‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 186 sur 383 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comment dans la Passion de Jésus-Christ notre Seigneur, sa miséricorde apparaît éclatante et radieuse.

La miséricorde de Dieu brille d'un éclat aussi vif dans la passion du Sauveur que sa charité et sa bonté. S'il appartient à la bonté de communiquer les biens qui lui sont propres, c'est le propre de la miséricorde de compatir aux infortunes d'autrui, et de les prendre sur elle pour les soulager et les guérir. Or c'est ce que fit notre très-clément Rédempteur par les entrailles de sa grande miséricorde. Le péché en effet a, s'il se peut dire, deux l'a « is et deux aspects : par l'une, il excite l'indignation; par l'autre, il éveille la compassion; car il est inséparable d'une grande misère et d'un grand malheur, puisqu'il rend l'homme ennemi de Dieu, et qu'il le prive du souverain bien en qui sont contenus tous les biens. Avant le déluge, Dieu ne voulait voir que la face du péché qui révolte, et alors il détruisit le monde par un cataclysme universel qui purifia toute la terre. Mais après la rédemption, ii ne vit plus le péché que sous l'aspect qui appelle la compassion, et depuis il résolut de sauver l'homme dans le déluge de sou sang précieux. Il est écrit du premier temps, que Dieu, en voyant la profondeur de la malice humaine, car toute chah* avait corrompu sa voie, et tous les hommes étaient plongés dans toute sorte de vices et de dépravation, fut touché intérieurement d'une grande douleur, c'est-à-dire de colère et d'indignation, et résolut de faire disparaître l'homme de la surface de la terre. La douleur que Dieu ressentit dans le second temps, au contraire, ne fut provoquée ni par la colère, ni par l'indignation; c'était une grande compassion qui le saisissait à la vue de la perdition du monde et qui lui faisait désirer de le sauver. Si l'Ecriture emploie ces mots colère, douleur, indignation et compassion, ce n'est pas qu'il y ait dans la nature humaine ces sortes de passions, elle veut seulement parler notre langage et nous découvrir les effets qui procèdent de ces diverses affections.

Page 1