CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE V
ment même ou elle anima son corps, l'âme très-sainte du Sauveur vit l'essence divine avec la même clarté et le même éclat qu'elle la voit à présent, et elle aperçut en elle toutes les richesses et toutes les grandeurs qui lui avaient été données par pure grâce, c'est-à-dire, sans mérite.
Cherchons maintenant à comprendre quel amour, quelle reconnaissance cette âme sainte devait avoir pour celui qui lui donnait tant de biens. Hélas! nous n'y arriverons jamais, et ces mystères sont au-dessus de notre raison! Cet amour dut être digne de la dignité et de la grâce qui l'inspiraient, et cette dignité et cette grâce étaient, comme nous l'avons vu , sans mesure. Mais tel était cet amour, tel était aussi le désir qu'avait cette âme sainte de plaire à celui qui l'avait si magnifiquement embellie et ornée, de le servir, d'accomplir en tout sa volonté sainte, fallût-il pour le faire souffrir des millions de mort.
Or, en même temps que ces sentiments germaient en lui, notre Seigneur comprenait qu'il était destiné par son Père à devenir le réparateur, le sanctificateur et le rédempteur du genre humain, dégénéré et tombé par la faute du premier homme ; il voyait que, pour lui plaire, il devait aimer les hommes d'un amour souverain et désirer assez leur salut pour offrir sa propre vie en sacrifice, et leur acquérir, au prix de son sang, le pardon de leurs fautes, les réconcilier avec Dieu, leur rendre la grâce qu'ils avaient perdue, fonder ici-bas un nouveau royaume, une nouvelle république, une réunion d'hommes morts au monde et vivants pour Dieu, qui connussent la brièveté et l'inconstance de la vie, qui la vécussent, non plus avec le dessein d'y prendre leur repos, mais comme un lieu de passage; qui la 'regardassent non pas comme leur patrie, mais comme un véritable exil; qui fussent pour elle plutôt des étrangers et des pèlerins, que des habitants éternels ; une nation qui la traverse comme une route et un chemin vers une patrie meilleure plutôt qu'un peuple destiné âne pas étendre au-delà ses espérances; des hommes fidèles au service du Créateur et à ses lois saintes, prêts à mourir mille fois plutôt que de désobéir une seule fois au Seigneur ; des hommes enfin semblables aux autres hommes par leur nature.
?sn INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOI.
mais si différents d'eux dans leurs vies, que de même que ceuxlà emploient tous leurs soins et toutes leurs peines à se procurer les biens du corps au détriment de ceux de l'âme, ils employassent leurs efforts et leur diligence à conquérir les biens de l'âme, ne recherchant les biens du corps qu'autant que la nécessité l'exigerait.
Cette république et ce royaume, tout formés d'hommes nouveaux, le Père éternel voulut que son Fils unique les fondât sur la terre à l'imitation de la république du ciel, et qu'il devint leur chef, leur fondateur, leur capitaine et leur guide, en tenant à la main l'étendard sacré de la croix, et en enseignant à tous la voie du ciel, non plus seulement par ses paroles, mais encore par ses œuvres et par les exemples de sa très-sainte vie.
Quand les desseins de la très-sainte Trinité, qui intervint dans cette œuvre magnifique, seront connus, qui pourra dire avec quelle joie, quelle obéissance, quelle volonté empressée, et quel dévouement l'âme sainte du Sauveur acceptera sa mission, et de quel amour elle aimera les hommes qui lui sont recommandés ? Il y a là des secrets ineffables qui surpassent la capacité de nos intelligences, tellement qu'on n'a plus qu'à se taire et admirer en silence ces œuvres de la magnificence divine et de ce puissant Seigneur qui, incompréhensible dans sa nature, l'est dans toutes ses opérations et surtout dans celle-ci.
Maintenant si on désire savoir une chose digne d'être connue, c'est-à-dire pénétrer jusqu'à la racine et au principe de l'amom' du Fils pour les hommes, on découvrira bientôt que cet amour n'a d'autres sources que sa charité et son obéissance envers son Père éternel. S'il nous aime, c'est parce que son Père lui commande de nous aimer d'un amour sans mesure, comme nous l'avons dit plus haut. Comme ce Fils sera heureux et content d'obéir à un Père duquel il reçoit tant de richesses et des trésors d'une grâce sans bornes? Est-ce que saint Grégoire n'a pas dit en toute vérité, que plus la charité s'élevait vers Dieu et l'aimait davantage, plus elle savait descendre à aimer le prochain par amour pour Dieu? Jugeons par là de la vivacité de l'amour qu'il devait porter aux frères que Dieu lui avait recommandés, celui