CHAPITRE PREMIER
Des motifs qui déterminèrent notre Seigneur à envoyer son Fils unique au monde pour notre rédemption; et des signes auxquels il nous permit de le reconnaître.
Telle est l'étendue de la bonté et de la miséricorde de notre Seigneur qui, lorsque l'homme venait d'enfreindre sa défense en cédant aux suggestions et à la malice du démon, qui, sous la figure du serpent, trompa la femme pour perdre l'homme, Gen. m, 6, il lui promit bientôt de le relever de sa chute, et menaça du châtiment son corrupteur, en lui annonçant qu'il abattrait l'orgueil de son triomphe, et créerait une autre Eve, dont naîtrait un fils qui écraserait sa tête et le dépouillerait de l'empire conquis sûr l'homme.
Et, parce que les œuvres de Dieu sont disposées avec une souveraine sagesse et dans une vue souveraine, il a voulu que la réhabilitation de l'homme découlât de la même voie que sa chute ; c'est-à-dire que l'homme, ayant fait entrer le péché dans le monde, y fit aussi entrer la justice et la rédemption, Rom. v, 12; que sa
désobéissance et son orgueil ayant été le principe de tous nos maux, son humilité et son obéissance le fussent de tous nos biens ; que si par lui nous étions conçus et nous naissions dans le péché, par lui et la vertu de l'eau du Saint-Esprit nous renaquissions libres de toute souillure ; que de fils de la colère, disgraciés de Dieu , nous redevinssions ses enfants aimés et favorisés de ses grâces; enfin que déshérités du paradis de la terre, nous fussions mis en possession du paradis céleste ; et qu'après être devenus tous semblables à notre premier père , nous fussions tels que celui qui nous devait régénérer. Conformément à ce que dit saint Paul : « Le premier homme fut terrestre comme la terre d'où il était sorti. Le second céleste comme sa céleste origine. Tel fut l'homme terrestre, tels furent ceux qui naissent de lui, et ne possèdent que ce qui leur a été transmis en héritage ; et tel fut l'homme céleste, tels sont ceux qui procèdent de lui, et ont participé à son esprit et à sa grâce. » Cor. xv, 47, 48. Yoilà le moyen dont la divine sagesse s'est servie pour nous sauver. Un homme nous avait perdus ; elle voulut qu'un autre homme nous réhabilitât.
C'est ici le lieu de remarquer que, de même que le lien de parenté qui nous unit au premier homme est le moyen par lequel il communique sa misère à tous ses enfants , de même il faut qu'il y ait entre les fils de ce second homme, un lien spirituel, par lequel il leur puisse communiquer son esprit et sa grâce : lien de foi et d'amour qui nous incorpore à ce Maître comme des membres vivants à leur tête. Et comme ce second père n'est point charnel, mais spirituel, l'union et la parenté que nous contractons avec lui, ne sont point charnelles non plus, mais spirituelles.
Il en résulte que le principe et le fondement de notre salut consistent dans la connaissance du Seigneur, que Dieu désigna pour en être l'auteur et le réparateur, parce que c'est de cette connaissance que doit découler notre amour. De telle sorte que cet amour et cette connaissance sont le lien qui nous attache et nous incorpore à lui.
Il était donc nécessaire que la divine sagesse, dont les œuvres