‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 261 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE V

donc, par cet exemple, comment Dieu accomplit sa promesse en multipliant son peuple dans les temps marqués, et comment, lorsque le péché y fut intervenu, il diminua aussi considérablement ce qu'il avait annoncé.

Il en est de même du royaume du Christ qui, par une vertu et une providence singulières reçues de Dieu, allait croissant et s'étendant par tout le monde, au milieu de la tempête des persécutions, comme il résulte clairement des martyrologes où nous voyons que dans toutes les nations il y eut de saints martyrs jusqu'au temps de l'empereur Constantin , et que la terre acheva ainsi de se remplir de la connaissance du Christ. S. Augustin, Ho mil. vm, 10. Il en reste encore de grandes preuves dans les pays infidèles. Mais lorsque les persécutions commencèrent à ne plus sévir, où les fidèles marchaient armés et préparés contre la rage des tyrans, et que la prospérité se développa, et avec elle l'ambition, l'envie, les voluptés, l'avarice, racine de tous les vices, la foi alla en diminuant à mesure, car c'est là le principal fléau par lequel Dieu les châtie, selon la menace qu'il en fait dans l'Apocalypse , en annonçant aux fidèles de se corriger et de faire pénitence, sans quoi il se déchaînera contre eux et changera le chandelier de place. Apoc. n. Ce chandelier, c'est la lumière de la foi, que, par un jugement équitable, notre Seigneur fait perdre à ceux qui ne s'en servent pas. C'est ainsi que dans l'Evangile il fit enlever l'argent à celui qui l'avait tenu enfermé sans lui faire produire d'intérêts. Luc. xix, 24. C'est encore ce que dit notre Seigneur dans le même Evangile : « Il sera donné à celui qui possède , et on ôtera à celui qui n'a pas ce qu'il paraîtra avoir, » ibid., 26, c'est-à-dire la foi et l'espérance morte.

Les théologiens disent que la foi n'est pas seulement un vêtement spéculatif, qui nous porte à croire les mystères divins, mais encore pratique, parce qu'il nous fait agir conformément à notre croyance. D. Thom. n, 2, q. 9, art. 3. D'où il résulte que si l'homme résiste toujours à ce que lui montre cette céleste lumière, Dieu permet qu'il la perde entièrement. C'est ainsi que l'on dit que le cheval, qui est habitué par sa nature à courir, est mis dans l'impossibilité d'agir s'il passe longtemps dans l'écurie

sans faire usage de ses jambes. C'est pourquoi saint Paul recommande à son disciple Timothée de joindre une bonne conscience à la foi; car ceux qui ne l'ont point fait ont perdu la foi. I Tim. i. Nous voyons cela par expérience dans ces tristes temps où parmi les nations adonnées au péché du manger et du boire, jusqu'à se faire un dieu de leur ventre, celui-ci permit que la foi se perdit et qu'on embrassât une hérésie aussi favorable aux appétits de la chair que l'est celle de Mahomet. Tel est le motif pour lequel notre Seigneur a permis que la foi se rétrécit après avoir été si féconde et s'être étendue au monde entier. Car là où la bonne conscience n'est plus et où les vices débordent, notre Seigneur permet que la foi s'éclipse.

Et qu'il dût en être ainsi, cela fut prophétisé bien avant, comme l'écrit l'Apôtre à son disciple Timothée en lui disant : « Il faut que tu saches que, dans la suite, viendront des temps dangereux, où les hommes s'aimeront eux-mêmes, seront avides, altiers, superbes, blasphémateurs, désobéissants à leurs pères, ingrats, malveillants, sans affection, sans paix, médisants, déshonnêtes, cruels, ennemis de toute bonté, traîtres, arrogants, présomptueux, préférant leurs plaisirs à Dieu, affectant les apparences de la religion en lui demeurant très-étrangers. » II Tim. m. Yoici jusque-là les paroles de l'Apôtre, et ce qui suit est adressé par lui-même au même disciple dans une autre lettre en ces termes : « L'Esprit-Saint annonce clairement que dans les derniers jours quelques-uns se sépareront de la foi et donneront crédit aux esprits de l'erreur, aux doctrines du démon, et prêcheront le mensonge avec hypocrisie et un extérieur de sainteté. » I Tim. iv. Par ces paroles, l'Apôtre a voulu caractériser les hérésies de notre temps qui, ayant toujours à la bouche le Christ, l'Evangile et l'Esprit, détruisent les cérémonies sacrées, la pratique des bonnes œuvres, des mortifications et de. toute vertu. Et cette parole de l'Apôtre se trouve confirmée par le témoignage du Sauveur, qui annonce que, parce que dans les derniers jours l'iniquité abondera, la charité de beaucoup sera refroidie. Matth. xxiv, 12.

Telle est la condition générale des choses humaines, qui, si

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