LTVRE PREMIER, CHAPITRE IV
courroux pour ses propres outrages, et il résolu! «le réparer la chute de L'homme et de guérir ses douleurs, en le réconcilianl avec lui par le moyen de son Fils unique. Mais comment fut opérée cette réconciliation? Quelle esl encore une l'ois la Langue humaine quj pourrait Le dire? Ce Fils unique do Dieu a établi une telle amitié entre Ih'euet L'homme, qu'il a obtenu, non-seulement que li' Créateur pardonne à sa créature, lui rende sa grâce et son amour, pousse même cet amour jusqu'à devenir une même chose avec elle, mais il a fait encore, et c'est là ce qui dépasse toute expression, que l'homme soit tellement devenu une même chose avec Dieu qu'il n'y a pis dans toute la création d'unité plus parfaite que celle-là : car cette unité n'est pas uniquement celle de la grâce et de L'amour, c'est l'unité môme de la personne. Qui jamais eût pensé qu'une pareille rupture serait ressoudée d'une manière aussi parfaite ? Qui eût pu s'imaginer que ces deux êtres , que la nature et la faute avaient si profondément séparés, viendraient un jour à s'unir, non pas simplement dans une même demeure, à la même table , par une communication de grâce , mais bien dans une seule et même personne? Peut-on concevoir deux choses plus éloignées l'une de l'autre que Dieu et le pécheur ? Et maintenant que peut-on concevoir de plus uni que Dieu et l'homme ? « il n'est rien , dit saint Bernard, de plus élevé que Dieu ; il n'est aucune chose plus basse que le limon dont l'homme a été formé. Mais Dieu s'est abaissé vers le limon avec une si profonde humilité , et le limon s'est élevé vers Dieu avec une dignité si parfaite , que nous devons attribuer au second les actions du premier, et au premier les souffrances du second. » Super. Cant. homil. lix et
Ah! qui aurait dit à l'homme quand il découvrit qu'il était nu et tellement tombé dans la disgrâce de son Créateur, qu'il s'en allait cherchant les recoins les plus obscurs du paradis terrestre, pour se dérober aux regards de son juge, qui lui aurait dit qu'un jour viendrait où cet être infortuné serait uni à Dieu dans une même personne ? Cette union a été si intime et si solide que, lorsqu'elle fut mise à une suprême épreuve, dans le temps de la Passion, on vit l'être se briser plutôt que se disjoindre ; non, ce n'est
pas le joint qui céda, c'est la nature elle-même. La mort put séparer L'àmeetle corps, bien qu'ils fussenl unis par les liens de La nature; mais aile ne put séparer la divinité ai de L'âme ai du corps, cette union étant formée parla personne divine ; ce que Dieu aune fois pris par amour pour aous, il ae le quitte plus.
est li paix, tel est le remède qu'est venu nous apportée notre divin médiateur. Sans doute nous lui sommes bien redevables pour Le remède Lui-même, aucune expression ne saurait er la grandeur de notre dette , mais nous ne lui sommes pas moins red vantes pour la manière dont ce remède nous a été appliqué. Je vous dois beaucoup , mon Dieu, pour m'avoir délivré de L'enfer et rétabli dans votre sainte grâce; peut-être néanmoins vous dois-je encore davantage pour la manière dont vous m'avez délivré que pour la Liberté même dont vous m'avez redonné la possession. Toutes vos œuvres , Seigneur , sont d'étonnantes merveilles ; et quand il nous semble que nous sommes hors de nousmême, que notre admiration ne saurait aller au delà, en présence d'une de ces œuvres, la merveille disparaît et s'évanouit, pour ainsi dire, si nous levons les yeux vers une autre. Et ce n'est pas là un trait qui puisse amoindrir votre grandeur, que vos œuvres s'éclipsent entre elles , du moins à nos faibles yeux ; c'est plutôt une manifestation de votre gloire.
Mais quel remède avez-vous choisi, Seigneur, pour remédier à ma profonde misère? Un nombre infini de moyens qui n'exigeaient de vous ni travail ni peine , s'offraient à votre éternelle pensée ; mais votre magnificence à mon égard a été si merveilleuse, si effrayante même , pourrai-je dire , que pour mieux me montrer la grandeur de votre bonté, la puissance de votre amour, vous avez voulu subir des douleurs tellement grandes qu'à leur seiil<- pensée vous avez sué du sang et qu'à leur vue les rochers eux-mêmes se sonl brisés. Que les deux vous bénis- - 51 ur,etque les anges publient à jamais vos merveilles 1 Quel besoin aviez -vousde nos biens? Quel préjudice pouvaient vous causer nos désordres? Voici ce que Job dit à l'homme: « Si vous il'/ contre Dieu, quel mal lui ferez- vous? Et si vous multipliez le nombre de vos crimes, quel préjudice en résultera-t-il pour