‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 233 sur 308 · LIVRE II. CHAPITRE W · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE W

évoque. Cel étranger ue sachant où se retirer, alla chercher un

asile dans un vieux temple d'idoles ri B'arrangea pour y passer la nuit. Or, la pensée des fausses divinités dont lesouvenir \ i vait encore dans ce temple, remplit son àme de frayeur; et, quoiqu'il ne crûl pasà la vertu de la croix, sachant que la coutume des ( hrétiens était d'en former le signe sur eux dans 1rs grands périls, il (il à leur exemple le signe de la croix. Comme la crainte néanmoins éloignait le sommeil de ses yeux, il vil entrer vers minuit une légion nombreuse de démons dans ce vieil édifice. Celui qui était évidemment leur chef, s'assit au milieu d'eux sur une espèce détrône, et il se mit à les interroger chacun en particulier sur le mal qu'ils avaient accompli dans le monde. Ils racontèrent l'un après l'autre leurs funestes exploits; et l'un d'eux se vanta d'avoir tenté le cœur de l'évèque André par l'image de cette femme chrétienne qu'il gardait dans sa maison. Le digne chef de ce lugubre sénat écoutait ce rapport avec la plus grande attention, jugeant L'entreprise d'autant plus avantageuse qu'il s'agissait de peidre une personne plus sainte. Et l'esprit infernal qui s'attirait alors une telle approbation ajouta que la veille, à l'heure de vêpres, il avait tellement tenté le cœur d'André, que celui-ci en était venu, par manière de plaisanterie . à donner un léger coup sur les épaules de la religieuse. L'antique ennemi du genre humain , applaudissant à ces heureux efforts, exhorta vivement le tentateur à mener à bonne fin une œuvre si bien commencée, lui promettant, s'il réussissait, de le couronner au milieu de ses compagnons.

Le juif était là considérant tout ce qui se passait, et tremblant de tous ses membres. Or l'esprit qui commandait à cette légion diabolique, envoya quelques-uns des siens pour voir quel était le téméraire qui avait osé dormir dans un tel lieu. Ceux-ci après l'avoir un instant examiné avec une attention profonde, s'écrièrent tout à coup : Oh! oh! c'est un vase vide, mais parfaitement scellé. A ces mots, toute la troupe infernale s'évanouit et disparut.

Aussitôt le juif se lève et se hâte d'entrer dans la cité ; il trouve l'évèque à l'église, et, le prenant à part, lui demande s'il n'est pas tourmenté d'une tentation. La honte ferme la bouche à l'évèque, il n'avoue rien ; et le juif lui dit alors qu'un tel jour il a porté les

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yem but une servante du Seigneur avec une affection coupable. Kt comme l'accusé s'en défend, l'étrange accusateur ajoute: Pour* quoi nier ce que je te demande, puisque hier, à L'heure de vêpres, tu as légèrement frappé de la main cette femme sur L'épaule? Saisi d'étonnement, accablé sous Le pouls île sa taule l'évèque confesse ce qu'il avait auparavant nié. L'étranger lui rait connaître alors la manière dont il vient de l'apprendre. A ce récit, L'évèque se prosterne la face contre terre, il prie et demande pardon ; il se rend ensuite rapidement à sa demeure, et renvoie, non-seulement la femme qui avait été pour lui l'occasion d'un tel danger, mais encore s'interdit d'en prendre jamais aucune à son service. Et ce temple païen, autrefois consacré à Apollon, il en fait un oratoire en l'honneur de saint André. Désormais il fut à l'abri de toute tentation de ce genre. Le juif dont la vision et les conseils l'avaient retiré d'une occasion aussi dangereuse, fut instruit par lui dans les mystères de la foi. 11 apprit à connaître le vrai Dieu, fut purifié dans l'eau sainte du baptême, introduit au sein de l'Eglise, sauve enfin par celui qu'il avait sauvé, (l'est ainsi que le Seigneur notre Dieu fit entrer l'un dans la bonne voie, en empêchant l'autre d'en sortir.

\ ces exemples je pourrais certes en ajouter beaucoup d'autres, tant présents que passés ; mais que ceux-là nous suffisent pour If moment.

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