LIVRE II, CHAPITRE XV
de Dion, faute de la pureté d'intention nécessaire. La pureté •l'intention esl L'œi] dont parle L'Evangile : cet œil est-il Lumineux, Le i orpa entier est dans la Lumière; est-il ténébreux, au contraire, le corps entier est dans l'obscurité.
On voit souvent des hommes revêtus des dignités , soit ecclésiastiques, soit civiles, mener une conduite irréprochable , se préserver de toute vilenie et de toute souillure; mais leur intention n'est pas ce qu'elle devrait être. Ils ont observé que la vertu sied bien aux dignités qu'ils occupent ; et alors ils la recherchent pour demeurer à la hauteur de leur condition, ou bien pour obtenir la faveur des princes, et pour être promus à des charges encore plus élevées. Ainsi leur conduite n'a pas l'amour et la crainte de Dieu pour principe, ni pour fin l'obéissance à sa volonté et sa gloire ; elle est uniquement dirigée par l'intérêt et l'honneur personnels. Une semblable vertu peut bien faire illusion aux yeux des hommes; aux yeux de Dieu elle n'est que fumée : elle est l'ombre de la justice, mais non une justice véritable. La pratique des vertus morales, les sacrifices eux-mêmes , pour si grands qu'ils soient , ne sont méritoires devant le Seigneur qu'à la condition d'être inspirés et vivifiés par son divin esprit. Le temple ne renfermait aucun objet qui ne fût d'or massif ou couvert d'une couche d'or. Il ne convient pas moins que dans les temples vivants de la divinité, tout soit charité ou ennobli par la charité. En conséquence, que le serviteur de Dieu accorde encore plus d'attention à ce qu'il se propose de faire qu'à la chose elle-même. Les actes les plus simples acquièrent une valeur élevée s'ils, sont animés par une intention élevée ; et les actes les plus élevés n'ont qu'une infime valeur quand ils sont animés par une intention commune. Sachons bien que Dieu regarde, non l'œuvre, mais l'intention qui y préside.
En nous efforçant de rendre toujours plus pure notre intention, nous suivrons l'exemple et le conseil de notre adorable Sauveur. 11 nous recommande en son Evangile de l'aimer comme il nous a aimés. Or , comment nous a -t-il aimés , sinon avec le plus parfait désintéressement. Puisque ce caractère de la charité de notre Dieu est le plus admirable, bienheureux sera celui qui essaiera de
le reproduire dans toutes ses actions. En devenant de plus en plus semblable au Dieu fait homme, il en sera de plus en plus aimé, car la ressemblance entendre ordinairement l'amour. Dégageonsnous donc en tout ce que nous ferons du respect humain ; ayons 1 Ueu seul devant nos yeux, et ne souffrons pas que des considérations temporelles dénaturent une œuvre dont la récompense doit être la possession même de Dieu. 11 ne serait pas plus triste de voir une jeune fille de haute race unie à un homme de la plus basse extraction, que de voir la vertu consacrée à servir de misérables intérêts , tandis qu'elle pourrait nous mériter une gloire éternelle.
Mais comme il n'est pas très-facile d'obtenir la pureté d'intention , nous ferons sagement de la demander avec instance au Seigneur. Lorsque nous réciterons l'Oraison dominicale , et en particulier ces paroles : « Que votre volonté soit faite sur la te rie comme au ciel , » supplions Dieu de nous permettre d'imiter icibas le dévouement et l'amour avec lesquels les esprits bienheureux exécutent sa volonté. Quoique, ce soit une excellente chose d'aspirer au royaume céleste , cependant plus nos actions seront, dépouillées de leur intérêt propre, plus elles auront de perfection.
De la prière.
La prière ne nous est pas moins indispensable que les vertus dont nous venons de parler. C'est par la prière que nous devons recourir à notre Père céleste au temps de la tribulation , comme de petits enfants qui, au moindre danger, à la plus légère crainte, appellent leur père à leur secours. C'est par la prière que nous conservons de Dieu un souvenir continuel , que nous marchons en sa présence et que nous nous entretenons avec lui. En un mot, la prière est l'exercice par lequel nous pouvons le mieux et le plus fréquemment témoigner au Seigneur notre tendresse filiale.