‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 38 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE V

pelle, après L'avoir appelé, Le justifie, après l'avoir justifié, Le con-

diiit par Les droits sentiers de la justice, le mène ainsi jusqu'au bout par le don de persévérance, et lui donne enfin la couronne de la gloire. Voilà tous les bienfaits compris dans le seul bienfait de la justification.

Le premier de tous est donc celui de la vocation et de la justification proprement dite. C'est ce qui a lieu quand, par la vertu de l'Esprit-Saint, les chaînes du péché venant à être rompues, un homme échappe à la tyrannie du démon, revient de la mort à la vie, de pécheur qu'il était s'élève au rang des justes, et d'enfant de malédiction est fait enfant de Dieu. Or, c'est là une transformation qui ne saurait s'effectuer que par un secours direct et une faveur spéciale du ciel. Notre divin Sauveur le dit clairement : « Nul ne peut venir à moi, si mon Père ne l'attire. » Joan. vi, 66. Nous voyons par là que ni le libre arbitre de l'homme, ni toutes les ressources de la nature humaine ne pourraient suffire pour nous élever de l'état du péché à celui de la grâce, à moins que le bras du Tout-Puissant n'intervienne dans cette œuvre. Saint Thomas explique ainsi cette parole de l'Evangile : Comme la pierre de sa nature se meut de haut en bas, et ne saurait avoir un mouvement contraire, à moins qu'elle n'y soit déterminée par une cause étrangère ; ainsi l'homme clans l'état du péché, est toujours tiré en bas ou entraîné vers la terre par ses penchants corrompus, c'est-à-dire par l'amour et le désir des choses périssables ; et il ne peut s'élever aux choses du ciel par l'amour pur et le désir surnaturel des biens de la vertu , sans que Dieu lui tende une main secourable. Yoilà une vérité qui doit être pour nous un intarissable sujet de réflexions et de larmes ; elle nous montre ce que nous devons penser de nous-mêmes, la profondeur de notre chute, la corruption de notre nature, la nécessité où nous sommes enfin d'implorer incessamment le secours de la grâce divine.

Mais revenons à notre objet : l'homme ne peut donc s'élever par ses propres forces du péché à la grâce , il faut pour cela qu'il soit en quelque sorte soulevé par la main toute-puissante du Sei-

gaaor. Or, qui pourrait énumérerei développer tous les bienfaits que celui-là seul renferme? II esl évident, par exemple, que par là le péché esl chassé de notre âme; et nous savons que le péché est la fatale souree de maux sans nombre. Qui nous dira donc la grandeur d'un bien qui nous délivre de tous les maux? Comme rien nVst plus propre qu'une semblable étude à exciter en nous le nient de la reconnaissance et l'amour de la vertu, je vais tâcher de dire en peu de mots les inappréciables biens que cet unique bien renferme.

Et d'abord, il réconcilie l'homme avec Dieu, il le rétablit dans l'amitié de son Créateur.* En effet , le premier et le plus grand de tous les maux que le péché mortel lait à une âme, c'est de lui attirer l'inimitié de Dieu; car Dieu étant la bonté par essence, la bonté infinie, il ne se peut pas qu'il ne déteste souverainement le son Prophète lui dit : « Vous avez en horreur tous ceux qui commettent le mal, et vous perdrez ceux qui se plaisent dans le mensonge ; l'homme qui répand le sang et celui qui tend des

grès, Dieu les a nécessairement en abomination. » Psahn. v, 7.

te inimitié de Dieu est évidemment le plus grand de tous les maux du monde , la cause de tous les autres ; et cela , parce que l'amour de Dieu pour nous est le plus grand de tous les biens possibles et la cause de tous les biens réels.

t par le bienfait de la justification que nous sommes délivrés d'un mal si affreux, car la justification a pour effet de nous réconcilier avec Dieu , de nous faire recouvrer son amitié , et non une amitié quelconque , mais la plus grande de toutes celles qui peuvent exister , l'amitié d'un père pour ses enfants. C'est ce que in «us montre admirablement l'Apôtre de la dilection quand il dit : « Voyez quel est l'amour que Dieu a eu pour nous, puisqu'il nous a élevés à un tel honneur, que nous soyons appelés les enfants de Dieu et que nous le soyons en réalité. » I Joan. in, 1. Ce n'est donc pas la seulement un nom glorieux, un titre honorable , c'est une t, une œuvre accomplie, afin que la bassesse et la tii"- de l'homme ici-bas apprennent à connaître la grandeur et la magnificence de la grâce divine.

Sj la haine de Dieu est un mal tellement grand que nous ne

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