‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 218 sur 308 · L1VBE II, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

L1VBE II, CHAPITRE PREMIER

remèdes, il en es! de généraux el qui B*appliquen1 à un vice quelconque, ii" la en avons parié dans le Mémorial <1»' la vie chrétienne, où nous avons énuméré quinze <>u seize remèdes différents contri- le péché. 11 en es! de spéci lux qui s'appliquenl à tel ou tel vie»' m particulier, comme l'orgueil, l'avarice, la colère et les autres; c'esl de ceux-là que nous parlerons ici, ayant soin d'en faire l'application à chaque espèce de vice, et pourvoyant ainsi le chrétien de toute sorte d'à nues spirituelles pour le rude combat àe la vie.

Mais avant d'entrer en matière, il est une eliose qu'il importe de bien observer; c'est que dans ce combat spirituel, ce ne sont pas principalement les bras ni les pieds qui doivent nous assurer la victoire, mais bien les yeux , qui symbolisent ici La vigilance et la perspicacité. Il n'est pas d'instrument plus constamment employé dan- ce genre de milice ; car nous avons à lutter, non contre la chair et le sang, mais contre la perversité des démons, qui sont des créatures spirituelles. Et voici pourquoi cette rectitude intellectuelle est nécessaire avant tout : la première cause du péché gît dans une erreur de l'entendement , lequel est le guide et le conseiller naturel de la volonté. Le premier but de nos ennemis, leur préoccupation dominante , c'est donc de pervertir l'entendement ; une fois qu'ils l'ont égaré, la corruption de la volonté suit toujours d'une manière inévitable , ou peut même déjà être considérée comme un fait accompli. Aussi travaillent-ils sans relâche à revêtir le mal des apparences du bien , à nous présenter le vice avec les traits de la vertu, à faire , en un mot , que nous jugions la tentation , non comme une tentation réelle , mais comme un conseil donné parla raison. S'ils veulent, par exemple, nous tenter d'ambition, d'avarice, de colère ou de vengeance, ils nous feront entendre que les désirs excités dans notre cœur sont justes et raisonnables, et qu'agir autrement serait aller contre les lumières de la raison. C'est ainsi qu'ils font servir cette noble faculté à nous dissimuler les pièges de la tentation , afin que ceux qui se flattent d'avoir une conduite et des sentiments inspirés par la droite raison y soient eux-mêmes trompés. Voilà pourquoi il est si nécessaire que l'homme ait des yeux pour voir ; il saura dé-

couvrir alors le perfide bameçon habilement déguisé sous l'amorœ, il ne se laissera plus égarer par des images vaines et de ipparenei Cette clarté de regard lui sera nécessaire encore pour bien apprécier la malice, la noirceur et les hideux caractères du péché, 1. b ing - qu'entraîne et les maux que nous fait déjà subir le fiée dont nous sommes tentés. Tel est le vrai moyen de mettre un frein salutaire à l'aveugle impétuosité; nous craindrons ainsi de goûter les funestes plaisirs qui pourraient nous donner la mort. Nous puisons ce même enseignement dans ce passage de nos divines Ecritures, Ezech. i, 18, où les quatre mystérieux animaux , image fidèle des hommes qui aspirent à la sainteté , nous sont montrés comme ayant des yeux sur tout leur corps ; car c'est là un symbole frappant de la nécessité où sont les serviteurs de Dieu de se prémunir contre toutes les atteintes du vice par une infatigable vigilance. Telle est la pensée qui ne cessera de dominer dans les différents sujets que nous allons entreprendre ; mais à ce principal moyen nous joindrons avec soin tous ceux dont l'usage est reconnu nécessaire, ainsi qu'on le verra dans toute la suite de ce traité.

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