‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 259 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIII

sauvegarde et l'honneur des fonctions publiques comme fit- la vie privée. Nous en voyons un exemple dans le saint homme Job, car il dit de lui-même que sa figure était comme empreinte d'une pure clarté, l't voici comment il s'exprime : « La lumière de mon visage ne tombait jamais à terre. »Job, xxix, 21. Plus haut, pour montrer l'autorité dont il jouissait au milieu de son peuple, il avait dit : « A ma vue les jeunes gens se cachaient, et les vieillards se levaient en ma présence. Les princes gardaient le silence devant moi et mettaient le doigt sur leurs lèvres. » On ne saurait mieux faire comprendre de quel profond respect un homme est entouré. Pour éloigner enfin toute pensée d'orgueil ou de vaine complaisance, il ajoute que, parmi tous ces honneurs, quand il pouvait se considérer comme un roi qu'environne tout l'appareil de la puissance souveraine, il était le protecteur et l'appui de tous les infortunés.

De là vous pouvez conclure que si les sages blâment avec tant de sévérité celui qui ne sait pas s'imposer cette réserve et cette modération dans l'homme extérieur, c'est moins pour la faute elle-même que parce qu'ils y voient un signe non équivoque de légèreté. Il est une désinvolture, en effet, qui trahit le désordre de l'àme et manifeste au dehors l'inconsistance et la dissipation de l'homme iutérieur. C'est ce qui fait dire à l'Ecclésiastique, xix, 27 : « Le vêtement de l'homme, sa manière de vivre et de marcher nous font voir ce qu'il est. » C'est encore la pensée de Salomon : « Une eau pure réfléchit le visage de l'homme qui la regarde, et les sages voient le fond du cœur par les choses sensibles. » Prov. xxvu, 19.

Tels sont les avantages qui résultent de la vertu objet de notre étude, et ils sont bien grands. Je ne puis donc que déplorer la conduite de ceux qui, dans la vaine appréhension d'être accusés d'hypocrisie , rient et parlent d'une manière désordonnée , se livrent à une foule de choses qui les privent de ces avantages si précieux. La prudence ne doit pas faire abandonner le jeûne aux religieux, comme le dit saint Jean Climaque, par la crainte de tomber dans la vaine gloire. Il ne faut donc pas, par égard pour le monde, se priver du bienfait d'une vertu qui choque ses idées

l.A f.llDE DES PÉCHEURS.

ou ses usages* De même qu'on ne doit pas triompher d'un vice par un autre, on ne doit pas non plus sacrifier une vertu pour ne pas déplaire au monde.

Voilà ee qui regarde en général la modestie extérieure, sans distinction de temps ou de lieu. Mais comme cette vertu s'applique spécialement à la conduite qu'il faut observer dans les repas, nous allons en traiter sous ce point de vue dans le paragraphe suivant.

De la vertu de sobriété.

Le point capital pour la réforme du corps, c'est de le traiter avec nue inflexible rigueur, au lieu de l'entretenir dans l'abondance et la mollesse. C'est avec la myrrhe, substance extrêmement amère, que l'on embaume les morts pour les mettre à l'abri de la pourriture et des vers; c'est au moyen d'une sévère discipline que notre corps se conserve dans toute la vigueur de sa pureté; la délicatesse et la sensualité en font bientôt la proie de la corruption et du vice. Voilà pourquoi nous devons maintenant parler de la sobriété. Cette vertu est l'une de celles qu'il faut d'abord posséder pour travailler ensuite à l'acquisition de toutes les autres; et il est bien difficile de la pratiquer, à raison des résistances qu'elle rencontre dans les penchants d'une nature aussi corrompue que la nôtre. Ce que nous avons déjà dit contre la gourmandise suffiroit sans doute à nous montrer en quoi consiste l'abstinence et quel est le prix de cette vertu , mais nous voulons en traiter d'une manière directe, afin de jeter un plus grand jour sur toute cette doctrine. Disons, par conséquent, comment l'abstinence doit être pratiquée et par quels moyens on l'acquiert.

Concernant la réserve et la modération qui doivent présider à nos repas, voici dans quels termes l'Esprit-Saint lui-même s'en explique : « Usez comme un homme sobre et tempérant des mets qui vous sont servis, de peur que vous ne soyez pour les autres un objet de dégoût et de répulsion s'ils vous voient manger d'une manière désordonnée. Finissez de manger avant les autres ; ainsi le veut l'ordre prescrit par la tempérance. Si vous êtes assis

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