‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 28 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE III

nu bienfail on contracte une dette sacrée, el rien n'égale la honte de l'ingratitude. Chaque créature, dit Richard de Saint- Victor, fait entendre à L'homme ces trois paroles : reçois, rends, prends garde, de « 1 1 x î veut dire : reçois Le bienfait, rends des actions de grâce, prends garde au châtiment si tu te montrais ingrat.

Ces! la sans doute une helle théologie , et cependant un philosophe païen, Epictète, que qous avons déjà nommé plus haut, s'est élevé jusque-là. Il veut que dans tontes les choses créées nonsentendion la voix du Créateur et le contemplions lui-même dans la créature. Voici comment il s'exprime : «Quand le corbeau pousse des cris redoublés et vous annonce par là un changement dans l'atmosphère, ce n'est pas le corbeau qui vous donne cet avis, c'est Dieu. Et si La voix de l'homme vous fait entendre de sages paroles, d'utiles avertissements, n'est-ce pas également Dieu qui vous parle, puisqu'il a donné à l'homme et cette parole et cette sagesse ; il faut donc reconnaître son pouvoir dans l'un comme dans l'autre de ces deux moyens qu'il emploie. Seulement, quand les choses dont il veut nous avertir sont d'une grande importance, il y emploie des messagers plus nobles et plus dignes. » Le même philosophe ajoute : « Quand-vous aurez achevé délire ces conseils que je vous donne, dites- vous à vous-même : Ce n'est pas Epictète le philosophe qui m'a dit toutes ces choses , c'est Dieu. D'où lui venait, en effet, le pouvoir de me les dire? M 'est-ce donc pas Dieu lui-même qui m'a parlé par lui ? » Voilà quels ont été les sentiments et telles sont les expressions d'un Epictète. Mais quel est le chrétien qui ne rougirait pas de rester en arrière d'un philosophe plongé dans les ténèbres du paganisme? C'est une grande honte assurément que des yeux éclairés par les lumières de la foi ne voient pas ce que voyaient ceux qui n'avaient d'autre guide que la simple raison.

Cela étant bien établi, quelle étrange ingratitude n'est-ce pas de vivre plongé dans tous ces bienfaits divins, sans daigner se souvenir de celui qui nous les accorde? Saint Paul nous dit, Rom. xn, 20, que celui qui fait du bien à son ennemi, lui jette

LA Gl IDE DES PECHEI lis.

i barbons ardents sur la tète, pour L'enflammer de son amour. Si donc toutes les créatures qui composent cet univers sont autant tle bienfaits accordés à l'homme par Dieu, que sera ce monde luimême, si ce n'es! un immense foyer dont chaque créature alimente Les Qammes? Que «lire alors d'un cœur qui passe au milieu de cel incendie de l'amour divin, non-seulement sans s'enflammer deurs, mais même sans en ressentir une chaleur quelconque? Quoi! vous ne cessez de recevoir sur vous ce torrent de bienfaits, et vous n'élèverez pas une seule fois les yeux au ciel dans le but de savoir quel est celui qui vous les prodigue? Ditesmoi, si. fatigué d'une longue route, vous alliez vous asseoir au pied d'une tour, en proie aux angoisses de la faim, et si quelqu'un du haut de cette tour vous faisait parvenir avec un soin généreux toutes les choses qui vous sont nécessaires, vous serait-il possible de ne jamais lever les yeux en haut pour voir cet être bienfaisant? Mais, je vous le demande, que fait Dieu à votre égard, si ce n'est vous accorder incessamment de nouveaux bienfaits?

Montrez-moi , je vous prie, une seule chose dans ce vaste univers, une seule qui ne vienne pas de Dieu par une providence de? I omment se peut-il donc que vous ne leviez pas les yeux au ciel vers cet infatigable et généreux bienfaiteur? C'est là, pour ainsi dire, avoir dépouillé la nature humaine et être tombé audes animaux privés do raison. Je rougis, à la vérité, de vous dire à qui nous ressemblons par une telle conduite; il est juste néanmoins que l'homme entende une leçon qu'il n'a que trop méritée. Nous sommes semblables à ces animaux immondes qui se pressent sous un chêne, et qui, pendant que leur maître leur fait tomber le gland du haut du chêne, n'ont d'autre souci que de manger, 'ïi grognant parfois Les uns contre les autres; ils ne regardent jamais qui leur donne cette nourriture , ils ne savent le- yeux vers la main qui les comble de bienfaits. 0 bestiale ingratitude des enfants d'Adam! vous avez la raison , vous, etde itre corps debout et votre figure tournée vers le ciel

semblent indiquer la voie aux yeux de votre àme ; et vous ne re- I ni. ii nliii-nfaisantequi répand sur vous tant de faveurs! Et plût a Dieu qu'en ceci les bêtes ne s'élevassent pas même au-

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