortune exceptionnelle ; et nonobstant elles menaient la vie la plus triste et la plus ennuyée. C'est qu'une seule chose vivement désirée et non obtenue les tourmentait plus que ne les flattaient leurs richesses. Et en vérité, la possession d'une infinité de biens ne délectera jamais tant, que ne tourmentera , semblable à une épine enfoncée dans le cœur , une seule passion non satisfaite ; car le bonheur ne résuite pas de la possession de tels ou tels biens , mais de l'accomplissement de nos désirs. « A mon avis , dit admirablement saint Augustin , on ne saurait appeler bienheureux celui qui ne possède pas l'objet de ses affections , h quelque condition que cet objet appartienne. D'un autre côté il n'est pas plus digne de ce nom celui qui n'aime pas ce dont il est en possession , quelque précieux que soit ce qu'il possède. Désirer ce que l'on ne peut obtenir c'est souffrir ; obtenir ce qui ne mérite pas d'être désiré , c'est devenir le jouet de l'illusion; ne pas désirer ce qui le mérite, c'est faiblesse pure. D'où il suit que la possession et l'amour du souverain Bien constituent seuls notre bonheur , lequel est impossible autrement. Ainsi, ces trois choses, la possession, l'amour et le souverain Bien donnent à l'homme le bonheur; hors de là, encore une fois, pas de bonheur possible. » De mor. Eccl.

Parmi tous les exemples qu'il me serait facile de vous citer en confirmation de cette vérité , je choisirai celui du fameux favori d'Assuérus. Le refus de Mardochée de lui rendre l'honneur qu'il exigeait, mit l'orgueilleux Aman à la torture. S'entretenant de sa

peine avec 3a femme et ses amis, il leur réprésenta la multitude de Bea trésors, Le nombre de ses entants, les distinctions que lui avait accordées le monarque : et après cette énumérationil ajouta: Vous voyez tout ce que je possède : eh bien ! j'estimerai ne rien posséder tant que je verrai Mardochée assis à la porte du palais. — Voyez-vous, mon frère, cette contradiction rendre ce cœur plus misérable que sa prospérité oe le rendait satisfait.

rves de plus combien l'homme en cette vie est éloigné du bonheur, et combien il est près du malheur par suite des conditions que l'un et l'autre réclament Quel est au monde celui qui échappera à cette commune loi? Kxiste-t-il de prince, d'empereur puissant pour avoir tout à son gré, et se dérober à la contrariété ? Encore que l'on en évitât soi-même toutes les occasions, comment se soustraire aux coups de la nature, aux maladies du corps, aux craintes et aux caprices de l'àme, à ses anxiétés sans fondement? Et vous espérez, pauvre créature, trouver ce que n'ont jamais pu trouver les rois et les pontifes? La réunion de tous

les biens est ne ssaire à votre félicité ; quand donc, s'il vous plaît,

trouvere/.-vnus hors de Dieu cette réunion? En Dieu seul elle se trouve, et bï quelqu'un sur la terre la possède, c'est celui qui aime et possède Dieu, parce que l'amitié rend toutes choses communes. Si l'évidence de ces raisons est insuffisante à vous convaincre, voyez le plus sage des hommes, Salomon, après avoir été bercé plus que tout autre par les flots de la prospérité, après avoir goûté de tous les plaisirs, traversé toutes les grandeurs, ne vous donner de ce monde parcouru par lui dans tous les sens d'autre nouvelle que celle-ci : Vanité des vanités, a ditl'Ecclésiaste; vanité des vanités, tout n'est que vanité, llapportez-vous-en à son expérience; il vous parle, non suivant ce qu'il imagine, mais suivant ce qu'il a éprouvé. Ne vous figurez pas que vous puissiez, ni vous, ni qui que ce soit, découvrir plus qu'il n'a découvert. Y a-t-il jamais eu au monde prince plus sage, plus opulent, plus glorieux, environné d'une cour plus brillante, et plus avide de tout ce qui est noble et beau, que le fils de David ? Qui jamais eut à sa disposition un plus grand nombre et une plus grande variété de délassements que ce roi d'Israël? Chevaux, femmes, musiciens, chasses de toute

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