‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 187 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VIII

Emue jusqu'au fond du cœur au spectacle attristant de nos maux, soit qu'elle considérât la faute, soit qu'elle s'abaissât sur les peines qu'elle méritait, la bonté de Dieu prit le parti « par les entrailles de sa miséricorde, comme le dit Zacharie, de descendre du ciel et d'éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, » Luc, i, 78, et qui y demeurent attachés comme l'ombre est attachée au corps qui la produit. Ces paroles nous apprennent que les mérites des hommes n'ont pas précédé leur rédemption, puisqu'ils étaient dans les ténèbres et les misères les plus profondes. «Ce ne sont pas nos mérites, mais nos fautes qui ont fait descendre le Sauveur du ciel, » dit saint Augustin. De verb. Apost. Serm. vm, c. 7. Il sentait en effet plus vivement ses crimes que ses propres douleurs, et il gémissait bien davantage de voir Dieu si offensé et les hommes si coupables, que de sentir son corps déchiré sous les tortures affreuses de sa douloureuse passion.

C'est sous l'entraînement de cette affectueuse compassion qu'il voulut se constituer débiteur pour tous nos crimes, et que, selon la parole de saint Pierre, «il les a portés en son corps sur la croix, » I Petr. u, 2-4, s'offrant comme notre caution et comme notre payeur principal de nos dettes, afin de nous acquérir la liberté au prix de ses souffrances. Dieu n'aime pas à voir l'innocent payer pour le coupable, mais il a pour agréable la charité et la miséricorde de Celui qui s'offre comme victime pour le peuple prévaricateur. La rançon surabondante et douloureuse que le Sauveur paya pour nous, nous déchargea de tous nos crimes. Et c'est ce que nous représente le serpent en lequel la verge de Moïse avait été changée, duquel il est écrit « qu'il dévorait les serpents que les enchanteurs égyptiens avaient faits de leurs verges. » Exod. vu, 12. Le serpent béni est l'image du Christ sur la croix, où il avait tous les dehors du pécheur, sans avoir la réalité, et où il détruisit les autres serpents, c'est-à-dire les péchés qu'il consuma dans le sacrifice de sa passion.

Il est si vrai d'ailleurs qu'il prit sur lui notre dette, qu'il appelle nos péchés ses péchés, afin de prendre sur lui le droit et le soin de les expier. «La multitude des maux a fondu sur moi, dit-il par

la voix du Psalmiste; mes iniquités m'ont investi et je n'ai pu en soutenir la vue. » Ps. xxxrx, 12. Dans un autre psaume, il si; plaint au Père éternel « de ce qu'il l'avait abandonné , et de ce qu'il avait éloigné de lui son salut, à cause de ses péchés. » Ps. xxi, 1. Dans ce passage, cet innocent Agneau, dont la bouche ne fut jamais souillée par le mensonge, appelle ses péchés ceux dont il a voulu se charger pour nous, afin de nous délivrer des nôtres. Isaïe le répète d'ailleurs à chaque instant dans le chapitre cinquante-troisième de ses prophéties, consacré tout entier à la passion du Sauveur : o II a été blessé lui-même à cause de nos iniquités, il a été brisé à cause de nos crimes. Le châtiment qui doit nous donner la paix s'est appesanti sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures.» Isa. lui, ,vi. Et comme tout ceci se passait par ordre de son Père, qui voulait racheter le monde par ce moyen, le même Prophète dit encore « que le Seigneur a fait tomber sur lui l'iniquité de nous tous. » Ibid., 6. Enfin, pour que nous ne croyions pas que la volonté du Père était différente de celle du Fils, le Prophète ajoute aussitôt : « Il s'est offert à la mort, parce qu'il l'a bien voulu , c'est pourquoi il n'a pas ouvert la bouche pour se plaindre ou pour résister. » Ibid., 7.

Cette œuvre de miséricorde et de bonté nous est parfaitement représentée par le Samaritain de l'Evangile. Voyez : cet homme rencontre sur son chemin un malheureux couvert de plaies et dépouillé par les voleurs ; son cœur s'attendrit à cette vue ; il soigne les plaies du blessé, il le place sur son cheval, il chemine à pied, il le conduit dans une hôtellerie , paie de son argent les premiers soins qu'on lui donne et s'engage à rendre à son retour tous les frais qu'on aura faits pour le guérir. Quel est donc ce malade, dépouillé et blessé par les voleurs, si ce n'est l'homme misérable qui, par le péché introduit en ce monde par le démon, a perdu les biens de la grâce qu'il avait reçus , et a reçu de profondes plaies dans les biens de la nature? Le Christ, notre pieux* Samaritain, s'approche de lui, le guérit par ses sacrements, le place sur son cheval et chemine à pied ; prend à sa charge tout le travail afin de soulager le malheureux blessé , et ordonne aux

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