‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 27 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE III

qu'il leur esl si naturel de s'exposer et de se sacrifier pour elle? Un jour viendra où ce désordre sera pleinement corrigé, où les justes plaintes de L'honneur divin seront entendues et satisfaites. Vous avez conjuré contre Dieu , il est juste que L'universalité des êtres conspire contre vous, il est juste que Dieu arme l'univers pour venger ses injures, et que toute la terre s'élève contre ces ànirs dénaturées; car ceux qui n'ont pas voulu, quand il en était temps encore, ouvrir les yeux à la douce clarté de la miséricorde qui les invitait par tant de bienfaits, n'est-il pas juste qu'ils les ouvrent un jour, mais quand il n'y aura plus de remède pour eux , sous les coups redoublés de la justice ?

Joignez à fêla ce riche et délicieux banquet de la nature que le Créateur a préparé pour vous. Tout ce qu'il y a sous le ciel sert à l'homme d'une manière immédiate ou éloignée. L'insecte qui voltige dans l'air sert de pâture à l'oiseau, lequel à son tour sert de nourriture à l'homme ; c'est encore ainsi que l'herbe des champs lui sert en nourrissant les animaux qui lui servent. Portez les yeux de toutes parts dans le monde, et vous verrez quelle est l'immense étendue de votre domaine, de quelle abondance de biens vous avez hérité. Tout ce qui s'enfonce sous la terre , tout ce qui nage dans les eaux, tout ce qui vole dans les airs, tout ce qui resplendit à la lumière du jour, tout cela vous appartient. Chacun de ces êtres est un bienfait de Dieu , l'œuvre de sa providence, un rayon de sa beauté , un témoignage de sa miséricorde, une étincelle de son amour, une voix qui publie sa magnificence. Que de prédicateurs éloquents Dieu vous envoie , pour que vous appreniez à le connaître ! Saint Augustin l'avait dit : « Tout ce qui existe dans le ciel et sur la terre me dit , Seigneur, de vous aimer ; et l'univers ne cesse de le dire à tous les hommes , afin qu'il n'en soit aucun qui puisse s'affranchir de cette douce loi. »

Oh ! si vous saviez écouter la voix des créatures , vous les entendriez toutes vous exhorter de concert à aimer Dieu ; car dans leur silence expressif, elles vous disent clairement qu'elles ont été créées pour votre service , avec la charge pour vous d'aimer et de servir, en leur nom comme au vôtre, ce souverain Seigneur. Le ciel vous dit : Je t'inonde le jour de mes splendeurs, et,

LA Gl IDE DES PECHE! RS.

dit. je l'éclairé encore par la douce lumière dos étoiles, afin que tu il.- soisjamai8 entièrement plongé dans L'obscurité; sous mes diverses influences tout dans la nature germe et mûrit, pour que tu oe sois pas exposé à mourir de faim. L'air vous dit : Je te donne le souffle qui entretient la vie, je te rafraîchis et tempère le feu qui brûle dans tes entrailles, afin que tu n'en sois pas consumé ; je ;-• garde une variété comme infinie d'oiseaux , dont la beauté doit rej.mii' tes yeux, le l'haut charmer tes oreilles. Le goût flatter t"ii palais. L'eau vous dit à son tour: Mes pluies matinales ou tardives Le sei vent également toutes en leur temps, mes rivières et mes fontaines vonl de toutes parts te porter la fraîcheur et l'abondance; je nourris pour ta table un nombre incalculable de poissons; j'arrose 1rs moissons et tes arbres, source de tant de bien-: je te tournis une route facile et puissante à travers les mers, pour «pie tu puisses régner sur le monde entier et joindre les richesses Av> contrées étrangères à celles de ta propre patrie.

que in' pourra pas dire la terre, cette mère commune de toutes Les choses d'ici-bas, cette vaste officine où s'élaborent tous Les tr- m irs de la nature ? Assurément elle est en droit de vous dire : Comme une bonne mère, je te porte sur mes épaules; j'ai préparé !«• plus grand soin, j'ai produit de mes propres entrailles tout ce qui doit servira ton entretien et à ton bien-être; je suis en rapport avec tous les éléments et tous les cieux, de telle sorte que leurs influences et Leurs bienfaits tournent entièrement à ton service; je ne t'abandonne ni dans la vie ni dans la mort, remplistoujours à ton égard les devoirs d'une bonne mère; après avoir soutenu tes pas durant la vie, je t'offre un lit de repos après ta moi t en te recevant dans mon sein. lùifin l'univers tout entier n'a qu'une voix pour vous dire : Reconnais à quel point mon Maître el Créateur t'a aimé, puisqu'il m'a créé pour loi, pour que je serve a ton bonheur, mais aussi pour qu'à ton tour tu l'aimes cl Le h il t'a fait pour lui comme il m'a fait pour toi.

I' e est, chrétien, la voix que' toutes les créatures font entendre; il oe saurait y avoir de pire surdité que celle qui fermerait notre oreille a de semblables accents, ni de pire ingratitude que celi - rendrait insensibles à tant de bienfaits. En recevant

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