‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 239 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER

sont si parfaites, nous donnât les marques les plus claires, les plus évidentes pour reconnaître ce réparateur lorsqu'il viendrai! au monde, afin de ne pas nous tromper dans une chose de si grande importance. Il était également nécessaire de ne rencontrer ces signes dans aucun autre homme, sans quoi l'humanité ne serait pas coupable de le recevoir, et Dieu seul serait cause de son erreur : ce qui est impossible.

Or les signes qu'il nous a donnés pour nous éclairer sont de deux sortes. Les uns sont particuliers et traitent des qualités et des conditions de la personne du Sauveur, c'est-à-dire de sa génération, de sa conception , de sa naissance , de sa divinité, de sa doctrine, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection et de son ascension. Il en est d'autres plus clairs, plus notoires, touchant les actes que ce Seigneur devait opérer dans le monde et le temps de sa venue. Or ces signes, ses prophéties sont si publics et si notoires que personne ne les peut nier. Nous traitons des premiers signes, qui sont personnels, et des prophéties qui les regardent, dans la quatrième partie de notre Introduction du Symbole, où nous renvoyons le lecteur chrétien qui désirerait les connaître, nous réservant, dans ce sommaire abrégé, seulement les seconds qui devaient être très-clairs et très-évidents, pour qu'il ne fût pas possible à ce Seigneur de n'être pas reconnu, ni qu'on pût trouver prétexte ou excuse à ne pas le reconnaître. En effet, il convenait de proportionner l'évidence des signes à l'importance de la révélation, parce qu'il appartient à la divine Providence de donner grandes garanties aux grandes choses. Etablissons un exemple. Le Créateur a voulu que les différentes espèces de plantes et d'animaux qu'il a créés se conservassent. C'est pourquoi il a voulu qu'une même semence en produisît tant, qu'il deviendrait impossible que l'espèce pérît. D'une graine de melon ou d'orange combien n'en naît -il pas? Combien de poissons d'une alose ou de tout autre poisson. Or si la divine Providence a apporté tant de soins à ce que les espèces des choses nécessaires à la conservation du corps ne manquassent pas, combien n'en apportera-t-elle pas au salut des âmes, dont le principe et le fondement consistent dansia connaissance du Sau-

veur. C'est pourquoi il a établi des signes si clairs, si manifestes, que ceux qui les considèrent bien, ne se lassent pas de s'étonner comment il peut exister des gens aveuglés au point de ne pas voir des choses si évidentes. Et si j'ose affirmer ainsi de ces preuves, c'est que le lecteur chrétien en trouvera non- seulement une, mais dix, pour reconnaître la venue et la personne du Sauveur; et si certaines, si notoires, si efficaces, que chacune d'elles en particulier sera une triomphante démonstration. Je m'en rapporte à la preuve.

Le premier signe pour reconnaître la venue du Christ est la destruction de l'idolâtrie.

Parmi les signes et les œuvres que ce Seigneur devait apporter au monde, ce qu'il y avait de plus admirable et de plus divin, c'est que sa doctrine devait chasser le plus grand fléau, la plus grande abomination du monde : le culte des idoles, qui, à l'exception du recoin de la Judée, régnait sur tout ce que le soleil éclaire et réchauffe ; et cela de temps immémorial. Zacharie le prophétisa au chapitre treizième, où il dit que Dieu détruirait les noms des idoles de la terre, et qu'on n'en garderait plus le souvenir. Et cela a été si parfaitement accompli, que non-seulement elles ont disparu, ces idoles, mais leur mémoire avec elles. De sorte que s'il ne nous restait pas des ouvrages où les Gentils en parlent, nous ne saurions pas ce que c'était que Minerve, Junon, Diane, Apollon, Esculape, ou autres semblables fausses divinités. La même prophétie se trouve dans Sophonie, chapitre deuxième; dans Nahum, chapitre premier ; dans Isaïe, chapitre trentième, et dans le saint homme Tobie, au dernier chapitre de son histoire. Or comme nous l'avons dit plus haut, l'accomplissement de cet acte était si grand, qu'aucune'-puissance créée ne pouvait y atteindre. Il eût fallu être plus puissant que le monde entier. Le Seigneur du monde seul le pouvait, lui qui régnait sur tout le monde. L'étendue de ce bienfait ne se comprend qu'en considérant que le péché d'idolâtrie est un mal si grand, si universel, que tous les autres péchés et tous les autres maux en découlent, ainsi qu'il est écrit au chapitre quatorzième de la Sagesse.

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