‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 235 sur 308 · LIVRE II. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE V

(bisque le péché nesoil pas mortel, e'esl parce que l'envie n'est pas pleine el entière ; ce qui a également lieu dans toul autre péché. La haine, par exemple, esl plus mi moins consentie , plusou moins enracinée dans l'àme; il en «-si de même de l'envie. <m peut distinguer la racine de l'envie, de l'envie elle-même.

C'est ici l'un des péchés qui ont le plus de puissance, exercent le plus de ravages, étendenl le plus loin leur empire clans le monde; il règne spécialement dans les cours et les palais, autour des grands el (\o> riches de la terre; il infecte les écoles et les universités, il pénètre même quelquefois dans le sanctuaire et le cloître. Qui donc pourra se mettre à l'abri des perfides atteintes de ce monstre? Quel est le mortel assez heureux pour n'être ni l'esclave ni la victime de l'envie? Sans remonter trop avant dans l'histoire, sans parler de l'envie qui éclata entre deux frères, je ne dis pas seulement à la fondation de Rome, mais encore à l'origine même du genre humain, envie tellement grande qu'elle ne put être assouvie que par le sang de l'un des deux, rappelons-nous l'envie dont Joseph fut l'objet de la part de ses frères, et qui les poussa à le vendre comme esclave; celle que Moïse éprouva de la part de son frère Aaron et de sa sœur Marie. Les disciples du Christ eux-mêmes, avant de recevoir l'Esprit-Saint, se montrent accessibles à ce vil sentiment. Ah! quand on voit de semblables exemples, que peut-on penser des autres hommes qui vivent dans le monde, éloignés qu'ils sont d'une pareille sainteté, n'étant pas le plus souvent unis par les liens du sang? Non, rien ne saurait nous donner une idée du pouvoir exercé par ce vice, des malheurs qu'il produit, des ruines qu'il entasse. C'est au bien qu'il en veut par sa nature même ; il poursuit de ses traits empoisonnés les âmes vertueuses, et les talents aussi bien que les vertus. C'est là ce qui fait dire à Salomon : « Tous les travaux, toutes les industries de l'homme sont un objet d'envie. » Eccl. iv, A.

Il faut donc vous prémunir et vous armer, avec tout le soin possible, contre les attaques d'un tel ennemi; demandez sans cesse à Dieu de vous en délivrer, faites vous-mêmes d'infatigables efforts pour le repousser loin de vous. S'il s'obstine à tenter votre cœur, mettez une égale obstination à le combattre; tant que la

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nté ne consenl pas, peu importe «jn»' vous en ressentiez les honteuses impressions dans la partie inférieure de votre âme. Quand vous venez votre voisin OU voire ami posséder des honneurs ou des avantages que vous n'avez pas, rendez-en grâces au

- :ieur pour lui. et pensez, ou que vous n'avez pas mérité COI mêmes biens, ou du moins qu'il n'était pas utile pour vous de les posséder. N'oubliez pis enfin que porter envie à la félicité des autres . ce n'est pas alléger son propre malheur, mais bien l'aggraver et l'aigrir.

Si vr.us nie demandez maintenant quelles sont les armes qui vous serviront à triompher de ce vice, pour toute réponse j'appellerai votre attention sur les considérations suivantes. Considérez. en premier lieu, que les envieux ressemblent fort aux démons. Ceux-ci voient avec peine, et les bonnes œuvres que nous faisons, et les 1 tiens éternels qui doivent en être la récompense ; ce n'est pas qu'ils espèrent obtenir ces biens, alors même que l'homme viendrait à les perdre, puisqu'ils savent à n'en pas douter qu'ils en ont été dépouillés d'une manière irrévocable; mais ils ne voudraient pas qu'un être sorti de la poussière put obtenir un bonheur dont ils ont été dépossédés. Cette pensée faisait dire à saint Augustin dans son traité de la doctrine chrétienne : « Daigne le Dieu tout-puissant éloigner ce vice du cœur, non-seulement de tous les chrétiens , mais encore de tous les hommes ; c'est, là le vice du diable, celui qui lui est principalement imputé et pour lequel il endure à jamais d'irrémédiables tortures. Ce qu'on reproche à l'ange rebelle, ce n'est pas évidemment d'avoir commis la fornication ou le vol ; c'est qu'après être lui-même tombé, il ait tendu des embûches à l'homme, ne pouvant souffrir de le voir debout. » Voilà bien ce que les envieux éprouvent à l'endroit du bonheur des autres; le plus souvent ils n'espèrent pas ce bonheur, ils ne siuraient y prétendre, mais ils voudraient que tous fussent aussi misérables qu'eux.

0 VOUS <<"' C que l'envie tourmente, ces biens dont vous êtes jaloux deviendraient-ils votre partage, alors même que le prochain en serait dépouillé? et si la prospérité d'un autre n'est pas une perte [tour vous, comment se fait-il qu'elle vols soit un sup-

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