LIVRE II, CHAPITRE W
à l'acte libre, quelque méritoire que semble celui-ci : L'Esprit- Sainl nous l'enseigne expressémenl lorsqu'il nous dit: «L'obéissance vaut mieux que les sacrifices. » 1 Reg. xv, ±2. Ce que Dieu réclame d'abord , c'esl qu'< d ex ute sa parole; l'obéissance une fois sauvegardée, on s'abandonnera aux inspirations de la pété.
Par choses obligatoires nous entendons en premier lieu les commandements de Dieu, sans l'observation desquels le salut est impossible. En second lieu , les ordres des supérieurs légitimes ; 9 quiconque leur résiste, résiste à l'ordre de Dieu. » Rom. xiu, -2. En troisième lieu, les devoirs attachés à la condition que l'on occupe, que ce soit l'épiscopat, la religion ou le mariage. En quatrième lieu, les actes qui sans être absolument nécessaires, facilitent extrêmement l'accomplissement des actes obligés : le caractère obligatoire de ceux-ci se communique à ceux-là. On le comprendra mieux par un exemple. Vous savez , je suppose , par une expérience suflisante, qu'en rentrant tous les jours en vousmême, en consacrant quelques instants à examiner votre conscience, à vous occuper avec Dieu des moyens de la guérir, votre vie devient plus réglée, vous maîtrisez plus aisément vos passions, vous êtes mieux disposé à la pratique de la vertu; tandis qu'en négligeant ces précautions, vous vous affaiblissez extrêmement, vous commettez beaucoup de fautes et vous vous exposez au danger de revenir à vos habitudes d'autrefois. Comme vous n'êtes pas encore bien affermi dans l'état de grâce et dans l'exercice de la vertu, semblable à un pauvre mendiant , vous n'avez d'autre ressource pour vous soutenir que celle de ces pratiques de piété , faute desquelles vous ne tardez pas à défaillir' et à faire de petites chutes, en attendant que vous arriviez aux chutes considérables. Dans ce cas vous ne pouvez douter que Dieu ne vous appelle à ces pieux exercices, il ne vous l'ordonne pas formellement, si vous voulez; mais il vous y engage fortement comme le meilleur moyen pour accomplir dignement les devoirs de votre état.
Je suppose encore que vous soyez ami de vos aises et de v< >s commodités, et ennemi au contraire de toute gène et de toute coutrainte. Vous vous apercevez bientôt que ces sentiments nuisent
beaucoup à vos progrès. Négligeant l'occasion de faire le bien parce qu'il vous en coûterait quelques efforts, vous vous livrez par sensualité à des actes coupables. Vous pouvez en conclure que Le Seigneur vous appelle à la pratique de la mortification, à combattre les désirs de votre corps, à dompter par les austérités vos goûts et vos appétits. Examinez-vous de cette manière, et vous discernerez sans peine les pratiques dont vous retirerez le plus d'avantages et par suite celles auxquelles le Seigneur vous invite. Cependant , rapportez-vous-en toujours en cette matière au conseil de vos supérieurs.
De ces observations il résulte que pour bien choisir, il n'est pas nécessaire de rechercher ce qui est meilleur en soi , mais ce qui est meilleur pour nous et plus profitable. Il existe bon nombre de pratiques excellentes en elles-mêmes qui ne le seraient aucunement pour moi, parce qu'elles seraient au-dessus de mes forces. Ne sortons pas de notre vocation ; aspirons à ce qui nous fortilie et non à ce qui nous accablerait. « Ne levez pas les yeux, dit le Sage, vers les richesses que vous ne sauriez avoir ; car elles prendront des ailes comme l'aigle et s'envoleront vers le ciel. » Prov. xxiii, 5. Quant à ceux qui négligent cet avis ils encourent la condamnation du Prophète : « Vous en avez voulu davantage, et vous en avez eu moins; vous avez essayé de remplir votre maison, et mon souffle a tout dissipé. » Agg. i, 9.
Voilà pour ce qui regarde la conduite à tenir lorsqu'on a le choix entre un acte obligatoire et un acte volontaire. Quant aux seuls actes volontaires on pourra observer la règle suivante. Parmi ces derniers les uns s'exercent en pubhc, les autres en particulier, les uns procurent en avantage ou un plaisir temporel, les autres n'en procurent point. Donnons ordinairement la préférence aux actes secrets et stériles en avantages terrestres. Nous en avons déjà donné la raison ; c'est afin de nous tenir en garde contre l'amour-propre et son venin délétère. De là ce mot d'un saint homme : Savez- vous où est Dieu? Il est là où vous n'êtes pas ; cest-a-dire là où n'est aucun de vos intérêts, parce qu'alors vous ne pouvez chercher ni trouver autre chose que Dieu. Je ne dis pas ceci pour que nous n'agissions jamais dans le cas contraire :