‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 139 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVIII

On conclut de ce qui précède l'excellence de notre religion sainte.

Supposé la vérité de la doctrine que nous venons d'exposer, nous disons que la religion et la loi chrétiennes sont les plus excellentes de toutes celles qui ont paru dans le monde à cause des saints innombrables qu'elles ont produits. Et en effet, pour prendre un exemple de cette vérité dans les choses dont nous faisons chaque jour l'expérience, ne disons-nous pas que le meilleur maître est celui de l'école duquel sortent les élèves les plus nombreux et les plus instruits, et le meilleur médecin celui qui guérit le plus et le mieux ses malades ? Or la loi n'a-t-elle pas pour mission de remplir ces deux offices? Elle est la maîtresse de notre vie, elle nous détache de nos vices, elle nous conduit dans le chemin des vertus ; d'où il suit que cette loi sera plus parfaite qui formera un plus grand nombre de disciples vertueux et saints. Mais la loi est aussi le médecin des âmes faibles et malades, car de même que l'office de la médecine est de guérir les infirmités du corps, celui de la bonne loi, et par conséquent de la loi de grâce dont nous parlons, est de guérir les infirmités des âmes, c'est-à-dire ses appétits désordonnés et ses vices ; et de même encore que la médecine se propose de rendre aux malades la santé, de même aussi la bonne loi a pour fin de rendre aux pécheurs la justice et la sainteté.

Que conclure de là? Evidemment s'il existe entre la bonne loi et la médecine des rapports si frappants, de même que nous disons d'une médecine qui guérit le plus de malades qu'elle est la meilleure, il faut avouer que la loi et la religion les plus excellentes seront celles qui rendront un plus grand nombre de pécheurs justes et saints. Et ici je ne distingue pas entre la religion et la loi, puisque c'est le propre de la religion d'honorer Dieu, et que nous l'honorons en ayant de ses grandeurs et de ses perfections une estime souveraine, et en vivant d'une manière conforme à la loi qu'il a imprimée dans nos cœurs en nous créant, et qui n'est autre que celle qu'il a gravée lui-même de sa main sur les tables de pierre.

Or, qu'il y ait eu dans notre loi et notre religion saintes un

plus grand nombre de saints et de justes que dans toutes les religions de l'univers, c'est une chose claire comme le jour. Loin de moi la pensée de comparer notre religion à toutes les superstitions des Gentils qu'ils pouvaient bien appeler religion, mais qui n'étaient que des sectes de perdition, ou encore aux doctrines des philosophes « qui, selon le langage de l'Apôtre, ayant connu Dieu par les merveilles du inonde, ne l'ont pas glorifié comme Dieu, mais se sont évanouis dans leurs pensées et ont eu, par un juste jugement du ciel, leurs cœurs obscurcis, de telle sorte que ces hommes qui se disaient sages sont devenus fous. » Rom. i, 21, 22. Je ne la comparerai pas non plus à la loi dos Maures, loi toute charnelle, qui promettait un paradis sensuel à ses adeptes pour l'autre monde , et leur permettait en celui-ci la polygamie sans mesure, sans compter qu'en ne faisant pas un crime de la simple fornication, elle ouvrait la porte à des désordres infinis. Dans toutes ces sectes perdues, il n'y a pas de traces de véritable sainteté, puisque celle-ci est inséparable de la charité.

Il reste donc que la comparaison ne peut s'établir qu'entre les deux lois données par Dieu lui-même, dont l'une est la loi naturelle et l'autre la loi écrite. Dans la première nous connaissons Abel, Enoch. Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Melchisédech. Job, que l'Ecriture appelle saints. Sans doute elle eut bien d'autres justes dont l'Ecriture ne fait pas mention et que nous ne connaîtrons jamais. Mais ne suffit- il pas de se souvenir du déluge qui désola la terre aux jours de Noé, pour voir combien fut petit dans la loi naturelle le nombre des véritables justes? Et les. paroles de Dieu à son patriarche : « Je l'ai vu juste devant moi au milieu de toute cette génération, » Gen. vu, I , ne le disent-elles pas assez?

Dans la loi écrite le nombre des justes augmenta et s'accrut. Néanmoins, même aux temps où elle régnait, les péchés se multiplièrent au point que sur douze tribus, dix se livrèrent au culte des idoles et partant à tous les vices; c'est pourquoi Dieu les abandonna, leur enleva la terre tju'B leur avait donnée en partage, et les dispersa sur toute la surface de l'univers. Cepen-

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