‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 216 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE PREMIER. en · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE PREMIER. en

Ottse perdre la grâce et L'amitié de Pieu, avec loua tes autres biens dont nous avons parlé bous le même point de vue dans le second traité de la Pénitence. Une semblable résolution est le point de dépari obligé, l'élément essentiel d'une vie vertueuse; c'est là ce qui nous conserve L'amitié de Dieu, sa grâce el notre droit au royaume des cieux ; c'est en cela que consiste la charité el la vie spirituelle de L'àme; c'est là ce qui donne à l'homme le titre d'en** tant de Die», ce qui tait de Lui le temple de L'Esprit-Saint, un membre vivant du Chris! ; ce qui lui donne droit enfin à tous les biens de L'Eglise. Tant que cette renne résolution persistera dans une âme, cette âme possédera le divin trésor de la charité e1 se trouvera dans la voie du salut, dette résolution vient-elle à faillir, l'àme est aussitôt effacée du livre de vie, inscrite au livre de perdition, précipitée des splendeurs de la royauté dans les ténèbres de l'esclavage.

Il est à remarquer qu'en toutes choses , artificielles ou naturelles peu importe, il faut distinguer la substance et les accidents. Or, entre la substance et les accidents il y a cette différence , que les accidents venant à changer, la substance demeure la même ; ainsi les sculptures et les peintures dont un palais est orné peuveuf être détruites, tandis que le palais demeurera debout, bien que désormais dans un état d'imperfection; mais si la maison ellemême vient à crouler, plus rien désormais qui subsiste. Transportons maintenant cette distinction et cette comparaison à l'objet qui nous occupe : tant que se maintient en nous le propos de ne jamais commettre un péché mortel , c'est la substance même de la vertu qui reste debout dans notre àme ; mais s'il en est autrement, tout est brisé et comme anéanti. La raison en est bien simple : l'essence delà vertu, l'être même d'une vie réellement vertueuse consiste dans la charité, qui consiste elle-même à aimer Dieu pardessus toutes choses. Or celui-là aime Dieu par-dessus toutes choses qui abhorre le péché mortel par-dessus tout ; seul le péché mortel nous ravit la grâce et l'amitié de Dieu. Le mal qui renverse l'institution sacrée du mariage et détruit la famille dans ses fondements, c'est l'adultère; il en est de même du péché mortel par rapporta l'union qui existe entre l'àme et Dieu, il brise les liens

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qui les omissent, il tue La charité et tarit 1rs sources de la vie.

Voilà au fond la cause pour laquelle Les maints martyrs ont souffert avec tant de constance de si horribles tourments; ils ont prér déchirer ou brûler le corps par les cruelles inventions des hommes, plutôt que de commettre un seul péché mortel, lequel aurait eu pour effet de les priver, ne fut-ce qu'un instant, de la douce amitié de leur Dieu. Ils n'ignoraient pas qu'ils pourr dent, aussitôt après, l'aire pénitence et obtenir leur pardon, comme saint Pierre l'obtint, àpeine avait-il achevé de renier son Maître; et, malgré tout cela, les plus atroces tourments et la mort elle-même ont été pour eux un mal plus tolérable que la disgrâce, même rapide et momentanée , de ce divin Seigneur.

Parmi les magnifiques exemples qui nous ont été donnés sur ce rapport , il est juste de distinguer et de signaler celui de trois femmes. L'une vivait sous l'ancienne loi et était mère de sept enfants; les deux autres appartiennent à la loi nouvelle, elles se nomment Félicité etSymphorose, l'une et l'autre également mère de sept enfants. Ces trois femmes admirables, les voyant tous torturer et immoler à leurs yeux, non-seulement ne se laissèrent pas abattre par un spectacle aussi affreux pour le cœur d'une mère, mais trouvèrent encore dans leur grande âme de sublimes accents pouranimer et encourager leurs fils à mourir avec une inébranlable constance pour la défense de leur foi et l'amour de leur Dieu; elles-mêmes mêlèrent leur généreux sang à celui qu'elles avaient déjà donné pour cette grande et sainte cause. Rien ne serait plus facile que de multiplier ici de semblables exemples ; ils fourmillent dans l'histoire des saints, pour mieux dire , les annales de la sainteté chrétienne sont une constante et glorieuse démonstration du principe que nous avons posé. La fuite du péché mortel nous y est sans cesse montrée comme le premier moyen qui doit nous conduire au salut et nous élever même par degrés au plus haut point de la perfection évangélique.

Celui qui veut donc marcher résolument dans cette sainte carrière, doit avant tout asseoir ce principe dans son àme d'une manière inébranlable et absolue. Juste appréciateur des choses, il doit préférer l'amitié de Dieu à tous les trésors de la terre, sacri-

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