Œuvres complètes de Louis de Grenade
Votre Altesse, par sa bonté et sa douceur accoutumées, s'attache tellement les cœurs de tous ceux qui la connaissent, qu'ils brûlent tous du désir de la servir et qu'ils conjurent ardemment le Seigneur de lui accorder de longs jours pour le bonheur et la consolation de ces royaumes soumis à la couronne du Portugal. Parmi les admirateurs dont je parle, je revendique une place pour moi et je la demande d'autant plus grande que j'ai pu apprécier de plus près l'excellence des vertus dont il a plu au Seigneur d'orner la personne royale et l'âme de Yotre Altesse. C'est pourquoi, pressé du désir de l'obliger et de resserrer les liens de respect qui m'attachent à elle, j'ai cru ne pas trop présumer de sa bonté en lui dédiant mes derniers travaux. Qu'elle ne juge pas l'estime que j'en ai par la place qu'ils occupent; c'est peut-être parce qu'ils sont les derniers, qu'ils me sont les plus chers , conformément à ce que nous lisons du patriarche Jacob, Gen. xxxvn, qui avait une prédilection pour son fils Joseph, parce qu'il l'avait tom. xvi. {
eu dans sa vieillesse. Je lui offre donc dans la cinquième partie de mon ouvrage sur l'Introduction au Symbole de la foi un résumé des quatre parties qui compose tout cet ouvrage, non pas tellement servile toutefois qu'il n'admette des considérations nouvelles, qui se sont présentées à mon esprit depuis que j'ai terminé les premières parties de ce travail. Encore que la doctrine et la matière de ce résumé se rapportent principalement à la foi, qui est la perfection de notre entendement, on n'a pas négligé d'y exciter la volonté à l'amour et à la crainte de notre Seigneur, à l'observation des ssints commandements , ce qui est la fin de toutes les écritures chrétiennes.
Puisse Votre Altesse accepter avec sa bienveillance ordinaire cet obscur travail ! Si les soucis incessants de la direction des affaires ne lui laissent pas le loisir de parcourir ce que j'ai écrit dans les premières parties de cet ouvrage, cette dernière, qui les résume et en contient toute la substance, lui deviendra d'une lecture plus facile. Plaise au Seigneur, notre Maitre> de bénir les Etals de Votre Altesse et son auguste personne, en lui donnant une longue vie pour le bien commun de ce royaume et de toute l'Eglise chrétienn.'.
Al LECTEUR CHRETIEN.
.Maintenant, lecteur chrétien, que j'ai achevé les quatre parties de l'Introduction au Symbole de la foi, où il est traité de son excellence et de ses principaux mystères, je crois utile de résumer tout ce qu'elles contiennent, afin d'aider la mémoire à retenir plus facilement tout ce qui a été dit. Et pour qu'on sache bien quel sera l'ordre de ce résumé, nous avertissons donc et déjà que nous n'en avons pas adopté d'autre que celui que nous avons garde dans l'exposition plus détaillée des mêmes vérités. Pans la
première partie du grand ouvrage dont eelui-ci n'est que le sommaire, nous avons suivi l'ordre rigoureux et logique, allant toujours des choses faciles aux choses difficiles, des vérités plus claires aux vérités plus obscures, de ce qui est plus connu à ce •qui est moins connu, et finalement des choses qui se découvrent par la lumière naturelle de la raison à celles que nous révèle la lumière surnaturelle de la foi. Et comme parmi les vérités du premier ordre, la première, à notre avis, est l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un Seigneur suprême par qui le monde est gouverné, et ensuite le respect légitime qui lui est dû à cause de sa grandeur souveraine et de ses bienfaits infinis. Ces deux vérités trouveront leur place dans la première partie de ce résumé, correspondant à la première partie de notre Introduction.
Dans la seconde partie, qui n'est qu'une' suite naturelle de la précédente, je prouverai clairement que la religion chrétienne rend à Dieu le culte et l'honneur qui lui sont dus et qu'en dehors d'elle il n'y a pas de religion véritable et, par conséquent, pas de culte agréable à Dieu.
Dans la troisième partie nous descendons jusque dans les ;profondeurs du mystère de notre adorable religion, je veux ) dire de l'œuvre de la rédemption. Supposé la foi en ce mystère, on y prouve clairement que, quoique notre Seigneur eût pu racheter le monde par beaucoup d'autres voies, néanmoins il n'y en avait aucune qui fût plus en rapport avec sa gloire ou avec nos besoins que l'Incarnation et la Passion de notre Sauveur.
La quatrième partie traite aussi des mêmes mystères, mais sous un tout autre point de vue. On y démontre par les oracles des prophètes et par les œuvres que le Messie, d'après fleurs propres témoignages, devait opérer en venant en ce monde, que Jésus-Christ est le véritable Messie promis dans la loi, puisqu'en lui brillent et se vérifient toutes les marques que ^les prophètes ont données pour le reconnaître. Or il y a là, en faveur de notre
i AU LECTEUR CHRÉTIEN.
f< >i, une démonstration nouvelle qui ne le cède en rien à tout ce qui précède. Yoire des merveilles clairement prédites dans des prophéties, de l'authenticité desquelles nul ne saurait douter , se réaliser, point par point, au temps et de la manière qui avaient été fixés, n'est-ce pas une des plus solides preuves de la foi? C'est la preuve dont se servit saint Paul pour convaincre, non-seulement les fidèles circoncis qui croyaient aux saintes Ecritures, mais encore un grand nombre de Gentils, hommes et femmes, comme on peut le voir au chapitre dix-septième des Actes des Apôtres. C'est encore cette môme doctrine qui convertit tous les jours ceux que notre Seigneur fait passer des ombres de la circoncision aux lumières de l'Evangile, et pour lesquels des collèges spéciaux ont été établis dans quelques grandes villes de la chrétienueté ; elle enseigne aux nouveaux convertis sur quels fondemenls inébranlables reposent leurs nouvelles croyances. Afin que, ne se contentant plus d'un acte de foi général et d'ensemble, ils s'éclairent aux pures lumières des saintes Ecritures; enfin pour ceux qui sont déjà fermes dans la foi, l'évidence de cette doctrine leur est un sujet de joie et un motif nouveau de se confirmer dans leurs croyances.
De là il résulte qu'encore que les fruits qu'on peut retirer de cet ouvrage soient nombreux, un de ses principaux avantages est d'éclairer les mystères de notre foi, de confirmer les fidèles dans la vérité, en leur en découvrant la beauté et l'excellence, et de les porter enfin à en avoir une plus grande estime et à l'embrasser avec plus d'amour et plus d'ardeur. Or ces choses, si nécessaires dans tous les temps, le sont bien davantage en ces jours où la foi a reçu, à cause de nos péchés, de profondes blessures et essuyé ces tristes naufrages sur lesquels nous versons tous des larmes si amères. Je passe sous silence bien d'autres avantages signalés qu'entraîne après elle la foi formée, c'est-à-dire la foi qui est accompagnée de la charité.
Et ici, qu'on ne s'étonne pas des proportions de ce livre; sans doute je n'ai voulu faire qu'un résumé des quatre premières parties de mon Introduction, mais je n'ai pas hésité à y insérer les réflexions et les considérations nouvelles qui s'offraient à mon esprit tandis que je l'écrivais. Je ne m'excuse pas de répéter quelquefois certaines sentences dans les termes mêmes de l'Introduction, quand elles sont exposées dans le grand ouvrage avec la même brièveté. Mais c'en est assez pour toi, lecteur chrétien, je n'ajoute plus aucune réflexion!