CHAPITRE XXVIII
Vingt- deuxième excellence de la religion chrétienne : la multitude de saints qu'elle a produits.
La dernière excellence de la religion chrétienne, celle qui est une conséquence des précédentes et à laquelle toutes les autres se rapportent, c'est la multitude innombrable de saints qu'elle a produits, et dont nous finissons à peine de parler. Nous en avons dit quelque chose au chapitre seizième de cette seconde partie, où il est parlé de la conversion du monde après la venue et la passion du Sauveur, des vertus héroïques qui fleurirent en ces temps heureux, alors que le sang du Christ venait de laver la terre, que les apôtres prêchaient ou faisaient des miracles, et qu'en imposant les mains sur la tête des fidèles, ils leur donnaient le Saint- Esprit avec tous ses dons. Tout cela était nécessaire en des temps où il s'agissait de fonder, au sein de la gentilité, une Eglise qui avait contre elle tous les princes du monde.
Nous avons encore exposé en partie cette même excellence au chapitre dix-huitième de cette même partie, en traitant de la vertu des martyrs, de leur constance et de leur nombre. Ces martyrs, par l'éclat de leur sainteté d'abord, et surtout par l'effusion de leur sang et la grandeur de leurs tourments, ont rendu témoignage à la religion chrétienne dont ils sont l'ornement. Cependant tout ce que nous avons dit d'eux dans ces deux chapitres n'est rien en comparaison de ce qui a été écrit dans d'autres livres sur cette matière. Il faut, si on veut la connaître à fond, lire sept grands corps d'ouvrages du père Surius, où sont racontées les vies d'un grand nombre de saints et de saintes qui ont fleuri en divers temps et en divers lieux. Toutes les Histoires ecclésiastiques, toutes les Vies des saints Pères, toutes les Chroniques des ordres religieux, les Martyrologes enfin, et surtout ceux qui ont été écrits de nos jours pour réveiller, par les exemples qu'ils contiennent, la charité et la foi éteintes dans presque tous les cœurs; tous ces ouvrages sont bons à consulter et ont une valeur qui n'échappe à personne sur le sujet qui nous occupe. Sans fatiguer l'attention, ces Martyrologes offrent aux âmes fidèles, dans une lecture très-courte, des trésors de grâces et des vertus si extraordinaires, une si grande variété et une si étonnante multitude de saints et de saintes de tous les états et de toutes les conditions, des prêtres, des diacres, des religieux, des abbés de monastères, qu'en lisant, je ne dis pas l'ouvrage tout entier, mais seulement six ou sept chapitres, dans de saintes dispositions et avec l'intelligence que donne l'esprit de Dieu, ces âmes ne pourront contenir leur admiration à la vue de tant de vertus, d'une si grande abondance de grâces, de tant et de si belles fleurs exhalant une odeur suave de sainteté. Quelle consolation, quelle édification pour une âme dans un si doux spectacle ! Par toutes les merveilles dont elle est témoin, elle comprend enfin combien fut grande l'efficacité du sang du Christ qui a donné naissance à tant de richesses et à tant de trésors.