‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 172 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI

rons plus facilement au niveau des matières dont nous nous occupons.

Parmi ces vérités préliminaires, la plus essentielle c'est que connaître notre Dieu et Seigneur constitue le principe et le fondement de tous nos biens ; mais comme en cette vie mortelle nous ne pouvons le découvrir dans son essence même et sa beauté, nous n'avons d'autres moyens de le connaître que les œuvres et les prodiges qu'il a opérés en ce monde, et qui nous donnent une idée d'autant plus excellente de leur auteur qu'elles sont ellesmêmes plus belles et plus magnifiques.

Mais comme entre toutes les œuvres de Dieu la plus excellente est son humanité sacrée, c'est elle qui nous donne une connaissance plus profonde de ses perfections et de ses grandeurs, et qui nous ouvre une voie assez large pour entrer dans le sanctuaire de son cœur divin et pour nous révéler les merveilles qu'il contient. Le Sauveur nous le déclare lui-même quand il dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie; personne ne vient au Père que par moi. » Joan. xix, 6. Cette humanité sacrée, elle fut autrefois parfaitement figurée par cette échelle mystérieuse, aperçue en songe par le patriarche Joseph, qui, posée sur la terre, touchait le ciel de son sommet et arrivait jusqu'à Dieu lui-même, G en. xxvm ; Dieu voulait nous montrer par là qu'il serait l'auteur de cette humanité sainte qui devait servir aux hommes comme d'une échelle pour s'élever à la connaissance de Dieu. C'est pourquoi l'Eglise remercie Dieu en disant que par le mystère de l'Incarnation du Verbe divin une nouvelle clarté a éclairé les yeux de notre âme et nous a fait connaître à sa bienfaisante lumière les choses divines. Tel est le premier échelon de cette échelle mystique.

Second échelon de cette échelle mystique; il consiste dans l'élévation de noire âme au-dessus de toute bonté créée , afin d'arriver à connaître la divine bonté.

Voici maintenant en quoi consiste le second échelon de cette échelle mystique. Quand on veut connaître la grandeur de la bonté divine, il faut détourner les regards de sa propre bonté, de

la bonté de tous les saints qui ont paru sur la terre depuis le commencement du monde, si grande qu'elle puisse être ; de celle des anges, des archanges, des chérubins et des séraphins, et se bien pénétrer de cette vérité à savoir que la bonté de Dieu domine toutes les bontés créées et les éclipse toutes à ce point qu'elles perdent tout leur éclat devant le sien et qu'elles sont en sa présence ce qu'est une faible lumière devant les splendeurs du soleil à son midi. Notre Seigneur affirmait bien cette vérité quand il disait que « nul n'est bon que Dieu seul. » Luc. xvm, 19. De même donc que l'essence est la toute-puissance de Dieu, sa bonté est incompréhensible, et celui-là se tromperait également qui voudrait mesurer la puissance de Dieu sur la puissance des êtres créés, ou qui chercherait à comprendre sa bonté à l'aide de la bonté des créatures. La bonté de Dieu, en effet, est si élevée, si souveraine, si différente de toutes les autres bontés, qu'elle les dépasse toutes à un degré infini. Le Seigneur lui-même nous l'apprend dans Isaïe ; car, après avoir déclaré la grandeur de la miséricorde de Dieu envers ceux qui se convertissent à lui, ce prophète prête à Dieu ces belles paroles : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies ne sont pas vos voies. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont audessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées. » Isa. lv, 8-9. Ces paroles nous démontrent combien serait grande l'erreur de ceux qui prétendraient comprendre la bonté et la miséricorde de Dieu d'après leur propre bonté ; autant, en effet, Dieu est au-dessus de l'homme, autant les grandeurs et les perfections divines surpassent les grandeurs et les perfections humaines.

Mais parce que l'œuvre de la rédemption a son principe dans cette souveraine et infinie bonté, il est utile de l'étudier et d'en acquérir quelque connaissance. Les choses créées ont des propriétés naturelles qui les différencient les unes des autres ; c'est ainsi que la terre tend toujours, par le poids de sa pesanteur, à descendre, tandis que le feu tend à s'élever. Or quoique le Créateur soit en dehors de l'ordre de ses créatures, il a aussi sa nature propre qui consiste à faire sans cesse le bien. Il est la bonté par

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