I IVRE IF, CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
et le plus riche des trésors, La plus haute de toutes les entreprises et la plus sublime des doctrines qui puissent exister ici-bas. Bien plus, sa conviction doil être qu'il n'existe sur la terre, ni d'autre trésor, ni d'autre sagesse, ni d'autre affaire quelconque. C'était ce que le Prophète disait à son peuple : « Apprends, ô Israël, où se trouvent la prudence, la force, le discernement et la modération, afin que tu puisses savoir par là où se trouvent aussi la Longue durée de la vie, l'abondance de toutes choses, la lumière des yeux et la douce paix de L'âme. » Bartic. ni , 1 i. Voilà pourquoi le Seigneur dit encore par la bouche d'un autre Prophète : « Que le sage ne se glorifie pas dans sa sagesse, ni le riche dans ses trésors, ni le puissant dans sa puissance; mais que celui qui aime la vraie gloire la cherche uniquement dans ma connaissance et mon amour. » Jerem. ne, 23 et 24. Là est en réalité l'essence de tous les biens. Et si quelqu'un est tenu pour être accompli parmi les enfants des hommes, sans posséder néanmoins une telle connaissance, une connaissance efficace et pratique, il n'a vraiment aucun sujet de se glorifier.
C'est à quoi nous appellent de concert toutes les voix de la r< ligion, toutes l'es pages de nos Livres saints, toutes les créatures enfin qui sont au ciel et sur la terre. L'Eglise ne cesse par ses cris et par ses larmes de nous rappeler à cet unique devoir ; il nous est imposé par toutes les lois divines et humaines; nous le voyons écrit en vivants caractères dans les exemples d'un nombre infini de saints. Guidés par cette lumière céleste, ils méprisèrent ce monde inférieur, ils embrassèrent la vertu avec tant de générosité, qu'on les vit plus d'une fois subir le fer et le feu, tous les supplices imaginables, plutôt que de commettre une seule offense envers Dieu et de tomber un seul instant dans sa disgrâce. Mais n'était-ce pas le but vers lequel tendaient, l'obligation que ne cessaient de nous rappeler, toutes les choses dont nous avons parlé dans le livre précédent? Est-ce que tout cela n'a pas la vertu pour dernier terme, et n'avions-nous pas pour objet d'en montrer l'importance et la grandeur? Chacune de ces choses, si l'on voulait bien la considérer avec une sérieuse attention, suffirait à nous montrer la souveraine importance de cette affaire. Combien plus,
LA i.l IDE DES PECHEURS, par conséquent, toutes oes choses réunies et coordonnées! Il était assurément aisé d'en conclure que lorsqu'on embrasse le parti de la vertu, on B'engage dans une noble et glorieuse entreprise, dans une entreprise pleinement justifiée par les lumières de la raison elle-même, comme nous aurons à le voir de plus en plus dans la mite.
Voilà donc le premier principe qui doit être posé par le nouveau serviteur de Dieu; et voici le second :
Du moment où c'est là une œuvre si méritoire et si belle, vous devez l'aborder avec un cœur noble et généreux, prêt à subir tous les combats et toutes les souffrances qui pourront se rencontrer sur son chemin; persuadé qu'il doit être que tout cela est bien peu de ebose eu égard au but sublime qu'il poursuit : persuasion qui ne saurait du reste le tromper; car il n'est pas possible qu'il s»- trouve dans la nature une ebose assez grande pour nous détourner de ce but et créer à nos pas un obstacle réel. Aussitôt que vous aurez pris cette courageuse détermination de vous donner à Dieu, la puissance de l'enfer armera contre vous toutes les forces dont elle peut disposer. En première ligne, la chair insatiable de plaisirs, inclinée au mal dès l'instant même de sa naissance, c'està-dire depuis que le serpent l'eut infectée de son mortel venin; elle vous sollicitera avec une infatigable importunité à vous jeter dans les amusements et les délices qui irritent ses appétits désordonnés. Puis viendra la mauvaise habitude, non moins puissante que la nature elle-même ; elle repoussera de toutes ses forces un tel changement, en vous en exagérant les difficultés et les obstacles. Ce n'est pas une chose aisée de jeter une rivière abondante hors de son lit et de la détourner du cours qu'elle a longtemps suivi; il n'est guère moins difficile de détourner un homme d'une habitude invétérée et de faire qu'il se décide à prendre un autre ehemin. A ces ennemis se joindra nécessairement le monde, cette bète cruelle, dont le pouvoir égale la cruauté; il accourra armé de ses attraits fascinateurs et de ses funestes exemples, tantôt attirant nos regards et cherchant à séduire notre cœur par l'image