‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 171 sur 383 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Que toutes les perfections divines brillent d'un plus vif éclat dans la passion de Jésus- Christ que dans toutes ses œuvres, on le montre plus particulièrement pour la bonté.

On voit par ce qui précède comment la passion de Jésus-Christ notre Sauveur, a glorifié Dieu, en satisfaisant parfaitement pour les offenses commises contre la majesté divine, et en lui rendant plus d'honneur que nos fautes ne lui en avaient enlevé. Mais ce n'est pas tout, et il faut encore ajouter que dans la passion sacrée du Sauveur toutes les grandeurs et toutes les perfections divines brillent d'un plus vif éclat que dans tout le reste de ses œuvres, ainsi que nous l'avons dit tout d'abord.

Et pour commencer par la bonté, qui est, à notre sens, la plus grande des perfections divines et celle que Dieu estime davantage, où éclate-t-elle plus vivement que dans cette passion sainte? Afin de bien entendre ceci, il convient de savoir d'abord quelles sont la condition et la nature du bien. Le bien, dit saint Denis, aime essentiellement à se communiquer lui-même et à communiquer tout ce qu'il a, comme nous le voyons dans le soleil, cette créature si magnifique, qui répand sur le monde entier les clartés de sa splendeur, sans que rien puisse se soustraire à sa lumière et à sa vertu. Plus une chose sera bonne, plus aussi elle aimera à se communiquer. On peut conclure de là que, puisque Dieu est souverainement bon, il aimera souverainement à se donner luimême et à communiquer ses perfections à toutes ses créatures, aux unes plus qu'aux autres, en tenant compte de la capacité et

des conditions de leur nature, ainsi que le remarque encore le même saint. Autant donc l'homme peut devenir hon et heureux, autant il désire lui communiquer de bonté et de bonheur, et il lui en communique même à un degré souverain, s'inspirant seulement de sa propre nature, et ne limitant son action qu'aux dernières ressources de la nature humaine ; ce n'est pas que Dieu agisse ainsi par quelque motif d'intérêt; il n'en a d'autre que la condition et la nature de sa bonté. Or cette bonté il lui a plu de nous la manifester d'une façon sublime dans l'œuvre de notre rédemption.

Remarquons, avant d'aller plus loin, que la parfaite bonté a deux degrés ayant chacun leur excellence respective. Le premier consiste à faire du bien sans aucun motif d'intérêt ou d'amourpropre, mais uniquement par bonté toute pure; le second est plus excellent, il consiste à faire du bien non-seulement sans intérêt personnel, mais encore au risque de perdre sa fortune, son honneur, sa vie. Plus la perte qu'on fait est considérable, plus éclate la grandeur de la bonté d'où elle procède. Le Sauveur, dans sa passion sacrée, fait paraître une bonté sans mesure et qui s'élève bien au-dessus du second degré qui vient d'être signalé. Ce n'était pas assez pour l'étendue de sa charité, comme le dit Pierre de Ravenne, ce n'était pas assez de nous communiquer ses biens, il daigna encore descendre jusqu'à souffrir nos maux. Mais, comme en tant que Dieu il ne pouvait souffrir, la nature divine étant impassible, il médita un prodige nouveau, admirable, étonnant et bien digne de son immense amour, et voilà qu'il s'unit une nature passible et sujette au changement, c'est-à-dire la nature humaine, afin de souffrir en elle ce qu'il ne pouvait endurer en sa nature propre.

Nous allons parler maintenant de cette ineffable bonté du Sauveur, et en le faisant nous nous proposons moins de confirmer notre foi que d'allumer dans le cœur des fidèles un grand amour et une admiration pieuse envers cette souveraine bonté. Seulement, à cause de la sublimité des choses que nous aurons à y exposer, il convient auparavant de formuler quelques vérités qui seront comme des échelons à l'aide desquels nous nous élève-

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