LIVRE 11, CHAPITRE \l
tiifls antre livres : <in s'accuse mutuellement d'être dévoyé parce que l'on suit des routes différentes. C'esl ce qui arrive aux Corinthiens, des le commencement de L'Eglise. Ayant été favorisés de
diverses grâces, ils cherchaient tous à l'aire prévaloir celle qui leur avait été accordée : le don des langues, le don de prophétie, le don d'interprétation de l'Ecriture, le don «les miracles prétendaient tous à la première place. Contiv cette illusion rien de plus sage que le raisonnement de L'Apôtre. Il commence par déclarer que toutes les grâces et tous les dons sont égaux dans leur principe , procédant tous d'une même source qui est l'Esprit-Saint : ils diffèrent entre eux d'objet ; mais leur origine est la même ; ils sont donc égaux, comme les membres du corps sont égaux, encore qu'ils aient chacun leur fonction spéciale. « Nous avons tous reçu l'esprit du Christ au baptême, dit saint Paul , et nous sommes devenus les membres d'un même corps. » Galat. ni, 28. Ayant tous le même chef, nous participons tous également à sa dignité et à sa gloire. « Si le pied, ajoute l'Apôtre , tenait ce langage : Je ne suis pas la main ; donc je ne fais pas partie du corps ; est-ce que pour cela il cesserait de lui appartenir? Si l'oreille disait : je ne suis pas l'œil ; donc je ne fais pas partie du corps ; est-ce que pour cela il cesserait de lui appartenir? » I Corinth. xn, 15 etseq. Ainsi tous les membres du corps de l'Eglise sont égaux , la fraternité et l'unité régnent véritablement entre eux. Cependant cette unité n'exclut pas toute diversité : l'un au contraire n'est pas moins nécessaire que l'autre.
Quant à la cause de cette diversité, elle est double et se trouve en partie dans la nature, en partie dans la grâce. Nous disons que cette diversité procède en partie delà nature ; car, bien que la grâce soit l'unique principe de notre être spirituel , elle prend diverses formes suivant les conditions naturelles des âmes qui la reçoivent ; comme l'eau prend la forme des vases dans lesquels on la répand. Parmi les hommes, les uns sont disposés par leur caractère calme et paisible à la vie contemplative. D'autres d'un caractère vif et ardent s'accommoderont mieux de la vie active. Ceux qui jouissent d'une santé robuste, et qui se détachent facilement d'eux-mêmes sont plus aptes aux labeurs de la pénitence.
LA GUIDE DES l'ICUKl RS.
Ainsi 9e déploie merveilleusement la miséricordieuse bonté du Sauveur qui, désirant se communiquer à tous, a voulu que le nombre des chemins qui mènent à lui fui proportionné à la diversité des caractères el des conditions, afin que nous trouvions tous celui qui nous convient davantage.
La deuxième cause de cette variété c'est la grâce , l'Esprit- Saint ayant ordonné cette variélé»pour l'ornement et la perfection de son Eglise. De même que la beauté et la perfection du corps humain résultent de la diversité de ses sens et de ses membres ; de même la beauté et la perfection de l'Eglise résultent de la diversité des vertus et des grâces qui lui sont accordées. Si tous les fidèles pratiquaient les mêmes vertus , pourrait-on appeler l'Eglise un corps? « Si le corps n'avait que des yeux, poursuit saint Paul , où serait l'ouïe ? S'il n'était qu'oreilles , où serait l'odorat? » ibid. .Mais Dieu a voulu que l'unité du corps résultât de la diversité des membres, que la multiplicité fût le principe de l'harmonie, et que de là naquit la perfection et la beauté de son Eglise. 11 en est de même de l'harmonie musicale ; elle résulte de la diversité et de l'accord des voix. Que toutes les voix aient le même timbre, qu'elles exécutent toutes les mêmes phrases, et l'harmonie disparaîtra.
C'est chose merveilleuse de voir quelle variété le Créateur de l'univers a mise dans les œuvres de la nature, avec quelle sagesse il a réparti entre elles les qualités et les perfections, assignant à chacune les siennes de telle sorte que nulle créature n'aie droit de porter envie à l'autre ; la perfection qu'elle n'a pas, elle la compense par une autre qui lui appartient en propre. Le paon possède un magnifique plumage; mais son chant est loin d'être harmonieux. Le rossignol chante à ravir ; mais il n'est pas beau à voir. Le clie val est excellent pour la course et pour la guerre ; mais sa chair est mauvaise et il est peu propre aux travaux de la campagne. Le bœuf est très-utile dans ces deux cas; il l'est peu en toute autre circonstance. Si les arbres à fruit contribuent à notre nourriture, il ne valent rien pour les constructions; les arbres des forêts sont très-propres à la construction, mais ils ne produisent pas de fruit. Voilà comment les diverses qualités ont été divisées
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entre les êtres de la création. Nulle part, "'lies ne sont accumulées. Dr cette répartition résulte l;i 1h-.miI<- et la variété de l'univers, et celte union admirable qui conserve les diverses créatures et les enchaîne étroitement les unes aux autres par le besoin qu'elles i >nt les unes des autres.
L'ordre et la beauté que nous admirons dans les œuvres de la nature, le Seigneur a voulu qu'ils existassent dans les œuvres de la grâce. C'est pour cela qu'il a répandu dans son Eglise les grâces et les vertus les plus variées ; et de cette variété est résulté le corps le mieux proportionné, le monde le plus parfait, la consonnance la plus harmonieuse. Ne soyons donc pas étonnés si les uns se livrent à la contemplation, les autres à l'action, ou bien aux œuvres d'obéissance , aux austérités, à l'étude, au service et au soulagement des malades , des pauvres , des indigents , ou à d'autres pratiques vertueuses. Nous remarquerons la même variété dans les ordres religieux : tous tendent au même but, mais par un chemin qui leur est particulier. Pour les uns c'est le chemin de la pénitence; pour les autres c'est le chemin de la pauvreté. Pour ceux-ci, c'est le chemin de la vie contemplative ; pour ceux-là, le chemin de la vie active. Aux uns il faut le grand jour ; aux autres la solitude et le désert. Aux uns il faut des richesses; aux autres il suffit du strict nécessaire : et pourtant leur motif à tous est le même, la charité.
Il n'est pas jusqu'à un même ordre , jusqu'à un même monastère où vous ne retrouviez cette variété. Tandis que certains religieux chantent au chœur, d'autres étudient dans leurs cellules , travaillent à leur office , confessent dans l'Eglise, ou traitent au dehors les affaires de la maison. Qu'est-ce donc que tout cela ? Ce sont les membres d'un même corps , les accens de la môme harmonie , en mi mot les éléments d'où rejaillissent la beauté et la perfection de l'Eglise. Pourquoi met-on plusieurs cordes au luth, plusieurs tuyaux à l'orgue , sinon pour produire une harmonie plus parfaite? L'Eglise, c'est la tunique aux mille couleurs que Jacob donna à son fils Joseph ; c'est l'étoffe que Dieu ordonna de peindre avec toute sorte de variétés, pour servir de rideau au tabernacle.
U r.i ir»K DBS PÉCBBURS.
Si bel esl le plan de Dieu, contmuerons-oious à nous juger, à nous condamner, à nous dévorer Les uns les autres, parée que nous n'agissons pas tous de la même manière? U.is ce serait détruire le corps de l'Eglise, déchirer la robe de Joseph, briser la plus suave des harmonies : ce serait exiger que tous les membres se réduisissent aux pieds, aux mains ou aux oreilles. Encore une fois si le corps entier n'est qu'yeux, où seront les oreilles? et s'il n'est qu'oreilles , où seront les yeux? L'œil reprocherait-il avec raison au pied de ne pas voir, et le pied à l'œil de lui laisser le soin de porter et de mouvoir le corps tout entier? Non, car il est néaire que les pieds marchent et que les yeux soient en repos ; que les pieds se traînent dans la poussière , et que les yeux soient à l'abri de la poussière et de toute souillure. Tout en se reposant les yeux n'agissent pas moins que les pieds en cheminant. L'action du pilote assis au gouvernail n'est pas moins importante que l'action des matelots qui grimpent le long des mâts, déploient les voiles et font jouer la pompe ; au contraire . c'est lui qui paraît faire moins, et c'est lui qui fait le plus. Une faut pas juger delà valeur «l'une action par la peine qu'elle coûte, mais par le but qu'elle atteint, à moins de juger l'action du laboureur qui cultive son champ plus importante que l'action du prince qui dirige les affaires de l'Etat.
Si nous approfondissons ces diverses considérations, nous laisserons chacun à sa vocation ; nous ne reprocherons pas au pied de n'être pas la main , ni à la main de n'être pas le pied, et nous approuverons saint Paul lorsqu'il dit que la beauté et la perfection du corps résultent de la diversité de ses membres. I Corinth. fin. C'est encore cette vérité qu'il exprime dans ces paroles : « Que celui qui ne mange pas ne méprise pas celui qui mange. » Rom. xiv, .'J. Votre frère a, d'un côté, une raison pour agir ainsi; et il a de plus des vertus que vous n'avez pas; en sorte qu'il est exempt de toute faute sous le rapport qui vous scandalise, et qu'il l'emporte sur vous sous un autre rapport. De même que les moindres signes ont leur valeur en musique, et concourent à l'effet d'un morceau; de même, celui qui mange concourt loni aussi bien que celui qui ne mange pas à L'harmonie du corps de l'Eglise; et celui qui est