LIVRE PREMIER, CHAPITRE Vil
«■fions là présents de nous retirer de sa cellule. Il en mura aussitôt la porte, ei il s'y tint renfermé jusqu'au jour de sa mort , qui
n'arriva qu'au bout de 1:2 ans; n'en sortit jamais depuis, n'adressa plus Il parole à aucun de ses frères, et n'accepta désormais pour toute nourriture que du pain et de l'eau. Seul dans sa cellule, il demeurait comme frappé de stupeur, en repassant en lui-même ce qu'il avait vu dans son ravissement. Son àme était tellement fixée à cette seule pensée: , que son visage lui-même était constamment tourné vers le même point, et que son regard immobile ne se portait jamais ni à droite ni à gauche ; dans cette position , il versait des larmes brûlantes et continuelles. Quand fut venue l'heure de sa mort , tous les religieux de ce désert , nous renversâmes le mur qui fermait sa cellule, et après y avoir pénétré, nous le priâmes avec d'humbles instances de nous adresser quelques paroles d'édification. Et voici la seule qu'il prononça : « Je vous le dis en vérité, mes frères, si les hommes savaient combien est terrible le moment suprême, rigoureux le jugement de la mort, qu'ils seraient loin d'offenser Dieu ! »
Tel est le récit de saint Jean Climaque, qui fut présent à cet événement , comme nous venons de l'entendre , et qui rend témoignage de ce qu'il a lui-même vu. Nul moyen de douter de ce fait, tout incroyable qu'il puisse vous paraître , si nous considérons l'autorité d'un semblable témoin. Or, qui ne verrait là un terrible sujet de réflexion et de crainte , en songeant au genre de vie que ce religieux embrassa , et à la grandeur de la vision qui fut capable de déterminer une résolution aussi héroïque. N'est-ce pas là une démonstration éclatante de la vérité de cette sentence , que nous avons déjà citée : « Souvenez-vous de vos fins dernières , et vous ne pécherez plus jamais. » Puisque un tel souvenir est si puissant pour nous détourner du péché, parcourons-en au moins rapidement les phases diverses et les crises effrayantes, afin d'arriver à la réalisation d'un tel bien.
Remettez- vous bien dans l'esprit en ce moment, mon cher frère, que vous êtes chrétien et que vous êtes homme. Homme, vous savez que vous devez mourir ; chrétien , vous savez que vous devez rendre compte de votre vie aussitôt que vous aurez
i»C LA GUIDE DES PÉCHE1 RS.
rends le dernier soupir. La t*« »ï que m » us professons ne nous laisse aucun doute sur cette dernière vérité, et L'expérience nous mani-
ehaque jour la première. Nul ne peut échapper à cette terrible nécessité . ai roi ni pape. Un joui* viendra dont vous verrez le matin et non le soir, ou bien le soir et non le matin. Un joui* viendra , et vous ne pouvez savoir quand, si ce sera aujourd'hui même , si ce sera demain , où vous-même qui lisez maintenant eeite page , plein de force et de santé , possédant parfaitement tontes vos facultés physiques et morales, disposant à votre gré de tous les jours de votre vie selon vos intérêts ou vos désirs, vous vous trouve] es étendu sur un lit , un cierge à la main, n'attendant plus que le coup delà mort et l'effet sur vous de la sentence portée contre tout le genre humain , sentence qui n'admet ni appel ni délai. Considérez en .premier heu combien l'heure de votre mort est incertaine : Elle arrive ordinairement dans le temps où l'homme vit le plus oublieux des choses éternelles , pense le moins à la venue de la mort , jette en avant ses projets d'avenir et s'ouvre à lui-même de longues perspectives. Yoilà pourquoi il est dit de la mort qu'elle vient comme un voleur, II Petr. ni, 10. Le voleur vient dans le temps où les hommes s'abandonnent à la plus grande sécurité et sont plongés dans le sommeil. La mort est ordinairement précédée de la grave maladie qui doit en être la cause. La maladie vient avec tous ses divers accidents, ses douleurs, ses dégoûts , ses tristesses , ses médecines , ses malaises et ses longues nuits; toutes choses qui commencent à ébranler notre vie; car c'est là comme une disposition et un acheminement vers la mort. De même que, avant d'entrer de vive force dans un château qu'on assiège, on commence à battre vigoureusement ses remparts avec puissantes machines qui les ébranlent et finissent par les ouvrit , si bien que des ce moment la prise et la conquête du château sont assurées ; de même la mort se fait précéder de la maladie comme d'une terrible avant-garde. Celle-ci bat nuit et jour, trêve et sans relâche, toutes les forces de la nature, tous les membres de notre corps , de telle sorte que lame ne pouvant plus se défendre ni se maintenir au milieu de ces ruines, les abandonne et B'en va.