‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 236 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

phce? Quand o'esl une vertu étrangère qui est l'objel de votre envie, vous êtes L'ennemi de votre propre bien, c'esi contre vousmètnesque s'exerce votre malice; car vous pouvez participera toutes les bonnes œuvres que Les autre- pratiquent, en leur demeurant unis parla grâce; plus ils Ibnl «le progrès ei gagnenl de mérites, plus vous acquérez vous-mêmes <\v* trésors spirituels. Ci Bl doue liien a lort que VOUS portez envie à leur vertu; elle devrait être au contraire pour vous un intarissable sujet de consolation et de joie. Chose Lamentable] parée que votre prochain devieut meilleur, vous devenez plus coupable. Ah! si <lu moins vous aimiez en lui Les biens que vous ne trouvez pas en vous-mêmes . vous vous les approprieriez par la charité ; bcs travaux deviendraient les vôtres sans aucun effort (le votre part.

Songea après cela que le feu de l'envie ronge le cesur, dessèche le corps lui-même, affaiblit L'entendement , détruit la paix de la conscience, assombrit tous les jours de la vie, chasse loin de nous le bonheur véritable. Ce vice est semblable au ver qui se forme dans l'intérieur de l'arbre; il ronge avant tout le cœur où il est né , tout comme le ver ronce l'arbre. Après avoir exercé ses ravages sur le cœur , il altère même les traits du visage ; la pâleur dont il les empreint manifeste au dehors son action intérieure. 11 n'es! pas de juge aussi rigoureux que ne l'est cette passion à 1 egard d'elle-même, l'envieux est la première victime de l'envie. De là vient que certains docteurs l'appellent un vice juste; non qu'il y ait quelque justice dans l'envie , puisque c'est là un péché trèsgrave, mais bien parce qu'elle est elle-même le juste châtiment de celui qui s'en rend coupable.

Considérez en outre l'opposition de ce vice avec la charité, qui est Dieu même , et avec le bien commun , que Dieu procure par tous les moyens possibles. Porter envie aux biens des autres, haïr ceux à qui Dieu ne cesse de prodiguer les témoignages de son amour , s'efforcer de perdre des êtres qu'il a créés et rachetés . n'est-ce pas défaire ce que Dieu fait, par le désir au moins et par la volonté ?

Voulez-vous maintenant appliquer un remède assuré à cette maladie funeste, aimez l'humilité et détestez l'orgueil; c'est l'or-

LA GUIDE DES PÈCHEl 1RS.

gneil 1 1 1 1 î fut toujours le père il»' L'envie. L'orgueilleux , en effet t ne pouvant souffrir ni de supérieur ni d'égal, porte naturellement envie à ceux qui paraissent l'éclipser sous un rapport quelconque; il descend à ses propres yeux a mesure qu'un autre monte. C'esl C€ que l'Apôtre nous l'ait admirablement entendre , quand il dit : a Ne soyons pas envieux de la gloire mondaine, cherchant réciproquement à nous supplanter et nous montrant jaloux les uns des autres. » Galat. v, 26. Pour détruire parla racine cette plante vénéneuse de l'envie, il attaque l'ambition et la cupidité. Docile à cette grande leçon, arrachez doue de votre cœur l'amour désordonné des biens de la terre; attachez-vous uniquement à l'héritage céleste et n'aimes que les biens spirituels. Ceux-là ne sont pas amoindris quand s'accroît le nombre de ceux qui le possèdent; ils augmentent au contraire dans la même proportion. Il en est tout autrement des biens temporels ; le nombre des possesseurs \ i.-nt-il a augmenter , la part de chacun diminue d'autant. Voilà pourquoi l'envie trouve accès dans lame de celui qui les ambiti. «une ; l'un perd nécessairement ce qui devient la proie de l'autre, et l'on ne saurait abandonner sans peine ce que l'on posséderait avec bonheur.

Ne vous contentez pas de n'éprouver aucun chagrin à la vue du bonheur d'autrui ; faites à votre prochain tout le bien qui vous sera possible et celui que vous ne pourrez lui faire, demandez à Notre-Seigneur de le lui accorder. Nayez pour aucun homme , quel qu'il soit, un sentiment de répulsion ou de haine: aimez vos amis en Dieu , et vos ennemis par amour pour Dieu. Dieu vous a tant aimé, quand vous étiez encore son ennemi, qu'il a versé son sang j usqu'à la dernière goutte pour vous arracher à la puissance de vos plus cruels tyrans. 11 est possible que votre prochain soit un homme méchant et corrompu ; mais cela même u'est pas une raison pour le haïr. Dans ce cas vous devez imiter la conduite d'un sage médecin. Il déteste la maladie , mais il aime le malade ; nous pouvons abhorer l'œuvre de l'homme, il faut toujours aimer L'œuvre de Dieu. .Ne dites jamais dans votre cœur : Qu'ai-je de commun avec cet homme? Quelle obligation ai-je envers lui? Je ne le connais pas, il ne m'est pas uni par les liens du sang ni par

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