CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII
et la force de ces anciens martyrs dont la plupart ont souffert de plus longs et de plus redoutables supplices.
La relation de cet événement fut adressée en abrégée au roi Catholique, notre seigneur, par D. Bernardin de Mendoza, son ambassadeur. Mais une personne qui se trouvait présente à la mort de ces illustres Pères, écrivit en latin une lettre à un de ses amis, où elle retraçait en détail la manière dont les choses s'étaient passées. Je l'ai traduite en espagnol, pour l'édification et la consolation des lecteurs. Voici comment commence la lettre :
« Il y a quelques jours, je vous écrivis ce qui se passa au sujet de la mort du révérend père Campion, Edmond, de la compagnie de Jésus, et de celle de quelques autres prêtres qui souffrirent avec et après lui pour la foi catholique, le premier décembre de l'année passée et le premier mars de cette même année. Maintenant, la divine bonté ayant appelé à la même couronne sept autres prêtres, il me semble qu'il convient à notre amitié de nous communiquer ces événements; je le fais donc, afin que nous comprenions dans quelle condition nous sommes et combien nous sommes redevables à Jésus-Christ notre Seigneur et notre Sauveur, de ce qu'il a mis de nos jours, dans le cœur de quelques jeunes hommes, une telle force pour confesser la foi. Yoici d'ailleurs comment les choses se sont passées :
» Le lundi vingt-huit mai dernier, quinze cent quatre-vingt deux, sept prêtres de la ville de Londres sortirent en deux fois pour souffrir le martyre. Le premier groupe se composait de trois confesseurs : Thomas Fordo, Jean Schirto et Robert Fonsano, attachés les uns aux autres par les pieds et les mains. On les étendit donc sur une claie d'osier, la face contre terre, et on les fit traîner dans les rues de Londres par des chevaux à la queue desquels ils étaient attachés ; il pleuvait beaucoup en ce moment, et comme nos martyrs étaient tramés à terre , on comprend dans quel triste état ils arrivèrent au lieu du supplice. Mais ce n'est pas tout : quand ils y furent parvenus , on convint de ne les faire mourir que les uns après les autres, afin que ceux qui survivraient, témoins de la mort de leurs
compagnons, se sentissent ébranlés et changeassent de résolution. Le premier qui fut désigné fut Thomas Fordo, homme instruit et sérieux, et personnage d'une grande autorité. La claie où se trouvaient nos saints arrivait; on en tira Thomas Fordo pour le mettre sur un char, afin que, lancé de la haute perche de ce char, il fût plus facilement pendu. Le père Fordo avait été trouvé dans la même maison que le père Lampion; il travaillait depuis déjà sept ans à cultiver la vigne du Seigneur en Angleterre, et son travail ayant été béni, il avait gagné au Christ une foule d'àmes par la prédication ininterrompue de la foi et l'austérité de ses exemples. Arrivé en présence du peuple, il commence par faire le signe de la croix, pratique qui était en abomination auprès des hérétiques, puis il dit franchement et sans détour qui il est, quelle est sa profession, et pourquoi il parait à ce moment dans le lieu où il se trouve; il reconnaît qu'il est catholique, que Dieu par une grâce particulière l'a honoré du sacerdoce, qu'il meurt pour confesser sa foi, que cette foi est nécessaire à tous et que nul ne peut échapper aux supplices éternels s'il ne meurt en union avec cette foi catholique. Il exhorte donc tous ceux qui l'entendent à entrer dans le giron de l'Eglise. Le martyr continuait de parler et due mille choses pareilles qui touchaient profondément les spectateurs, lorsque le vicomte de Londres, qui procédait à l'exécution de ce jugement, l'empêche de continuer et lui défend d'ajouter un seul mot ; il lui ordonne seulement d'avouer publiquement les trahisons envers la patrie et envers son prince, d'en demander profondément pardon et de se préparer à mourir. — Non, répondit Fordo, non, je n'avouerai jamais des trahisons auxquelles je n'ai jamais songé; vous-même vous n'êtes pas sincère, et vous mente/ en me les reprochant; vous savez bien que j'étais en Angleterre le jour où vous m'accusez d'avoir ourdi à Rome je ne sais quels coupables desseins. D'ailleurs ne savez-vous pas que vous nous avez souvent offert la vie et la liberté si nous voulions découvrir au magistrat les catholiques avec lesquels nous étions allés à hume ? Toutes les trahisons que vous nous reprochez ne sont que des lictious.