‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 262 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE V

élevées qu'elles soient, vont toujours en déclinant et ne demeurent jamais en place, tournant comme les cieux mêmes à qui les choses temporelles sont soumises. Qui aurait pensé que la monarchie des Assyriens, des Perses et des Romains, tomberait? Or nous voyons qu'il ne nous en reste aujourd'hui que les noms. C'est, dit Cyprien, la sentence portée contre le monde; c'est Dieu qui a fait la loi que tout ce qui naît meure et vieillisse après être né ; que les grandes choses s'amoindrissent et les fortes s'affaiblissent, et qu'elles périssent après s'être affaiblies et amoindries. Tract. I contr. Demetr. Et puisque sous cette loi et sous cette condition s'écoulent toutes les choses humaines, nous ne devons point en exempter rien de ce qui passe par les mains de l'homme; et bien qu'avec ce principe il soit vrai que la foi , l'Eglise et le royaume du Christ soient réduits aujourd'hui, ils ne périront jamais, parce que Celui qui les a établis nous l'a promis. Matlh. xvi, 18.

Et ce souverain Juge ne laisse pas d'user de ce châtiment, parce qu'il voit diminuer le nombre des fidèles et le culte divin qui lui est dû. Il fut un temps où il n'avait qu'un seul peuple pour l'honorer, un seul temple et un seul autel où l'on put lui offrir des sacrifices; et lorsque le péché intervint, il renversa son autel et maudit le lieu de sa sanctification, comme le pleure Jérémie, Thren. n, 7; et il demeura ainsi sans peuple, sans temple et sans autel dans tout le monde. Ainsi le déploraient ces trois saints jeunes gens jetés dans la fournaise de Babylone, et dont nous avons fait mention plus haut, qui disaient dans leur prière qu'il n'y avait dans ce temps-là ni prince, ni prophète, ni sacrifice, ni lieu pour offrir à Dieu les prémices capables d'obtenir sa miséricorde. Dan. m, 38.

Que dirai-je des dix tribus d'Israël que Dieu avait autrefois délivrées d'Egypte par de si grands miracles, auxquelles il avait donné la Terre promise, et qu'il en laissa dépouiller, conduire en servitude et disperser chez toutes les nations du monde. IV Iieg. xvn, 7, 18, 20, et xxv. Mais le plus grand prodige est d'avoir submergé toute la terre dans les eaux du déluge, lorsque les péchés s'y furent multipliés. Gen. vu, 21 , 22, 23. Connaissant

la manière de procéder de la justice divine, nous ne devons donc pas nous étonner que, le péché ayant fait tant de progrès, le nombre des fidèles ait tant diminué.

Il faut considérer, en outre, que quand l'Ecriture dit que le royaume du Messie s'étendra dans le monde entier, et que les dernières limites de la terre se convertiront au Seigneur, Ps. xxi, 28; xcvii, 3 ; en, 19, on ne doit point comprendre cette universalité à la façon des logiciens, mais bien l'entendre vulgairement ; car la sainte Ecriture emploie le langage ordinaire. Il suffit, pour l'accomplissement de cette prophétie, que notre Seigneur ait été prêché, connu et adoré dans toutes les nations du monde, bien qu'il se trouvât parmi les fidèles quelques infidèles et idolâtres qui peu à peu allaient s'affaiblissant et se désabusant. Et cela nous est constaté par toutes les histoires ecclésiastiques et profanes et par les martyrologes, comme nous l'avons dit plus haut, où il est facile de se convaincre que, dans toutes les provinces et les nations du monde, il y eut de glorieux martyrs, et qu'il dut nécessairement y avoir de grands saints, comme devaient être ceux qui avaient le courage et la force de souffrir les tourments si inouïs auxquels les soumettaient les tyrans. Et cela suffit pour faire triompher la vérité des promesses dans lesquelles il nous est déclaré que le royaume de Dieu, qui se bornait au seul coin de la Judée, devait s'étendre à toutes les nations du monde.

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