‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 111 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII

stance de ces vaillants chevaliers du Christ. La reine elle-même partagea, sans doute, cette honte, en voyant ces infortunés perdre la vie plutôt que de reconnaître en elle une dignité fausse et usurpée.

Ici peut-être demandera-t-on quelques miracles comme ceux que notre Seigneur opéra quelquefois en faveur des anciens martyrs. Pour moi, que je le dise hautement, je n'en veux pas d'autres que cette foi, cette force, cette constance, cette fidélité envers Dieu, cette sainte liberté de paroles devant le juge, cet esprit généreux, qui, même en face de la mort, conserve son courage, qui ne faiblit pas, qui n'a pas une parole contraire à sa dignité sacerdotale, qui ne se sent pas vaincu devant le spectacle horrible de ses compagnons massacrés et mis en lambeaux. Ah! ces merveilles sont plus étonnantes que tous les miracles! Le prophète était dans l'admiration en voyant le chemin que Dieu avait ouvert à son peuple au milieu de la mer Rouge, et il disait qu'en considérant ces merveilles « son cœur et ses lèvres étaient saisis d'un profond tremblement. » Habac. ni, 16. Mais qu'il est plus glorieux pour Dieu d'avoir donné à des hommes faibles et charnels un courage au-dessus des flots de toutes les tribulations et de toutes les persécutions, une âme intrépide capable de traverser ces abîmes, sans faiblir et sans perdre un seul point de la foi et de la fidélité qu'ils devaient à leur Créateur ! Les hommes condamnés au dernier supplice, sont moitié morts avant de mourir et vont à la potence en tremblant ; ces généreux chevaliers du Christ, entonnent le Te Deum, en sortant de prison, comme s'ils allaient à une fête et non pas à la mort. Une seule parole en faveur de la reine pouvait les sauver ; ils pouvaient la dire, se confesser, et en demander pardon au Seigneur, avec la confiance de l'obtenir aussi facilement que saint Pierre, plus coupable qu'eux envers un Dieu qu'il jurait ne pas connaître, malgré tous les miracles dont il avait été témoin. Mais fidèles eu tout au Très-Haut, ces héros préférèrent souffrir une mort cruelle que se trouver un seul instant en état de péché et encourir un moment la disgrâce de leur Créateur. Ces miracles d'une nouvelle espèce sont l'œuvre de la grâce, qui, plus elle est grande.

plus elle peut se passer du secours et de la force des miracles. Dieu les a permis souvent pour fortifier la faiblesse des vierges délicates et timides livrées à toutes les horreurs des supplices. Mais comme il savait que la force qu'il avait donnée à ces prêtres saints suffisait, sans le secours de nouveaux miracles, pour les soutenir dans leurs épreuves, il n'opéra pas des prodiges dont les hérétiques n'étaient pas dignes. C'est ainsi que la gloire de Dieu et sa divine grâce brillèrent plus magnifiquement dans cette absence complète de merveilles signalées.

Page 1