‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 217 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE PREMIER. ill · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE PREMIER. ill

fiant sans hésiter les biens inférieurs et périssables aux biens ce* Lestes et éternels. Tel esl le rondement sur lequel il » 1 « > i i établir sa vie tout entière ; tel est le but vers lequel il doit diriger tous ses exereices ; telle la pensée q ii sera l'âme de toutes ses prières. C'est pour cela qu'il fréquentera les sacrements; c'est le fruit qu'il devra retirer de toutes les prédications qu'il entendra, de tous les livres pieux qu'il pourra lire; c'est ce que ne cesseront de lui enseigner l'ordre et la magnificence de l'univers, l'harmonie et la beauté de toutes les créatures. Voilà l'heureuse inspiration qui résultera surtout de la passion du Sauveur et de toutes les autres œuvres que l'amour divin n'a cessé d'accomplir pour nous. C'est là qu'il apprendra d'une manière spéciale à quel point il doit craindre d'offenser le bon Maître qui a tant fait pour lui. C'est à la grandeur et à la stabilité de cette crainte qu'il pourra mesurer ses progrès dans la vertu. Son avancement sera plus ou moins grand, en effet, selon qu'il sera lui-même plus ou moins affermi dans la résolution de ne jamais commettre un seul péché mortel. Celui qui veut enfoncer un clou dans le bois et l'y fixer d'une manière inébranlable, ne se contente pas de quelque coups de marteau, suffisants peut-être pour son objet, mais en ajoute un nombre indéterminé, jusqu'à ce que son bras tombe de fatigue ; ainsi celui qui veut implanter vigoureusement cette grande résolution en lui-même , ne devra pas se contenter de l'avoir prise une ou plusieurs fois , il faut que chaque jour, profitant de toutes les occasions qui lui seront offertes, lectures et méditations, spectacles de la religion et de la. nature , échos du ciel et bruits de la terre, il rive à jamais son àme à cette horreur du péché se confondant avec l'amour de Dieu. Ce sont là comme les deux éléments de la vie spirituelle, grandissant et se corroborant ensemble , afin de produire en nous l'abondante moisson de toutes les vertus.

Pour mieux s'affermir dans cette résolution, le chrétien doit fortement se persuader, et c'est là une vérité qu'on ne saurait révoquer en doute , que si toutes les calamités , tous les désastres et tous les maux qui jamais se déchaînèrent sur la terre depuis le jour de la création , et s'y déchaîneront encore jusqu'à la fin des siècles , tous les supplices de l'enfer , étaient mis conjointement

il 2 LA GUIDE I»KS PÊCHEURS.

dans mu bassin de la balance, et un seul péché mortel dans l'autre, h balance aérait emportée par celui-ci. Oui, un péché mortel, un soûl, est un mal incomparablement plus grand que tous ceux que nous avons énumérés. Je sais bien que le monde en juge tout autrement; mais le profond aveuglement et les ténèbres horribles qui pèsent sur cette autre Egypte, ne sauraient rien changer à la té des choses. Kst-il donc étonnant que des aveugles ne puissent voir un tel mal, quelque grand qu'il soit d'ailleurs? Kst-il étonnant que des morts ne sentent pas le coup de lance qui les transperce? Ni les aveugles ne peuvent rien voir, ni les morts sentir une blessure quelconque.

Comme nous l'avons déjà dit, cette seconde partie de notre ouvr.i-e. o'est autre chose qu'un traité de la vertu, et le contraire de la vertu , c'est le péché. Voilà pourquoi la première partie de ce second livre sera consacrée, d'une part, à inspirer aux chrétiens une salutaire horreur pour le péché, et, de l'autre à leur signaler les remèdes qu'il convient d'apporter à un tel mal; car une fois que nous aurons extirpé de l'àme ces funestes racines, il nous sera plus aisé d'y faire germer et croître toutes les vertus chrétiennes, et e'est de ces vertus que nous parlerons dans la seconde partie. 11 ne suffira pas néanmoins de traiter en premier lieu des péchés mortels; les péchés véniels méritent aussi une sérieuse étude , non qu'ils aient pour effet de détruire la vie de l'âme, mais parce qu'ils l'affaiblissent et la dégradent, accomplissant de la sorte un travail intérieur qui est comme une préparation à la mort spirituelle. L'ordre logique et naturel nous oblige à parler d'abord des sept péchés qu'on appelle capitaux , parce qu'ils sont la source et le principe de tous les autres. Il est vrai que ces péchés ne sont pas toujours mortels; mais ils peuvent aisément le devenir, et le sont en réalité quand ils vont jusqu'à violer un commandement de Dieu ou de l'Eglise , en éteignant en nous la céleste flamme de la charité.

era là comme une pharmacie spirituelle où se trouveront réunis les divers remèdes dont l'àme peut avoir besoin contre chaque espèce de [> ission ou de vice ; elle pourra choisir à son gré celui qui correspond à l'infirmité dont elle est atteinte. Parmi ces

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