LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV
lui ? Et si vous faites le bien, que lui avez-VOUS donné? Peut-il recevoir quelque chose de vos mains 1 » Joh , xxxv, 6 et 7.
Eh bien, ce Dieu si riche et si puissant, si parfaitement exempt de nos maux, Celui dontles richesses, le pouvoir , la science et la grandeur fie peuvent recevoir un accroissement quelconque; Celui qui , après avoir créé le monde, n'est ni plus ni moins grand qu'il ne Tétait avant cet acte de sa toute-puissance; Celui qui ne serait pas plus honoré en lui-même parce que tous les anges et tous les hommes le loueraient à jamais dans la patrie bienheureuse ; et qui n'en serait pas moins glorieux, alors môme qu'ils se seraient tous précipités dans les peines éternelles pour l'y blasphémer à jamais ; ce Maître suprême, cet Etre infini, cédant à l'impulsion de son amour, et nullement entraîné par une loi nécessaire , dans le temps où nous étions pour lui des ennemis et des traîtres , incline les cieux sous les pas de sa majesté souveraine , descend dans ce lieu d'exil, se revêt de notre nature, se soumet à nos infirmités sans en excepter la mort elle-même , se charge de toutes nos dettes envers Dieu, et souffre pour les acquitter les tourments les plus terribles qui aient jamais été ou qui seront jamais sur la terre.
Pour moi , Seigneur , vous êtes né dans une étable , n'ayant qu'une crèche pour berceau ; pour moi vous avez été circoncis le huitième jour après votre naissance ; pour moi vous avez été chassé de votre patrie et exilé sur la terre d'Egypte. En un mot, c'est pour moi que vous avez été poursuivi, maltraité, accablé de toutes sortes d'injures. Pour moi vous avez jeûné, veillé, cheminé dans de rudes chemins, sué, pleuré. Vous avez voulu connoitre par votre propre expérience les maux que j'avais mérités par mes péchés, vous néanmoins, qui, bien loin d'être le coupable, étiez l'offensé. Pour moi vous avez été saisi comme un malfaiteur, abandonné, vendu, renié, traduit devant toutes sortes de tribunaux et de juges , et devant eux accusé, souffleté, couvert d'infamies et de crachats, livré à de grossières railleries , meurtri de coups, accablé de blasphèmes ; c'est pour moi , enfin , que vous êtes mort et qne vous avez été enseveli. Oui, vous m'avez rendu la vie en mourant sur une croix, en rendant le dernier soupir sous tom. x. 5'
les veux de votre très-sainte Mère , dans une telle pauvreté que vous n'eûtes pas même une goutte d'eau pour tempérer votre soif brûlante à l'heure de votre mort, dans un tel abandon de la pari de tous les êtres, que votre Père lui-même parut vous avoir abandonné. Or, qu'y a-t-il déplus étonnant , disons mieux, qu'y a-t-il de plus formidable que de voir le Dieu de toute majesté venir de la sorte expirer sur un bois infâme comme le dernier des criminelsl
Quand un homme , pour humble que soit son état , tombe par sa faute dans une semblable extrémité, si par hasard vous l'aviez 0 «nu auparavant, et si vous venez alors à le considérer de près , à le regarder en face, pour vous assurer que c'est bien lui, vous ne pouvez revenir de votre douleur et de votre surprise, en songeaut au misérable sort où ses désordres l'ont conduit. Mais si une pareille vue nous étonne toujours et nous afflige , que sera-ce de voir dans le même état le souverain Maître de toutes les créatures? Que sera-ce de voir un Dieu subir un traitement et des humiliations qui ne manquent jamais d'exciter la pitié en faveur même des plus grands criminels de la terre? Et s'il est vrai de dire que plus la personne soumise au dernier supplice est grande à nos yeux et nous est mieux connue , plus son malheur nous cause de douleur et d'épouvante, vous, anges bienheureux, qui connaissez avec tant de perfection, la grandeur de ce Maître suprême , ditesnous ce que vous éprouvâtes alors , en le voyant tomber dans un tel abîme? Les chérubins qui , par l'ordre de Dieu , furent placés aux deux côtés de l'arche , le visage tourné vers le propitiatoire, se regardaient l'un l'autre dans l'attitude de l'admiration et de L'étonnement; et c'est là comme un emblème qui vous représente le mystérieux effroi de ces esprits sublimes, à la vue de l'œuvre par excellence de l'amour divin , c'est-à-dire à la vue d'un Dieu devenu la propitiation du monde sur l'arbre sacré de la croix.
Là nature elle-même demeure, à cet aspect, dans le silence de L'étonnement et de la douleur ; toutes Les créatures semblent frappées de .stupeur à ce même spectacle ; les Principautés et les Puissances, qui peuplent l'éternelle patrie, éprouvent une sorte d'efiiui, a la vue de cette merveilleuse expansion de miséricorde et