LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIX
0 mon frère, pourquoi seriez- vous si crue] envers vous-mênfta que de voua priver d'une chose aussi utile, aussi précieuse à tous les points de vue que La vertu? Pourriez-vous suivre un meilleur conseil, un plus sage parti? Mille fois heureux les chrétiens qui marchent purs dans leur voie, qui marchent dans la loi du Seigneurl Heureux les chrétiens qui approfondissent ses témoignages, el qui Les recherchent de toute leur Ame:
Suivant la doctrine des philosophes, Le bien est l'objet de notre volonté. Par conséquent, meilleure est une chose, plus elle mérite d'être aimée et désirée. Qui a donc tellement vicié votre volonté qu'elle ue veuille pas embrasser le bien incomparable et universel ï « Votre loi, Seigneur '. disait David , elle est au milieu de mon cœur. » Elle est non dans un coin ou dans un endroit quelconque; mais au milieu, à la place la plus honorable de mon cœur. Comme s'il eût dit : Voilà le plus cher de mes trésors, la plus chère de mes pensées, la plus chère de mes sollicitudes. Qu'elle est différente la conduite des gens du monde ! ils donnent aux lois de la vanité la première place de leur cœur, à la loi divine la place la plus méprisable. Le saint roi était aussi bien qu'eux en possession d'une multitude de biens et de choses précieuses ; mais il foulait toutes ces choses aux pieds pour mettre la loi de Dieu au milieu de son cœur, parce qu'il savait que l'observation Adèle de cette loi lui garantissait tout le reste.
M anque-t-il encore quelque chose, pour que vous ne suiviez pas cet exemple et ne saisissiez pas un bien si élevé? S'il faut alléguer l'obligation, en existe-t-il de plus étroite que l'obligation résultant pour nous de la nature même de Dieu, notre souverain Maître? Vous avez vu ailleurs que toutes les autres obligations ne sont rien comparées à celle-là. Faut-il vous présenter des bienfaits , quels bienfaits seront supérieurs à ceux que vous avez reçus du Seigneur? Outre qu'il vous a créé et racheté par son sang, tout ce qu'il y a hors et au dedans de vous, le corps, 1 ame , la vie, la santé, le salut, le crédit, tous les instants de votre existence, tous les bons désirs de votre cœur jaillissent de la source de tout être et de toute bonté. Est-ce l'intérêt qui nous émeut, qu'est-ce qui nous intéressera plus que de mériter une gloire sans fin et d'être
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délivré d'une peine éternelle, par la pratique de la vertu? Si nous aspin os aux biens de la vie présente, aucun ne surpasse les priviléges (!( ot jouissent les hommes vertueux ; et le moindre de ceux que nous avons décrits nous doin era plus de vraie joie, de vrai contentement que tous les trésors du monde. Or, est-il possible d'ajouter ei core à ces avantages pour faire pencher la balance du côté de la vertu? Quant aux prétextes que les mondains avancent, ils ont été si complètement mis en poudre qu'il faudrait fei mer soi-même ses oreilles et ses yeux pour n'être pas frappé de la clarté et de l'évidence de la vérité.
Que vous reste-t-il donc à faire sinon à reconnaître la perfection et la beauté de la vertu, et à répéter ces paroles que le sage prononçait en l'honneur de la sagesse, sa compagne fidèle : « C'est elle que j'ai aimée et poursuivie depuis ma jeunesse. J'ai cherché à l'obtenir pour épouse, et je suis devenu l'amant de sa beauté. Sa familiarité avec Dieu déclare la noblesse de son origine ; car elle a mérité l'anu ur du Seigneur de toutes choses. Elle enseigne la science de Dieu, et elle dirige ses œuvres. Si l'on désire les richesses en cette vie, quoi de plus riche que la sagesse, laquelle opère toutes choses? Et si la sagesse opère toutes choses, qui la surpassera en habileté? Et si quelqu'un chérit la justice, les grandes vertus sont encore son ouvrage. C'est elle qui forme à la tempérance, à la prudence, à la justice, à la force, vertus les plus utiles de toutes en cette vie. Voilà celle que j'ai résolu de prendre pour compagne de ma vie, sachant qu'elle me fera part de ses biens et qu'elle apportera du soulagement à mes afflictions et à mes ennuis. » Sap. vin , 2 et seq.
Joignons à ce passage de nos saints livres, ce fragment d'une lettre de saint Cyprien à l'un de ses amis, sur le mépris du inonde : o 11 n'y a qu'une seule vraie tranquillité, écrivait ce bienheureux martyr; il n'y a qu'une seule sécurité solide et véritable. Quand, soustrait à la furie et au tourbillon de ce siècle orageux , il se voit tranquille et en sûreté dans le port du salut, l'homme lève ses yeux de la terre vers le ciel, et admis dans la société et la grâce du Seigneur, il se réjouit en présence de l'agitation qui trouble l'opinion du monde et du calme qui règne dans son cœur. Un tel homme ne