‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 221 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

prends , ô terre, à te laisser rouler aux pieds; ô poussière , à ne pas sortir de ton aéanl ; ô chrétien , à devenir doux ei humble de cœur, eomme le tut ton Seigneur et ion Dieu, Matth. si, 2'.). Si lu dédaignes d'imiter 1rs exemples d'un autre homme, tu ne dédaigneras peut-être pas d'imiter les exemples d'un Dieu; car il s'est l'ait homme, Qon-seulemeni [tour nous racheter, mais encore pour nous apprendre L'humilité par ses discours et surtout par ses exemples.

Portezaussi les yeux sur vous même; et vous trouverez encore là bien deschosesqui vous prêcheront rhumilité.Voyez ce que vous étiez avant votre naissance, ce que vous êtes même depuis, ce que vous serez enfin après votre mort. Avant votre naissance , vous n'étiez rien qu'une matière informe et repoussante; maintenant, vous êtes un être plein de corruption sous de vaines et trompeuses apparences; plus tard, vous serez la pâture des vers. De quoi donc t'enorgueillis-tu, ô homme, toi dont la naissance est une ignominie, la vie une misère, la fin une dissolution fétide ? Si tu tires vanité des richesses et des biens que tu possèdes , si c'est l'éclat de l'or qui éblouit tes yeux , encore un peu de temps, et la mort viendra, qui nous réduira tous à un état d'égalité parfaite. Nous sommes tous égaux à notre naissance, à ne considérer du moins que notre condition naturelle ; nous nous retrouverons égaux en face de la mort, sous l'uniforme empire de la même nécessité; seulement, après la mort, ceux qui auront été plus que les autres dans ce monde , devront rendre de leur vie un compte plus terrible.

Saint Jean Chrysostome enseigne cette même doctrine avec son éloquence accoutumée : « Plongez vos regards dans la tombe des grands et des riches de la terre, cherchez en eux une trace quelconque du luxe et de la magnificence où ils ont vécu, des voluptés et des délices qu'ils poursuivaient avec tant d'ardeur et dont ils ont si largement joui. Dites-moi, où sont maintenant leurs magnifiques parures et leurs vêtements somptueux? Que sont devenus tous ces ingénieux artifices destinés à flatter leurs sens , à abréger la longueur de leurs journées? Où sont désormais les sociétés brillantes dont ils aimaient à s'entourer, et la nombreuse tom. x. 27

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domesticité qu'ils déployaient aux regarda des autres? Les délicieux banquets ont disparu, on n'entend plus les rires d'une folle joie, le bruit des chants, les cris de l'allégresse mondaine. Un lugubre silence pèse sur la demeure de la mort. H4ais voyez de plus près ee qui reste dans leur sépulcre, et VOUS n'y trouverez. qu'un peu de poussière et de cendre, des vers hideux, des ossements infects. Telle est inévitablement la distinct- du corps humain, en dépit des soins délicats et des plaisirs recherches au sein desquels i! a été nourri. Et plût à Dieu que le mal finît làl Mais ce qu'il y a de plus terrible, ce n'est pas la mort elle-même. C'est ce qui doit la suivre immédiatement : le redoutable tribunal du souverain Juge, la sentence qui doit y être prononcée, les pleurs éternels et l'éternel grincement de dents , le ver rongeur de la conscience, qui jamais ne mourra, et les flammes dévorantes de l'enfer qui ne s'apaiseront jamais.

Ajoutez à cela les dangers et les séductions de la vaine gloire, tille de l'orgueil. Ses coups sont en quelque sorte insensibles/selon la pensée de saint Bernard ; elle pénètre légèrement , mais les blessures qu'elle fait ne sont pas légères. Ainsi donc, quand les hommes vous prodigueront leurs louanges , vous entoureront d'hommages et d'honneurs, repliez-vous sur vous-même et voyez d'un O'il impartial si vous possédez des titres réels aux éloges qui vous sont donnés, ou si tout cela n'est pas au contraire une vaine flatterie. Si vous ne trouvez en vous aucun de ces titres, vous n'avez pas droit de vous glorifier. Et s'il vous est impossible de méconnaître que vous en ayez réellement quelqu'un, hàtez-vous de dire avec l'Apôtre : « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. » Vous ne devez donc pas vous enorgueillir des louanges de vos semblables, mais plutôt vous en humilier et en rapporter toute la gloire à Dieu, de qui vient tout le bien qui est en vous ; et parla vous ne vous rendrez pas indigne de le posséder. Il est indubitable, en effet, que Dieu seul est la cause , et des hommages qui vous sont décernés, et du bien pour lequel on vous les décerne. Toute gloire que vous vous approprieriez à vous-même, c'est à lui que vous la déroberiez. Or, peut-il y avoir un plus deloyalserviteur que celui qui dérobe la gloire, de, son maître? Voyez en outre

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