CINQUIÈME PARTIE, SECTIOiN IV, CHAPITRE VI
avaient péri en Israël. Mat th. x, 5, 6. Ce fut parmi eux aussi que l'Esprit- Saint prit les ministres qui prêchèrent et fondèrent la foi dans le monde. Et lorsque le Sauveur, après sa résurrection, déclara aux disciples, par le témoignage des Ecritures, que le Christ avait dû souffrir et ressusciter, il termina en disant : « C'est ainsi qu'il est écrit , et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrit, ressuscitât, et que l'on annonçât dans le monde, en son nom, la pénitence et le pardon des péchés, en commençant par Jérusalem.» Luc. xxiv, 46, 47. On voit par ces paroles le soin que le Sauveur prit de son peuple, parce qu'il recommande expressément de commencer par lui l'annonce de la bonne nouvelle de l'Evangile. Et conformément à cette prescription, les apôtres commencèrent par cette cité, particulièrement saint Pierre et saint Jean, qui se concertèrent avec saint Paul et saint Barnabe pour que ceux-ci se chargeassent des Gentils, tandis qu'eux-mêmes, qui étaient les colonnes de l'Eglise, prêcheraient en Judée. Galat. h, 9. Et ils y fondèrent une Eglise dont la sainteté fut si grande, qu'elle devint un exemple de vertu et de patience pour toutes les autres Eglises du monde. Aussi saint Paul, en louant la foi et la piété des habitants de Thessalonique, leur dit : « Vous, mes frères, vous avez suivi l'exemple des Eglises de Dieu qui sont en Judée, car vous avez souffert les mêmes persécutions qu'ils ont souffertes. » T Thess. u, 14.
Cette Eglise persévéra longtemps dans la sincérité de la foi, si bien qu'Eusèbe compte quatorze successeurs de pieux évêques de la même nation qui la dirigèrent avec une grande prudence et de beaux exemples. Ecoles, hist., lib. IV, cap. i. Ensuite les guerres, les divisions, les soulèvements, altérèrent l'état des choses, comme il arrive dans toutes les affaires humaines qui ne peuvent demeurer dans le même état. D'après cela, cette nation ne peut donc pas nier qu'elle ait participé à la grâce de l'Evangile, puisqu'elle fut la première à recevoir les prémices de la grâce et que le Sauveur ordonna de lui prêcher son Evangile avant toutes les autres.
Mais que le peuple des Gentils lui ait été préféré, bien qu'il ne soit pas permis aux vers de terre de traiter de la sublimité des jugements de Dieu, il ne manque cependant pas de quoi répondre
à cela. En premier lieu, nous dirons que les jugements de Dieu sont incompréhensibles, comme le dit l'Apôtre lui-même, Rom. xi, 33, et qu'ils sont, selon l'expression de David, un abîme si profond qu'il ne se peut sonder. Ps. xxxv, 7. Ce choix et cette préférence sont figurés par la bénédiction qui fut accordée au patriarche Jacob, le plus jeune fils, au détriment d'Esau, le plus âgé. Ce dont Isaac, leur père, s'émut tellement, que l'Ecriture l'exprime en ces termes : « Isaac fut saisi d'une telle épouvante, qu'elle ne se peut imaginer, et rempli d'étonnement : Quel est donc celui qui s'est présenté avant toi, demanda-t-il à Esaù, qui a reçu ma bénédiction et qui est béni? » Gen. xxvn, 33. Ce fut la figure de ce que nous disons. En effet, des deux fils que Dieu devait avoir en ce monde, le peuple juif et le peuple des Gentils, l'aîné, celui des Juifs, était destiné à devenir le cadet, et le cadet l'aîné. C'est ce que le même Dieu fit concevoir à la mère des deux fils, comme il le fit concevoir au père. Car la mère, sentant que ses deux enfants se battaient dans son sein, consulta Dieu sur ce mystère, et il lui fut répondu : « Tu portes dans tes entrailles deux nations, deux peuples dont l'un vaincra l'autre, et le plus grand sera soumis au plus petit. » Gen. xxv, 22, 23. Ce qui est aussi la figure de ce que nous avons dit. Et pour que notre étonnement augmente, ce choix de l'un des deux frères, cet éloignement de l'autre, d'après l'exagération de l'Apôtre, Rom. ix, 13, précédèrent leur naissance. Ils n'avaient fait encore ni bien ni mal pour mériter d'être aimés ou détestés ; mais cela - s'était fait par la profondeur des jugements de Dieu, qui doivent être adorés et non scrutés; car ils ne peuvent être injustes, si cachés qu'ils soient. Nous voyons donc que cette profondeur des jugements de Dieu est une cause du changement et de l'élection que nous avons relatés.
Un autre motif est le péché commis par la mort du Sauveur, et pour lequel ceux qui n'ont pas voulu le recevoir s'en vont dispersés et avilis par tout le monde, supportant la peine que ce même peuple prit pour lui lorsqu'il dit : « Que son sang retombe sur nous et sur les nôtres. » Matth. xxvu, 25. C'est ici le lieu de faire observer que, bien qu'il arrive à notre Seigneur de prendre