‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 25 sur 383 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Conclusion de cette première partie.

En résumé, cette première partie, qui s'achève, nous a révélé l'étendue de l'obligation où nous sommes de rendre à Dieu un culte digne de sa souveraine majesté, tant à cause de sa grandeur, que nous avons fait connaître, qu'à cause de ses innombrables bienfaits et de sa paternelle providence, qui nous lie à la reconnaissance au moins autant que les animaux farouches, qui savent tous se montrer reconnaissants envers leurs bienfaiteurs.

Cette reconnaissance que nous devons à Dieu, elle est si grande que les anges eux-mêmes, avec leurs voix inspirées, seraient incapables de l'expliquer. Une obligation, en effet, est d'autant plus étroite que celui qui l'impose est plus élevé. Or, ici la grandeur de notre Dieu étant infinie, nous lui devons un amour, un respect, un honneur infinis; tout ce qui manque donc à notre reconnaissance pour atteindre les proportions de l'infini la rend d'autant indigne de Celui auquel elle s'adresse. Hélas! nous avons beau rendre à Dieu nos adorations et nos hommages, nous aurions beau aimer Dieu comme l'aiment Les anges, noire culte sera toujours indigne de lui! Toutes les raisons qui nous font mi besoin et un devoir d'aimer et de vénérer les créatures les plus excellentes, existent à un degré supérieur encore quand il s'agit de Dieu. À qui devons-nous le respect en ce inonde? Aux princes et aux seigneurs qui nous gouvernent, à nos parents de qui nous tenons la vie, aux hommes saints qui nous donnent, dans l'excellence de leur vie, des exemples de vertu, à tous nos bienfaiteurs enfin, à cause des services qu'il nous rendent, \iais Dieu n'a-t-il pas par excellence tous ces titres, et dès lors ne sommes-nous pas tenus de l'honorer plus que tous les hommes? 1 1 esl le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Père des pères, le Saint des saints, le Bienfaiteur le plus généreux de tous les bienfaiteurs. Tous les liens qui nous unissent à ces sortes de personnes nous unissent à lui. Il n'y a pas de devoir sur La terre

CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION , CHAPITRE VIII. 47 plus étroit que celui de l'honorer ; et de même qu'aucune perfection de ce monde ne mérite ce titre, quand on la compare à la perfection de Dieu, aucune obligation ne subsiste devant cette souveraine obligation.

Il résulte de ce qui vient d'être dit, qu'aimer, servir et honorer ce puissant Seigneur, dont la grandeur est incompréhensible et les bienfaits innombrables, c'est le devoir le plus juste, le plus saint, le plus nécessaire, le plus utile, le plus beau et le plus étroit qu'on puisse concevoir. Tous les titres d'honneur qu'on peut entendre et découvrir se trouvent ici, et tout ce que nous pourrons fane sera toujours bien au-dessous de ce que nous devrions. Cette vérité se confirme par le consentement de tous les peuples du inonde ; il n'en est aucun, en effet, comme nous l'avons dit, si barbare qu'on le suppose, quand même il ne connaîtrait pas le véritable Dieu, qui ne croie à son existence et qui ne lui rende une sorte de culte, encore que ce culte soit mauvais et sacrilège. Tel est d'ailleurs le culte qu'on doit à cette substance infinie, tels l'amour et les adorations qu'elle mérite, que non-seulement « le Liban et ses forêts ne suffiraient pas au feu de ses autels, » selon les paroles d'Isaïe citées plus haut, mais qu'il est encore impossible de lui offrir un sacrifice digne de lui. Réunissez les ardeurs de tous les bienheureux admis au bonheur de contempler la divine essence, ajoutez-y l'extase des chérubins et des séraphins, qui sont les plus purs de tous les esprits célestes, joignez-y encore et surtout l'amour bien autrement vif de la très-sainte Vierge, et même, si vous le voulez, celui de l'âme adorable de notre Seigneur Jésus-Christ; unissez, dis-je, tous ces amours, malgré leur perfection, ils seront encore bien loin de ce que mérite cette infinie bonté. Tous ces amours, en effet, si grands que vous les supposiez, sont finis; l'amour qui est dû à cette infinie bonté est au contraire infini, et Dieu seul peut le produire, car seul il s'aime lui-même infiniment comme il mérite. La loi de l'amour divin, ne s'accomplit donc pleinement que dans le sein de Dieu même.

C'est conformément à ces principes que les théologiens ont déterminé la laideur et la malice de l'offense commise envers

cette souveraine majesté. Le péché, disent-ils, s'attaquant à un être infini, prend une noirceur infinie, et c'est justice qu'il soit puni d'une peine infinie, comme est la peine de l'enfer, qui nous prive d'un bien infini ; encore même ce châtiment ne peut-il pas suffisamment expier ce crime et l'effacer. La bonté de Dieu est si grande que celui qui la méconnaît se rend digne des plus affreuses peines.

Je suis entré, dans cette première partie, dans d'assez grands détails pour bien faire ressortir l'obligation où nous sommes de servir et d'honorer ce souverain Seigneur, en lui rendant un culte qui soit agréable à ses yeux et conforme à l'excellence de sa dignité.

Mais quel culte devons-nous rendre à Dieu? De quelle manière veut-il être adoré? C'est ce qui nous reste encore à faire connaître. On a vu des hommes s'adonner envers leurs prétendues divinités à toutes sortes de cultes. Parmi ces cultes, les uns étaient superstitieux, les autres vains et oiseux, ne renfermant rien de bon; il y en eut de cruels et de sanglants, dans lesquels on offrait des sacrifices humains; il y en a eu de honteux et de déshonnêtes, qui prostituaient la pureté des vierges à l'impudique Vénus ; quelquefois on y foulait aux pieds les premières règles de l'honnêteté, comme aux fêtes qu'on offrait à la déesse Flore ou au dieu Priape, et dont il est fait mention dans l'Ecriture ; d'autres fois on s'y livrait au délire des dernières extravagances, et aux bacchanales, des hommes, plongés dans la plus honteuse ivresse, se faisaient une gloire, pour honorer leur dieu, de prononcer des injures ou de faire des folies. Il n'y a là rien qui puisse surprendre ; ces fêtes étaient dignes des divinités auxquelles elles s'adressaient, c'est-à-dire des démons. Je le demande, de ces dieux-ià pouvait-on rien attendre ou espérer de mieux?

Que ces religions soient fausses et indignes du véritable Dieu, comment en douter encore après ce que nous en venons de dire? La véritable religion suppose et inspire des œuvres agréables à Dieu. Mais de tout ce que le monde renferme y a-t-il rien de plus agréable et de plus doux pour la cause de Dieu que de voir les

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