LIVRE II, CHAPITRE W
ce serait un excès non moins Maniable ; il n'y a souvent que plus d'obligation et plus de mérite à agir malgré ces obstacles. Mon dessein est uniquement de prémunir contre les ruses et la maladie de l'amour-propre, afin qu'on se défie toujours de lui, môme quand il se présente avec le masque de la vertu.
Ces trois degrés constituent la perfection de l'obéissance. L'Apôtre semble les indiquer dans ces paroles qu'il écrivait aux Romains : « Ne ressemblez pas à ce siècle pervers , et vous connaîtrez ce qui est bon , agréable et parfait dans l'accomplissement de la volonté de Dieu. » Rom. xn, 2. Ce qui est bon , c'est l'observation des commandements; ce qui est agréable, c'est l'accomplissement de ses conseils; ce qui est parfait, c'est l'accomplissement de ses inspirations. Uuant l'homme aura accompli ces trois choses il sera parvenu au faite de l'obéissance.
A l'obéissance ainsi pratiquée doit se joindre une entière conformité de notre volonté à la volonté divine en tout ce qu'elle daignera ordonner à notre sujet. L'honneur et l'ignominie, l'infamie et la bonne renommée , la santé et la maladie , la vie et la mort , nous devons tout accepter avec soumission de la main de la Providence, nous résignant humblement au sort qu'il lui plait de nous imposer. Les grâces et la disgrâce, les dons et les épreuves doivent recevoir de nous le même accueil. Ne considérons pas le coup qui nous frappe, mais le bras qui nous atteint et l'amour qui le dirige ; c'est la même tendresse qui inspire les châtiments qu'un père inflige à son fils, et les satisfactions qu'il lui procure.
Dès que nous joindrons à la pratique des trois degrés de l'obéissance une soumission complète à la volonté de Dieu , nous serons parvenus à cette résignation dont les maîtres de la vie spirituelle font un si grand éloge. Nous serons alors entre les mains de Dieu, comme la cire entre les mains de l'ouvrier. Nous ne tiendrons plus à nous-mêmes, ni à vivre, à manger, à boire, à dormir pour nous ; mais nous ferons tous ces actes pour la gloire de Jésus- Christ, heureux d'accomplir sa volonté sainte , de souffrir ce qu'il daignera nous envoyer, et d'être en tout l'esclave complet de ce divin Seigneur. C'est une semblable résignation qui animait David quand il disait : « Me voici comme une bête de somme ,
devant vous, Seigneur; aussi suis-je toujours avec vous. » Psalm. i.xxn. 23. L'anima] ne va pas où il veut, ne t'ait pas ce qu'il veut, ne s'arrête pas i iù il vent ; il suit en toutes ces choses la volonté de son maître ; île même le serviteur de Dieu doit suivre en toutes choses la volonté de son Dieu. C'est le sens de ces paroles d'isaïe : « Le Seigneur m'a parlé à l'oreille, et je ne l'ai point contredit, et je ne nie suis point retiré en arrière. » Isa. l, 5. Nous trouvons le même enseignement dans la description que fait Ezéchiel, dans son premier chapitre, des quatre animaux mystérieux. Ils s'élançaient, nous dit-il, dès qu'ils sentaient le souffle impétueux de l'esprit, et ils ne revenaient jamais sur leurs pas. C'est avec la même promptitude que l'homme doit s'élancer lorsque la volonté de Dieu se t'ait entendre. N'oublions pas que cette promptitude doit être accompagnée de prudence et de discrétion, afin de ne pas confondre la volonté divine avec notre volonté. Défions-nous de ce qui flatte nos goûts , et marchons avec confiance lorsque nous contrarions en cela nos vues personnelles.
Le sacrifice que nous offrons de la sorte à Dieu est le plus agréable que nous puissions imaginer. Dans les autres sacrifices nous lui offrons ce qui nous appartient ; dans celui-ci nous nous immolons nous-mêmes : de sorte que sa valeur est d'autant plus grande que nous l'emportons en dignité sur les choses dont nous sommes les possesseurs. Alors nous pouvons nous appliquer ce mot de saint Augustin : encore que Dieu soit le maître de tout ce qui existe , tous les hommes n'ont pas le droit de dire avec le Psalmiste : Seigneur, je suis à vous; mais ceux-là seulement qui tout-à-fait dépouillés d'eux-mêmes, se sont consacrés sans réserve à son service. Nous ne saurions en outre avoir de meilleure disposition que celle-là pour atteindre la perfection de la vie chrétienne. Dieu , par cela même qu'il est infiniment bon, est toujours prêt à combler l'homme de ses biens, pourvu que l'homme n'y mette de son côté aucun obstacle. Or, aucun obstacle ne se ren- < <>ntre chez l'homme qui conforme parfaitement sa volonté à la volonté divine , et ainsi, le Seigneur peut agir sur son âme avec une entière liberté, et faire de lui, comme autrefois de David, un homme selon son cœur.