‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 258 sur 308 · LIVRE 11, UIAl'ITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE 11, UIAl'ITRE XIII

royaume auquel l'honiiue doit commander, se divise en deux parties laen distinctes : le corps avec tous ses sens et ses organes, L'âme avec ions ses sentiments et boutes ses puissances. Il faut donc mie sur tous les points où s'étend son domaine, il établisse le saint empire de la vertu, en ramenant chaque chose à la forme que nous allons tacher d'indiquer.

De la réforme corporelle.

A cette réforme corporelle contribuent avant tout la décence et la régularité de L'homme extérieur; ce à quoi se rapporte cet excellent précepte tiré de la Itègle de saint Augustin : « Qu'il n'y ait rien dans votre démarche, votre maintien et vos vêtements qui soit capable de scandaliser les autres ou de choquer même leurs regards; que tout en vous soit conforme à la pureté de notre sainte profession. » Pour qu'il en soit ainsi, le disciple qui se fait gloire d'obéir au divin Maître, le vrai serviteur de Dieu doit vivre au milieu des hommes avec tant de gravité et d'humilité , de calme et de mansuétude, que tous ceux qui seront en rapport avec lui soient édifiés de ses exemples et reçoivent l'impression de sa vertu. Le grand Apôtre voudroit que tous les chrétiens fussent comme autant de plantes balsamiques, dont le parfum s'exhale par le contact et imprègne la main qui les a touchées. Telles devroient être, en effet, les paroles, les actions, la conduite tout entière d'un être consacré au service du Seigneur, que quiconque l'approche ne puisse entièrement se soustraire aux suaves attraits de la sainteté.

Voilà bien l'un des principaux fruits qui naissent de la modestie chrétienne. C'est une prédication muette, mais profondément éloquente et persuasive, qui, sans le secours de la parole et par la seule force de la vertu, entraine les hommes vers la religion et les fait se réconcilier avec Dieu. Ainsi s'accomplit l'admirable leçon que le Sauveur domiait à ses disciples : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, de telle sorte qu'en voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les deux. » Mattk. v, 10. Un prophète avoit dit, Isa. lxi, il, que le serviteur

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de Dieu doit être sur la terre comme un arbre fécond , ou comme mit* Bear aux merveilleuses nuances, plantés et nourris par la main de Dieu même, afin qu'à son aspect la pensée de l'homme remonte aussitôt vers la puissance du Créateur. Gela ne veut pas dire assurément que nous devions faire le bien en vue d'attirer les regards ou de gagner l'estime des créatures. « Non ; une bonne œuvre peut se faire en public, vous dirons-nous avec saint Grégoire, Moral, xxix, 18, tandis que la bonne intention demeure un secret entre L'âme et Dieu; l'exemple que nous donnons alors à nos frères ne détruit ni le mérite de l'humilité ni le désir de plaire à Dieu seul. »

Il est un second fruit qui provient de cette modestie et de cette bienséance extérieure: c'est que l'on garde ainsi plus aisément le recueillement, la dévotion et la pureté de l'àme. Il existe, en effet, un telle union, de si intimes liens entre l'homme intérieur et l'homme extérieur, que le bien ou le mal de l'un ne tarde pas à se communiquer à l'autre; l'équilibre et l'accord tendent constamment à s'établir entre eux. Si l'ordre règne dans l'esprit, il passe naturellement au corps lui-même; et si le corps, à son tour, est dans l'agitation et le désordre, il arrive bientôt, je ne sais comment , que l'esprit tombe aussi dans un état semblable. Chacun des deux, n'importe lequel, peut à bon droit être considéré comme le fidèle miroir de l'autre. Tous les mouvements que vous faites sont exactement reproduits par le miroir placé devant vous; c'est ce qui a lieu par rapport aux deux hommes que nous venons de distinguer. Leur influence réciproque est basée sur les lois mêmes de la nature; et ce serait un véritable prodige d'avoir un esprit calme et recueilli dans un corps inquiet et désordonné. C'est ce qui fait dire à l'Ecclésiastique : « L'homme aux pieds légers tombera, » Prov. xix, 2 ; nous voulant enseigner par laque ceux dont l'extérieur manque de ce calme et de cette gravité qui sont le trait distinctif de la discipline chrétienne, trébuchent bien souvent et font de nombreuses chutes.

La vertu dont nous parlons produit un troisième bien : elle communique et conserve à l'homme cette noble gravité nécessaire à l'exercice d'une autorité quelconque. Elle devient ainsi la

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