‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 110 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII. 1W · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXII. 1W

mêmes formes qu'avec les premiers martyrs. A chacun d'eux on offrait le pardon de la reine aux conditions dont nous avons fait mention plus haut, mais tous, avec une force et une constance égales, refusaient de l'accepter. Avant de les faire mourir et pour les diffamer, on avait soin de reproduire contre eux les mêmes accusations de trahison; mais aux réponses qu'ils faisaient il était facile de voir combien ces accusations étaient fausses et mal fondées. Un infâme calomniateur, nommé Mandéo, osa bien se présenter.

» Cependant on ne pouvait rien obtenir des chevaliers du Christ, ni les amener sur le plus léger point à céder aux prétentions des hérétiques. Fatigué de ces résistances, le vicomte, voyant qu'aucun des trois martyrs n'avait voulu accepter le pardon de la reine, se résout à arriver à ses fins par la ruse, et propose à celui qui survivait encore, Thomas Cotamo, le pardon aux mêmes conditions. Le prêtre du Christ oppose à ses propositions une opiniâtre résistance. Alors le vicomte en vient à des moyens détournés dont il espère un succès plus sûr. Il demande au martyr s'il avait trempé, comme ses compagnons, dans la conjuration ourdie contre la reine. Celui-ci lui répond que non, et affirme que son innocence est évidente et manifeste aux yeux même de ses ennemis. La preuve, c'est qu'il n'était pas en Italie au temps où cette prétendue conjuration aurait été tramée, et qu'il n'est venu de France en Angleterre que pour se remettre d'une fortemaladie. Il ajoute encore, qu'il avait été envoyé par les Pères de la Compagnie de Jésus, chez lesquels il avait fait un an de probation, que les supérieurs lui avaient permis de partir pour les Indes, mais que, sur l'avis des médecins, il était venu dans son pays, c'est-à-dire en Angleterre, comme y devant recouvrer plus promptement toutes les forces qu'une sérieuse maladie lui avait fait perdre ; qu'arrivé dans sa patrie , il ne chercha pas à se cacher comme un coupable, mais qu'ignorant même l'existence de la conjuration dont on parlait, et ayant appris cependant que les magistrats le cherchaient pour le mettre en prison, il s'était livré lui-même volontairement, ce qu'il n'aurait jamais fait s'il avait pris la moindre part à ce noir complot ; et qu'enfin la con-

m INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOL

fession de la foi catholique était l'unique sujet de sa prison et de sa mort. — Eh quoi ! lui dit alors le vicomte, tu refuses la grâce que la reine veut te faire? — Non, et loin de la refuser je l'accepte avec joie et je l'en remercie. — En entendant cette réponse, le vicomte se flatte déjà de l'avoir gagné ; il lui fait détacher la corde du cou, il ordonne de le descendre du char et de le mettre en liberté.

» Cotamo rendu à la liberté, s'étonnait du pardon qu'on lui avait accordé, car il ne devinait pas la ruse de ses ennemis. Il se disposait donc à s'en aller, lorsque le vicomte lui dit : « Te voilà libre, Cotamo , tu n'as plus qu'une chose à faire , donne une preuve de ta reconnaissance envers la reine. » — « Je le veux bien, dit Cotamo, et je rends à la reine mille remercîments pour ses bienfaits. Que te faut-il de plus? » — « Je voudrais, reprit le vicomte, que tout ce peuple devînt le témoin de ta gratitude et que tu désavouasses en sa présence les opinions des traîtres qui viennent d'être immolés. » — « Ce que tu exiges n'est pas possible, car en matière de religion leurs convictions sont les miennes. » — « Voyons, mais au moins, qu'il y ait entre eux et toi quelque divergence d'idée. » — « Je ne saurais avouer des divergences que je ne connais pas. » — « Déclare donc que tu ne t'entends pas avec eux sur l'autorité du pontife romain. » — « Je pense comme eux et je ne peux pas me séparer d'eux à ce sujet. » — « Tu partages donc toutes les erreurs de ces traîtres. » — « Oui, pour tout ce qui touche à la foi, je suis d'accord avec ces prêtres vénérables. » Cette dernière réponse poussa l'indignation du vicomte jusqu'à la colère, et sur-le-champ il commanda de remettre Cotamo sur le char d'où on l'avait ôté, de le pendre et de le mettre en pièces. Ses ordres fut promptement exécutés ; le martyr succomba au milieu de la fureur et des injures du peuple, et partagea la glorieuse mort de ses compagnons. »

Telle est la lettre dont j'ai parlé. On le voit : on put faire souffrir et mettre à mort ces prêtres vénérables, mais on ne put jamais les vaincre. Le malheureux qui présidait à ces infâmes assises, ne put s'empêcher de se retirer honteux et confus de l'insuccès de ses manœuvres qui s'étaient brisées contre la con-

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