LIVRE II. CHAPITRE II
de la même pensée, beaucoup d'autres écrivains accrédités dans L'Eglise catholique, (fia nous prouve évidemment qu'une fois ers
ennemis vaincus, les autres qui bous font la guerre ne pourront plus nous attaquer avec le mê me succès.
Saint Thomas d' A quin nous donne de cela une raison profonde. Sum. tluol. I, II, 7 wps/. i.xxvn, art. 4. Tous les péchés, dit ce grand Théologien, procèdent de l'amour-propre ou de l'amour de soi; car on ne commet jamais un péché que par la concupiscence d'un bien particulier dont le désir est excité dans notre cœur par cet amour-propre. Cette source primordiale se divise en trois branches, désignées par L'apôtre saint Jean, I Jocm. u, 10 : La concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie; ou bien, en termes encore plus clairs, l'amour des plaisirs, l'amour des biens terrestres et l'amour des honneurs, triple forme que revêt dans le cœur de l'homme et dans le cours de la vie l'amour de soi. Or, de l'amour dr<, plaisirs naissent trois vices capitaux , la luxure, la gourmandise et la paresse. De l'amour des honneurs naît l'orgueil, ou plutôt c'est là l'orgueil lui-même ; et de l'amour des biens tempoi els naît l'avarice. Les autres deux vices capitaux, la colère et l'envie, sont tour à tour l'instrument de chacun de ces trois amours. La colère, en effet, éclate contre un obstacle quelconque qui s'interpose entre nous et l'objet de nos désirs, et l'envie s'attache à ceux qui nous supplantent dans la possession des faux biens que l'amour-propre nous fait ambitionner. Telles sont donc les trois racines d'où proviennent tous les maux, et avant tous les autres les sept péchés qui en sont comme la source secondaire. Que ces chefs soient abattus , et toute l'armée ennemie est bientôt en déroute ; que notre étude soit donc en premier lieu d'attaquer et de vaincre ces redoutables géants , si nous voulons facilement disperser les ennemis qui nous disputent l'entrée de la terre promise.
De tous ces géants, le premier qui se dresse devant nous, le plus puissant et le plus terrible, c'est l'orgueil, ou l'appétit désordonné de notre propre excellence. Tous les saints docteurs s'accordent à nous montrer dans l'orgueil le père et le roi de tous les vices. C'est donc à bon droit que le saint homme Tobie , parmi tous les avis
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si pieux et si sages qu'il domnan à son fils, lui faisait entendre es*
remarquables paroles : ■ Ne souffrez jamais que l'orgueil domine
dans vos pensées et vos discours. Car c'est de là qu'a j)i imilivement émané la perdition de L'homme. ■ Tob. iv, 14. Lors donc que ce vice tentera d'infecter votre cœur de son poison mortel , a\ .'/. recours pour le vaincre aux armes que je vais vous signaler.
Premièrement, songez au châtiment épouvantable qui l'ut encouru par les mauvais anges pour un seul pèche d'orgueil ; en un instant ils furent chasses du ciel et précipités au fond des abîmes. Voyez comment ce seul vice obscurcit tout à coup cet astre radieux dont la lumière éclipsait dans le ciel celle de toutes les étoiles; si bien que celui qui était, non-seulement un ange , mais encore le premier de tous les anges, le chef glorieux des milices angéliques, devint aussitôt un démon , et le père le plus pervers de tous les démons. Si tel a été le sort de ces purs esprits , qu'en sera-t-il de vous, cendre et poussière ? Dieu n'est jamais en contradiction avec lui-même, il n'y a pas d'acception de personnes devant sa justice munie; il repousse et condamne l'orgueil, dans l'homme aussi bien que dans l'ange , et dans l'un comme dans l'autre l'humilité plaît à ses regards divins. Voilà ce qui faisait dire à saint Augustin : « Des hommes l'humilité fait des anges, et des anges l'orgueil fait des démons. » Saint Bernard dit à son tour : « L'orgueil fait déchoir de la cime la plus élevée au plus profond des abîmes , et l'humilité par un mouvement contraire fait remonter au fond même de l'abîme aux plus sublimes hauteurs. L'ange s'enorgueillit dans le ciel, et le voilà qui tombe dans les basses régions de l'enfer; l'homme s'humilie sur la terre, et par là il s'élève au-dessus des astres qui brillent dans les deux. »
Après avoir considéré les châtiments attirés par l'orgueil à la nature angelique, reportez votre esprit vers cet étonnant exemple d'humilité qui vous est donné par le fils de Dieu, quand par amour pour vous il revêt une nature si profondément indigne de sa grandeur infinie, se rendant obéissant aux ordres de son Père a jusqu'à la mort , et à la mort de la croix , » comme s'exprime l'Apôtre, Philipp. u, 8. Quelle grande et persuasive leçon ! A l'école du Verbe incarné , viens ô homme, apprendre à obéir; ap-