LIVRE II, CHAPITRE XV. :,I
dans nos misères, "" la peconnaissance, 8° la conformité à sa volonté, '.»•' L'humilité et la patience dans les tribulations.
De L'amour de Dieu.
La première et la principale chose à faire est donc d'aimer le Seigneur, comme il nous l'ordonne; c'est-à-dire de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces. Il faut que toutes nos facultés contribuent autant qu'il est en elles au service de ce grand Maître; l'entendement en pensant souvent à lui, la volonté en l'aimant, la sensibilité en allant au-devant de ce que réclame son amour, les sens et les membres corporels en exécutant avec empressement ses ordres. Mais comme le mémorial de la vie chrétienne contient un traité sur ce sujet, nous ne nous y étendrons pas ici davantage.
De la crainte de Dieu.
Après l'amour vient la crainte de Dieu dont l'amour est luimême la source. En effet plus on aime une personne, plus on redoute, non-seulement de la perdre, mais encore de lui déplaire. Un bon fils, une épouse dévouée évitent avec soin tout ce qui pourrait causer de la peine à leur père ou à leur mari. Ce sentiment est le gardien de l'innocence ; c'est pourquoi nous devrions l'enraciner profondément dans notre àme et dire souvent avec le Roi-Prophète : « Pénétrez , Seigneur , ma chair de votre crainte , car je suis effi'ayé de vos commandements. » Psalm. cxvm, 120, Le pieux monarque aurait voulu que cette crainte salutaire passât de son àme en son corps, qu'elle transperçât comme un glaive son cœur afin de lui rappeler sans cesse la résolution de ne jamais offenser celui qui lui inspirait tant de frayeur et de respect. Le Sage a dit avec raison : « La crainte du Seigneur chasse le péché. » Eccli. i, 27. Car plus on redoute une personne, plus on craint de l'offenser.
L'objet de ce sentiment est de nous éloigner non-seulement des actions mauvaises , mais aussi des bonnes, s'il arrivait que les circonstances en changeassent la nature, si une œuvre louable en
elle-niêmo devait devenir mauvaise pour nous. De là ce mot de saint Grégoire : « Les âmes pieuses craignent le péché même là où il n'est pas. » Moral, ix, 15. C'était la pratique du Job, comme le montrent ces paroles : « La crainte me suivait dans tous mes actes; car jt1 savais que vous ne pardonnez pas au prévaricateur. » Job, ix, 28. Si nous sommes remplis de cette salutaire frayeur, nous nous garderons bien, quand nous serons dans une Eglise et surtout en présence du très-saint Sacrement, d'y parler, de nous y promener, de porter nos regards de côté et d'autre; mais nous nous tiendrons avec le plus profond respect en présence de la Majesté infinie qui réside d'une manière particulière en ces saints lieux.
Pour faire naître ce sentiment en nos âmes, ajoutons à l'amour de Dieu que nous indiquions tout à l'heure comme en étant la principale source, la crainte servile ; car elle est le principe de la crainte filiale et elle l'introduit en notre cœur comme l'aiguille introduit le fil que l'on y a attaché. Ajoutons-y surtout la considération de ces quatre choses, à savoir, de la Majesté incompréhensible de Dieu, de la profondeur de ses jugements, de la grandeur de sa justice, de la multitude de nos fautes et en particulier de la résistance que nous opposons aux inspirations divines. Ces considérations sérieusement approfondies ne tarderont pas à nous remplir de cette crainte respectueuse qu'exige l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu.
De la confiance en Dieu.
A la crainte nous devons joindre encore la confiance. Semblable à un enfant qui ne s'effraie aucunement de ses épreuves et de ses besoins parce qu'il sait que l'assistance efficace de son père ne lui fera pas défaut ; lame pieuse se jette en toute confiance dans les bras de son Père céleste. Et comme elle n'ignore pas que s» -s mains soutiennent le ciel et la terre, elle attend de lui seul aide ei assistance au milieu des tribulations, et assurée de sa miséricorde elle espère fermement qu'il la retirera de ses peines, et qu'il dirigera tout pour son plus grand avantage. Et comment ne se-