‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 45 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE V

jours pleine de vos louanges, comment je chanterai votre gloire

tout le jour. »

Ce serait La le lieu de parler des sacrements, qui sont les bas*truiarnis de notre justification; il faudrait surtout parler du saint Baptême, et de ce trait de lumière divine, de ce principe de grâce et de foi qui nous fut donné sur les fonts sacrés. Mais comme nous en avons traite dans mi autre ouvrage, nous n'en dirons plus rien ici. Il nous est néanmoins impossible de taire entièrement la grâce des grâces , le sacrement des sacrements , celui par lequel Dieu a voulu rester sur la terre avec les hommes , et se donner chaque jour à eux comme aliment et comme remède. Une seule fois il a été offert sur la croix pour notre salut; et chaque jour il s'offre sur l'autel pour nos péchés. « Chaque fois que vous ferez ceci, dit-il lui-même, faites-le en mémoire de moi. » Luc. xxu, 10. 0 monument sacré de notre salut! 0 sacrifice incomparable, hostie d'amour, pain de vie , nourriture pleine de suavité , mets des rois , manne enfin qui renferme en elle le secret de toutes les délices ! Qui pourra jamais vous louer comme vous le méritez , vous recevoir d'une manière assez digne, vous vénérer avec assez de respect et d'amour ? Mon àme succombe en pensant à vous ; ma bouche est muette en votre présence; et je ne pourrai jamais, autant que je le désire, exalter vos merveilles.

Alors même que cet inestimable bienfait ne serait destiné par le Seigneur qu'aux âmes innocentes et pures, il s'élèverait encore au-dessus de toutes nos pensées comme de tous nos sentimens ; mais que dirons -nous en pensant qu'en même temps qu'il se donne à de telles âmes , il est aussi reçu dans des cœurs dépravés, il passe par les mains de ministres indignes, esclaves de Satan , misérables jouets des passions humaines? Pour arriver toutefois au cœur de ses amis et leur porter ses divines consolations, il n'hésite pas à se soumettre aux plus honteux traitements, à descendre encore une fois dans le séjour de la corruption , à passer par des mains sacrilèges. Son corps ne fut vendu qu'une fois dans le cours de sa vie , et il est trahi un nombre infini de fois dans cet auguste sacrement ; une seule fois il a été couvert d'insultes et de mépris dans sa passion, et les méchants l'abreuvent

LA r.nnr. DBS Vl.CUVA 'lis.

chaque jour des mêmes outrages dans ha banquet sacré; une sente fois il a été ntaré deux voleurs . el mille fois ici il se

voit entouré d'Ames rénales et de mains corrompues.

Gommealt donc pourrons-nous jamais nous acquitter envers un Maître qui cherche à procurer notre bien par tant de voies et sous tant «le formes diverses? Que lui rendrons-nous pour l'incomparable aliment qu'il nous donne? Si les serviteurs sont soumis à la Volonté de leurs maîtres et dévoués à leurs intérêts, parla raison qu'ils reçpivenl d'eux les choses nécessaires à la vie ; si, pour le même motif, les hommes de guerre bravent le fer et le feu; que ne devrons-nous pas au Seigneur pour cette nourriture céleste? Si Dieu, sous l'ancienne loi, exigeait une si profonde reconnaissance pour cette manne qu'il faisait tomber sur le camp d'Israël , et qui n'était après tout qu'un aliment corruptible , que n'a-t-il pas le droit d'attendre de nous pour une nourriture , non-seulement incorruptible elle-même, mais qui rend incorruptibles aussi ceux qui la reçoivent dignement? Si le Fils de Dieu, comme nous le voyons dans son Evangile, Jvan. vi, 11, rend grâces à son Père pour un peu de pain de seigle qu'il va distribuer , quelles actions de grâces les hommes rendront-ils à Dieu ,' qui leur a donné ce pain de vie et d'immortalité? Nous sommes déjà bien redevables à notre Créateur pour tant de secours dont il entoure et soutient notre existence; mais qui pourrait dire l'étendue de nos obligations envers lui, pour nous avoir donné l'inappréciable moyen de rendre cette existence heureuse ? Car enfin on ne loue pas un cheval pour sa nature proprement dite, on le loue pour ses nobles qualités. Il en est ainsi de toutes les autres choses matérielles ; il en est ainsi de l'homme lui-même : on ne loue pas un homme de ce qu'il est tel , on le loue de ce qu'il est homme de bien. Déjà v> nos deviez tant à Dieu pour vous avoir fait homme ; combien ne lui devez-vous donc pas pour avoir fait de vous un homme vertueux? Que sont les biens du corps en comparaison des biens de lïiiue; tous les trésors de la nature en comparaison des richesses d<- la gnVe ? En un mot, si vous êtes tellement redevable à Dieu pour vous avoir fait enfant d'Adam , que ne lui devez-vous pas , je vous le demande, pour vous avoir fait enfant de Dieu? C'est

U\JŒ PREMIER, UIAI'ITIŒ M. Il

donc Hntehoœ hiqn certaine, selon la Bemarquôd'Eusèbed'EiD çne le jour où nous naissons pour L'éternité est bien préférable à celui qui nous ouvre l'entrée d'un monde semé de tant d'écueils ta et dangers.

Voilà donc, mon frère, un nouveau titre qui vous rattache à Dieu, comme un lien «destructible ei sacré; il enlace heureusement votre cœur; et, en vous attachant au service de ce bon Maître, il vous rattache également à la pratique de la vertu.

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