LIVRE II, CHAPITRE IV. '.'.I
Babylone se laissèrent emporter par une passion criminelle, parce qu'ils avaient souvent vu Suzanne seule dans son jardin. Fuyez boute compagnie suspecte , n'ayez pas d'entretien avec 1rs femmes; leur vue blesse le coeur, leur parole l'attire et l'enflamme, leur eontact le pousse vers le mal , tout esl piège en elles pour quiconque les voit avec une imprudente familiarité. C'est là ce qui l'ait dira à saint Grégoire : a Ceux qui ont voué leur corps à la continence, ne doivent p;is résider dans la compagnie des femmes; tant que la chaleur vitale esl en nous, il ne faut pas se persuader que la flamme du cœur soit entièrement éteinte. » Dialog. m, 7.
Supi rimez de plus les petits présents, les visites et les lettres; ce sont là comme autant de liens jetés autour de notre cœur; c'est ainsi qu'on rallume la flamme mal éteinte des mauvais désirs. Si vous avez de l'affection pour une femme honnête et vertueuse, contentez-vous de l'aimer dans votre cœur, évitez de la voir trop souvent et île vous familiariser avec elle. Mais, comme l'important dans cette question , c'est la fuite des occasions dangereuses, je citerai ici deux exemples rapportés par saint Grégoire dans ses Dialogues, iv, il. Rien ne saurait mieux démontrer la vérité des principes que nous venons d'émettre.
Il y avait dans la province de Mysie, un prêtre rempli de la crainte de Dieu, et qui dirigeait avec le zèle que ce sentiment inspire, l'église dont il était chargé. Là se trouvait une femme d'une vertu peu commune; elle s'occupait des linges de l'autel et de tout ce qui regardait l'église. 11 l'aimait comme une sœur, mais s'en gardait comme d'une ennemie. Jamais sous aucun prétexte il ne permettait qu'elle vint dans sa demeure; et de la sorte il avait coupé court à toute occasion de familiarité. Le propre des saints, par cela même qu'ils sont plus éloignés des choses illicites, c'est d'écarter celles même qui seraient permises , quand elles ont une apparence de danger. Voilà pourquoi ce fervent serviteur de Dieu ne consentait jamais, pas même dans les nécessités les plus pressantes , que cette pieuse femme lui donnât ses soins. Dans un âge avancé, et lorsqu'il comptait déjà plus de quarante ans de sacerdoce , il tomba si gravement malade qu'il fut bientôt à toute extrémité. Comme il était dans cet état, la bonne femme, voulant
MB LA GUIDB DES PÉCHEURS.
jurer s'il était déjà mort ou s'il respirait encore, mit son oreille près delà bouche du moribond. Celui-ci s'en étant aperçu, manifesta la plus gran le indignation, et . avec toute L'énergie dont il était capable, il s'écria: Femme, éloigne-toi d'ici; le feu vit encore bous la cendre , garde-toi d'en approcher la paille. Kt . comme elle se fut éloignée, il sembla reprendre des t'oins nouvelles et se mit à crier avec des transports de joie : A la bonne heure ! vous, seigneurs, venez; oh! venez, soyez les bien venus! Comment avezvous daigné descendre jusqu'à cet humble serviteur, jusqu'à cet homme si misérable? Je suis à vous, je suis à vous. Soyez bénis de tant de condescendaii'-e, soyez mille fois bénis 1 11 répéta plusieurs fois ces mêmes paroles; et ceux qui étaient présent lui deman lèrent quels étaient les personnages auxquels il parlait. L'étonnement se peignit alors sur sa figure. Quoi ! vous ne voyez pas, dit-il , les bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul? Et se tournant d'un autre côté, il cria de nouveau : Me voici, me r< .ici ; je suis à vous! Et en achevant ces mots il rendit son àme à Dieu. Une fin aussi glorieuse fut la récompense et le fruit d'une prudence qu'on ne saurait assez louer; et c'est avec cette confiance que devait mourir un homme dont la vie s'était écoulée dans une telle crainte.
Mais, dans le livre précédent du même ouvrage, le saint docteur rapporte un exemple bien différent d'un évèque appartenant à un ordre religieux. Ce récit a pour but d'éclairer et de corriger ceux qui sont loin d'imiter une semblable réserve. Le fait suivant eut autant de témoins, comme le remarque saint (irégoire, qu'il y avait pour ainsi dire d'habitants dans la ville où il se passa.
Une ville d'Italie avait un évêque nommé André, qui avait constamment mené une vie conforme à la sainteté de son état. Il avait dans sa maison et gardait dans sa compagnie une femme également religieuse; et il ne la retenait auprès de lui que par considération pour sa vertu. Mais l'ennemi de tout bien prit occasion de là pour tenter le cœur de cet homme , pour l'assaillir à chaque instant d'images dangereuses et de funestes pensées. Or, il arriva que dans ce temps un juif , qui de la Campai lie se rendait à Rome, fut surpris par la nuit près de la ville où était cet