‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 108 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII

La véritable cause de notre mort est la religion catholique que nous professons, que nous prêchons et à laquelle nous rendons témoignage par l'effusion de notre sang. Notre Dieu voit tout cela, lui qui examine vos cœurs, qui révélera le secret des ténèbres, et au tribunal duquel nous allons aujourd'hui paraître.

» Le martyr de Jésus-Christ parlait encore, lorsque le vicomte, bouillant de colère, interrompt son discours, dans la crainte que Fordo ne persuadât le peuple, et s'adressant à lui, l'appelle papiste et traître. Il lui demande ensuite ce qu'il pensait de la bulle où Pie V condamnait la reine d'Angleterre. — Je n'ai été ni interrogé, ni accusé, ni condamné dans le jugement au sujet de la bulle de Pie Y; je ne vois pas pourquoi vous me faites pareille question. — Un jeune effronté se lève alors, qui s'érige en accusateur contre Fordo; les faux témoignages sortent pressés de sa bouche, et en même temps on lui soumet quelques articles d'une prétendue conjuration qui devait éclater à Rome contre la reine, et dans laquelle le Père avait eu' une large part. Remarquez bien que les hérétiques ont grand soin de cacher au peuple la cause du martyre , quand cette cause est la religion, afin que l'héroïsme des saints ne le touche et ne l'éclairé pas ; et ils se flattent de punir une trahison et dès lors ils sont justifiés d'infliger aux coupables le châtiment des traîtres.

» Cependant le Père se recueillait selon son usage dans la prière et la contemplation, sans faire aucun cas des mensonges déposés contre lui. Cela fait, le vicomte lui ordonne de passer sa tête dans la corde comme un homme qui allait bientôt mourir. Mais avant il recourt encore à ses séductions et promet au martyr le pardon, la liberté et la vie de la part de la reine, pourvu qu'il consente à dire ou à faire quelque chose contre l'autorité du pontife romain. Fordo répond qu'il n'en fera rien et qu'il est prêt à mourir plutôt que de porter la plus légère atteinte à rien de ce qui touche à la foi de l'Eglise romaine. De tous côtés les hérétiques lui criaient : Dis une seule parole, Fordo, contre le pontife romain et tu ne mourras pas. Mais le martyr ne répondait pas; il se contentait de conjurer les catholiques de prier avec lui et pour lui. Le vicomte voyant

iSO INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOÏ.

alors qu'il ne pouvait plus rien espérer de Fordo, donne ordre d'exécuter la sentence. Le martyr du Christ dit adieu à la terre, et ayant pardonné lui-même de bon cœur à tous ceux qui s'étaient injustement conduits envers lui, lève les mains et les yeux au ciel, en répétant avec un indicible amour ces paroles : Jésus, Jésus, soyez aujourd'hui avec moi; Jésus. C'est en prononçant cette invocation qu'il est arraché du char sur lequel il était arrivé , et suspendu à la corde meurtrière. On le tira de là moitié vivant, et le bourreau déchira son corps en plusieurs parts.

» Schirto fut levé de la claie après Fordo et placé sur le char; en passant près de l'endroit où reposaient les restes mutilés de son compagnon, il le prit dans ses mains au moins autant qu'il pouvait et il s'écria à haute voix : 0 mon Fordo, toi qui as si magnifiquement terminé ta carrière, ô àme bénie qui t'es envolée au ciel de ce corps mortel, prie pour moi le Seigneur que tu vois clairement. Ces paroles jetèrent la tristesse dans le cœur du vicomte. Quant aux hérétiques, leur courroux ne fit que s'accroître quand ils virent le martyr invoquer la bienheureuse vierge Marie. Cependant le martyr confessa qu'il vivait conformément à la doctrine qu'il avait apprise dans l'Eglise catholique, et qu'il était prêt à soutenir maintenant par son sang. Puis, dans la joie de son âme , il exprima son allégresse en ces termes : 0 Dieu mon Seigneur et Père élernel, je vous rends grâces de ce que vous m'avez créé , je vous remercie de m'avoir racheté par les mérites de votre Fils unique, de m'avoir sanctifié par la vertu de votre Saint-Esprit, de m'avoir conservé dans la foi de votre sainte Eglise catholique, et surtout de m'avoir destiné à souffrir cette mort glorieuse pour votre saint nom. 11 y en a pour qui cette mort serait affreuse; elle est pour moi un intarissable sujet de joie et d'allégresse.

» Le vicomte importuné de ce discours l'interrompit brusquement, et reproduisit l'accusation de trahison qui pesait sur le martyr, et comme preuve il donna ordre de lire quelques articles de ces méfaits. L'homme de Dieu pendant ce temps se

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