‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 293 sur 308 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De la sollicitudt et de la vigilance qu'il faut apport* r dans lu fxratiqw

de la vertu.

La règle de vie que nous avons indiquée, comprenant un certain nombre de conseils et de vertus à pratiquer, et notre intelligence étant incapable d'embrasser beaucoup de choses à la fois, il sera très-utile de s'appliquer à une vertu qui les renferme et 1rs remplace toutes, si c'est possible; je veux parler d'une vigilance et d'une sollicitude continuelle dans nos paroles et nos actions, afin que toutes soient conformes au jugement de la raison.

Ainsi de même qu'un ambassadeur haranguant une nombreuse assemblée , fait en même temps attention et à ce qu'il va dire et aux paroles dont il se servira pour l'exprimer, et à ses gestes et à son attitude ; de même le serviteur de Dieu doit veiller sur luimême en toute circonstance, dans ses paroles, dans son silence, dans ses prières , dans ses réponses , dans ses affaires , à table comme sur les places publiques et dans l'Eglise, dans sa maison comme hors de sa maison, il faudrait en quelque manière, qu'il eut toujours un compas à la main pour mesurer ses œuvres, ses paroles, ses pensées et les rendre telles que l'exige la loi de Dieu et sa condition personnelle. La différence du bien et du mal est si sensible, et la lumière que le Créateur a mise dans notre came pour discerner l'un et l'autre, est si brillante, qu'avec un peu d'attention

l'homme te plus simple verra ta conduite qu'il doit tenir presque t-n toute occurrence.

L'Ecriture sainte nous recommande eu mainte occasion cette vigilance continuelle. « Homme, nous dit-elle quelque part, veille sur toi-même et sur ton àme avec sollicitude. » Bcuter. îv, \). Marcher avec sollicitude devant Dieu, c'est-à-dire, veiller à ne rien taire d'opposé à sa volonté est une des trois choses que nous conseille le prophète Miellée, vi, 8. Par la multitude d'yeux dont étaient couverts les animaux mystérieux d'Ezéchiel, nous apprenons encore avec quelle attention nous devons vivre sur cette terre où nous rencontrons tant d'ennemis, et où il faut porter si loin nos soins et nos prévisions. Les soixante vaillants qui faisaient la garde autour du lit de Salomon tenaient leurs glaives prêts à être tirés du fourreau. C'est une image de la vigilance qui doit accompagner toutes nos démarches.

Mais pourquoi cette sollicitude et cette vigilance? D'abord, à cause des dangers sans nombre , dont nous sommes environnés ; puis , à cause de la difficulté et de la délicatesse de l'entreprise, surtout chez les personnes qui aspirent à la perfection de la vie spirituelle. Vivre dans la familiarité de Dieu, se préserver des souillures du siècle, vivre dans la chair comme si l'on n'avait pas de chair, garder son àme pure et sans tache pour le jour du Seigneur, sont des choses qui exigent, outre le secours de la grâce , m h- extrême vigilance sur soi-même. Plus une œuvre est délicate, plus elle réclame d'attention. Or, nulle œuvre n'est plus délicate que celle de la perfection chrétienne. Voyez avec quelles i in cautions marche , soit l'homme qui porte un vase renfermant une liqueur précieuse afm de ne pas la répandre, soit l'homme qui traverse un torrent sur des pierres mal unies , afin de ne pas s'y précipiter, soit encore celui qui s'avance sur une corde tendue afin de ne pas se briser en tombant. C'est de la sorte que vous devriez agir, principalement au commencement de votre conver- : nos paroles, vos pensées ne devraient jamais, grâce à votre sollicitude . s'écarter tant soit peu de la ligne de la vertu. Suivez eu cette matière le conseil ingénieux de Sénèque. Imaginez-vous mie vous êtes sans cesse en présence d'une personne à laquelle

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vous portes Le plus profond respect, et ne dites rien, ne faites rien

tir ce que vous ne voudriez pas avoir «lit ou t'ait en sa présence. Un moyen non moins efficace es! de se conduire comme si l'on

n'avait qu'un jour à vivre, comme si le soir mê il fallait comparaître au tribunal fin Chrisl et y rendre compte de sa vie. Mais le meilleur moyen est de marcher toujours en la présence du Seigneur, de l'avoir toujours devant les yeux, puisqu'il est réellement présent partout, et d'agir en toutes choses avec L'obéissance due à une majesté si haute, à an témoin, à un juge si intègre; n'omettant jamais autant que possible de lui demander la grâce de ne se rendre pas indigne de la présence de sa majesté. Ainsi , l'attention que nous recommandons en ce moment se propose deux tins : premièrement, de fixer les yeux de notre àme sur Dieu et de lui offrir sans cesse sur l'autel de notre camr un sacritkv d'adoration, de respect, de louanges, de dévotion, d'action de grâces et d'amour; secondement, de veiller sur ce que nous l'aisons et sur ce que nous disons , suivant en tout le chemin de la vertu. D'un côté, nous jetons un regard sur Dieu, et nous implorons son assistance; de l'autre, nous considérons notre vie et nous tâchons de la bien ordonner. De cette manière, la lumière que Dieu nous donne est employée à la fois à la considération des choses divines, et à la rectification des actions humaines. Quoique une semblable vigilance ne soit pas toujours facile, efforçons-nous de la pratiquer avec aussi peu d'interruptions que nous pourrons. Ne croyons pas que les exercices corporels y mettent obstacle ; au contraire, le cœur est alors plus libre de se dérober aux préocupations mondaines et de se cacher dans les plaies de .1rs us -Christ.

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